Côte d’Ivoire. Dédouanement: scandale au niveau des services d'importation des véhicules

DR

Le 06/05/2018 à 07h16, mis à jour le 06/05/2018 à 08h50

Un millier de véhicules neufs frauduleusement importés, avec à la clé plusieurs dizaines de milliards FCFA de pertes sèches pour les caisses de l’Etat. Un scandale qui met à nu les failles du système informatique de dédouanement des véhicules dont ont profité de gros bonnets.

C’est tout le système informatique du GUA (Guichet unique automobile) qui concentre l’ensemble des services publics et privés intervenant dans la chaîne de l’importation des véhicules qui est remis en cause avec ce scandale. Plus de 1.000 véhicules neufs, dont des véhicules de luxe et des centaines d’autres véhicules d’occasion, sont passés outre les procédures de dédouanement faisant perdre des sommes mirobolantes au Trésor public ivoirien.

Le pot aux roses a été découvert au cours d’un contrôle de routine des services des douanes qui ont constaté que l’immatriculation d’un véhicule était en déphasage avec les données du système informatique douanier.

«Fin mars 2018, mes services ont constaté des incohérences entre les données du SYDAM (système informatique des douanes, ndlr) et celles du système informatique du Guichet unique automobile (GUA). En effet, certains véhicules importés n’apparaissaient pas dans les fichiers sur les véhicules dédouanés, c’est-à-dire ayant acquitté les droits et taxes de douane», a expliqué dans une déclaration Alphonse Da, le directeur général des douanes ivoiriennes.

Selon le mode opératoire présenté par ce dernier, les animateurs de ce réseau contournaient la procédure normale par l’utilisation de faux documents, l’extraction de dossiers du circuit de traitement et par la manipulation des données informatiques. Avec des complicités internes au GUA, des véhicules se voyaient donc attribuer des numéros d’immatriculation sans jamais s’acquitter des droits de douanes grâce à des mains obscures.

Jusqu’à 15 millions FCFA de préjudice par véhicules

Sur un échantillon de 24 véhicules neufs particuliers, dont les marques n’ont pas été dévoilées, le préjudice est estimé à un peu plus de 268 millions FCFA (environ 409.000 euros) soit un manque à gagner par véhicule oscillant «entre 10 et 15 millions FCFA» (15.244 à 22.867 euros). Des montants qui ne laissent aucun doute sur le calibre de ces véhicules neufs.

Au total, ce sont «plus d’un millier de véhicules neufs» qui sont passées entre les mailles du filet, mais également «des véhicules d’occasion». Et d’après certaines sources, des cadres du public et du privé, des députés et même des ministres pourraient être éclaboussés par ce scandale pour avoir acquis nombre de ces voitures.

Réformes

Pour le directeur des douanes, l’affaire a mis à nu les faiblesses du système de dédouanement et d’immatriculation au GUA, d’où des «réformes en profondeur» qui y ont été engagées. En l’occurrence, la firme française Argus s’est vu confier la mission de la dématérialisation totale des formalités de dédouanement et d’immatriculation.

L’objectif visé est la «dématérialisation et la création des liens informatiques obligatoires entre les différentes étapes sur la plateforme du GUA» afin limiter au maximum toute intervention humaine.

De gros bonnets incarcérés

Après les premières investigations et auditions, les premières têtes sont tombées: le directeur général du GUA, le directeur informatique de Côte d’Ivoire Logistic (le concessionnaire du marché de l’importation de véhicules) ainsi que son adjoint, tout comme un autre agent ont déjà été incarcérés.

En Côte d’Ivoire, selon les chiffres officiels, ce sont en moyenne 10.000 véhicules neufs et environ 40.000 véhicules d’occasion qui sont vendus chaque année. Un marché qui profite de la croissance économique et qui commence accueillir, ces dernières années, de grosses et rutilantes cylindrées américaines.

Par Adil Gadrouz-Casablanca et Georges Moihet-Abidjan
Le 06/05/2018 à 07h16, mis à jour le 06/05/2018 à 08h50