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Algérie: lourdes peines contre les Subsahariens accusés d'espionnage au profit d’Israël

Mise à jour le 15/02/2018 à 18h36 Publié le 15/02/2018 à 18h13 Par Karim Zeidane

#Société
Subsahariens en Algérie
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#Autres pays : Le verdict sur une prétendue cellule de clandestins subsahariens accusés d’espionnage au profit d’Israël à Ghardaïa est tombé. Les accusés ont écopé de très lourdes peines tandis que de nombreuses zones d’ombre subsistent.

Kiosque le 360 Afrique: Peine capitale pour le cerveau présumé, 10 ans pour les autres. Au terme d'un procès éclair, dont l'accusation reposait essentiellement sur un registre au nom d'Israël, de lourdes condamnations ont été prononcées.

Un procès surprenant, en attendant l'appel. Il s’agit de celui de 7 clandestins subsahariens accusés par Alger d’espionnage au profit d’Israël. Ils ont été jugés, mercredi 14 février, par la Cour criminelle de Ghardaïa.

Tous les accusés ont été arrêtés sur les hauteurs de la vieille ville dans une maison en ruine, le 1er janvier 2016. Le groupe de 7 personnes, composé d’un Libérien d’origine libanaise, considéré comme le chef de file de la cellule, de 3 Maliens, de 2 Guinéens et d’un Ghanéen, selon reporters.dz, est accusé d’espionnage au profit d’Israël, constitution et organisation d’une bande criminelle portant atteinte à la sécurité nationale, impression, possession et diffusion de documents subversifs faisant l’apologie du terrorisme et appelant à l’atteinte à la sécurité de l’Etat, entrée et séjour illégal sur le territoire algérien et usurpation d’identité pour deux d’entre eux. Lors de l'annonce de la découverte de cette cellule, l'accusation parlait aussi d'Ethiopiens, Libyens, Nigérians et Kenyans qui ne figurent plus sur la liste des personnes jugées.

Les services de sécurité de Ghardaïa avaient également mentionné la saisie d'«un lot de matériel et de moyens de communication très sophistiqués utilisés par les espions».


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L’accusation repose sur un registre portant le nom d'«Israël», des grades militaires et des chiffres se rapportant à des collectes d’argent. Le principal accusé avait sur lui 400 euros et 14.000 dinars algériens (un peu plus de 100 euros) lors de son arrestation, un montant dérisoire pour un espion. Il a nié être le propriétaire du registre, devenu la principale pièce d’accusation.

Il a réfuté l’accusation et s’est rappelé, tout simplement, selon le site reporters.dz, avoir vu ce fameux registre entre les mains d'autre clandestin malien, Diarra Moussa, surnommé Génon Duke, qui s’est bizarrement évaporé et que les services algériens n’ont pu localiser. Tous les clandestins accusés ont annoncé avoir rencontré ce personnage, qui ressemble davantage à un «passeur» qui accueille et gère les migrants.

Un des accusés maliens, cité par reporters.dz, déclare l’avoir rencontré à la gare routière de Ghardaïa. «C’est lui qui m’a orienté vers cette maison abandonnée pour me reposer. Cinq heures plus tard, la police est arrivée et m’a arrêté en compagnie de 6 autres accusés. Moi, je n’ai rien fait et je ne connais aucun de ces gens-là. Je suis innocent», martèle-t-il.


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Malheureusement, sa parole ne pèse guère face au ministère public qui accuse les prévenus d’être «une association criminelle venue en Algérie pour déstabiliser le pays au profit de notre ennemi Israël».

Tous les mis en cause ont rejeté les accusations. S’ils reconnaissent être entrés illégalement sur le territoire algérien, ils ont expliqué que c’est uniquement pour chercher du travail, à l’instar des autres milliers de clandestins. Quant au Libérien, il a justifié sa présence en Algérie par sa volonté de traverser la Méditerranée.

Pour leur défense, les mis en cause n’ont bénéficié que des services d’un avocat commis d’office, incapable de contrer la machine de l’Etat. On se rappelle les propos d’Ahmed Ouyahia, alors directeur de cabinet du président Bouteflika, qui soulignait, à propos des migrants africains subsahariens, «ces étrangers en séjour irrégulier amènent le crime, la drogue et plusieurs autres fléaux». 


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Le ministère public a demandé que les présumés espions «soient sévèrement punis». Le juge l'a naturellement suivi et a condamné les 7 présumés espions à de lourdes peines. Le Libérien a été condamné à la peine capitale et les 6 autres à 10 ans de prison et 200 000 dinars algériens d'amende chacun.

Reste qu'à l'issue de ce procès, de nombreuses zones d'ombre subsistent. D’abord, bizarrement, c’est à Ghardaïa, une localité perdue située à 600 km d’Alger, et très loin des frontières du pays et des zones stratégiques, qu’ont été appréhendés les mis en cause.

Deuxièmement, comment expliquer qu’Israël, avec tous les moyens technologiques dont elle dispose, recrute des migrants pour accéder à des informations sensibles sur l’Algérie? Comment ces accusés ont-ils pu disposer de ce matériel d’espionnage? Pourquoi l’un des personnages clé de cet imbroglio, le Malien Génon Duke, n'a-t-il pas été appréhendé? Enfin, des espions du Mossad se promènent-ils avec un régistre sur lequel est mentionné le nome d'Israël?

Une chose est sûre, les preuves apportées ne peuvent convaincre qu'une justice à la botte de l'Exécutif. Pour beaucoup, la théorie du complot et l’espionnage au profit d’Israël ne tiennent pas la route.

Le 15/02/2018 Par Karim Zeidane