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Covid-19: voici pourquoi les pays africains ont dit non à l’OMS, et poursuivent le traitement à la Chloroquine

Mise à jour le 02/06/2020 à 10h53 Publié le 01/06/2020 à 08h58 Par Moussa Diop

#Politique
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#Maroc : Le Maroc, l’Algérie, le Sénégal, entre autres, se sont opposés à la décision de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de suspendre la chloroquine pour le traitement des cas positifs au Covid-19. Plusieurs raisons expliquent ce refus, conforté, depuis, par plus de cent scientifiques de renom.

La polémique sur l’utilisation de l’hydroxychloroquine et la recommandation de l’OMS appelant à la suspension de l’utilisation de la chloroquine dans le traitement des patients atteints du Covid-19 n’a pas trouvé un terrain favorable en Afrique où le traitement popularisé par le Dr français Didier Raoult fait l’unanimité.

Rappelons que l’étude publiée par la revue scientifique The Lancet, la prestigieuse revue britannique spécialisée dans le domaine de la recherche scientifique, se fonde sur un panel d'environ 96.000 patients, hospitalisés entre décembre et avril dans 671 hôpitaux, et compare l’état de ceux qui ont reçu le traitement à celui des patients qui ne l’ont pas reçu. Les conclusions des responsables de l’étude sont que le traitement ne semble pas être bénéfique aux malades du Covid-19 hospitalisés et pourrait même être néfaste avec un risque de décès et d’arythmie cardiaque.

Trois jours après la publication de l’étude, l’OMS, très critiquée par les Etats-Unis et certains pays pour sa lenteur dans la prise de décision quant à la gravité du Covid-19, a décidé cette fois-ci de prendre rapidement les devants en suspendant, par mesure de précaution, des essais cliniques qu’elle menait sur cette molécule avec ses partenaires dans plusieurs pays.


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Aussitôt annoncé, la France, où la polémique sur l’hydroxychloroquine était déjà houleuse entre experts français, a décidé d’emboîter le pas à l’OMS en annonçant le bannissement de la molécule pour le traitement du Covid-19. Une décision qui a irrité ceux qui ont obtenu d’excellents résultats grâce à celle-ci, dont le célèbre Professeur Didier Raoult, infectiologue, qui a qualifié l’étude publiée par The Lancet de «foireuse».

Dans la foulée, les pays africains ont presque tous plébiscité ce traitement à la chloroquine, en refusant de suivre les recommandations de l’OMS.

L’Algérie a été le premier pays du continent à refuser cette suspension. Le président du Conseil national de l’Ordre des médecins algériens, le Dr Mohamed Bekkat Berkani, a affirmé que l’Algérie poursuivra l’utilisation du protocole thérapeutique à base d’hydroxychloroquine contre le nouveau coronavirus (Covid-19).


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Pour le Dr Bekkat, également membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du nouveau coronavirus, ce protocole a contribué «efficacement» à la guérison de personnes atteintes du Covid-19 et assure que celui-ci «n’a causé, à ce jour, aucun effet secondaire aux patients soumis à ce traitement».

Il faut dire que l’Algérie, qui enregistrait le plus de morts liés Covid-19 en Afrique, avant d’adopter le traitement à base de la chloroquine, a réalisé d’excellents résultats en réduisant fortement le taux de létalité du coronavirus. En conséquence, l’Algérie poursuivra l’utilisation de ce protocole thérapeutique à base de chloroquine soulignant que l’utilisation de ce traitement «s’effectue dans un cadre scientifique, avec un suivi minutieux des patients même après leur guérison».

Même cas de figure au Maroc, qui a lui aussi aussi décidé, dès le mercredi 27 mai, de maintenir le protocole de traitement à base de chloroquine contre le Covid-19, malgré la décision de l’OMS. Les autorités sanitaires marocaines sont convaincues des effets positifs de l’hydroxychloroquine, associée à de l’artémisinine, administrée sur les malades testés positifs au Covid-19.

Et comme l’Algérie et le Maroc, le Sénégal aussi va lui aussi continuer à utiliser le traitement thérapeutique à base d’hydroxychloroquine.


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De même, le Sénégal, un des premiers pays africains à adopter le protocole popularisé par le Pr Didier Raoult, lui-même natif de ce pays, a décidé de continuer à traiter ses malades du Covid-19 avec de l’hydroxychloroquine.

«Le traitement avec l’hydroxychlotoquine va continuer au Sénégal, l’équipe du professeur Seydi maintient son protocole thérapeutique», a souligné le docteur Abdoulaye Bousso, qui pilote le Centre des opérations d’urgence sanitaire (COUS) du Sénégal.

Le Gabon, le Niger, Le Tchad, le Togo, et bien d'autres pays d'Afrique, ont eux aussi annoncé avoir décidé de maintenir le traitement à base de l’hydroxychloroquine.

Unique pays à faire faux bond, la Tunisie. «Le traitement à la chloroquine des malades atteints du Covid-19 a été suspendu dans tous les hôpitaux en Tunisie», a souligné Jalila Ben Khalil, membre du Comité permanent tunisien de lutte contre le coronavirus, justifiant cette décision par la baisse du nombre de malades atteints du Covid-19.

Il faut dire que le cas tunisien est différent de celui des autres pays africains. A la date du 26 mai, le pays ne comptait que 2 patients hospitalisés sur un total de 74 cas actifs placés sous surveillance. Donc, le pays peut suspendre l’usage de la chloroquine, faute de malades à traiter.


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Pourquoi les pays africains maintiennent-ils ce protocole de traitement à base de la chloroquine? D’abord, ce choix se justifie par les résultats positifs obtenus dans le traitement des patents atteints du coronavirus. Ainsi, selon les autorités marocaines, sur les 7.554 cas de Covid-19 recensés dans le pays à la date du 26 mai, 4.841 sont guéris, suivant ce protocole.

Pour Khalid Aït Taleb, ministre marocain de la Santé, «le virus infecte l’hôte en s’introduisant dans la cellule en plusieurs étapes. Une des étapes est inhibée par la chloroquine».

En Algérie, à la veille de la recommandation de la suspension de la chloroquine par l’OMS, le Dr Mohamed Bekkat Berkani, qui juge cette décision surprenante, avance que 4.918 malades du Covid-19 sont guéris, grâce à la chloroquine et d'indiquer que «nous n’avons pas noté de réactions indésirables». Par ailleurs, «plus de 15.000 personnes contaminées ou suspectées de l’être ont reçu un traitement à base d’hydroxychloroquine», selon le Dr Djamel Fourar, porte-parole du Comité scientifique algérien de suivi de l’évolution de la pandémie.

Le professeur Moussa Seydi, chef du service des maladies infectieuses du CHU de Dakar, au Sénégal, évoque une réduction plus rapide de la charge virale chez le malade traité avec l’hydroxychloroquine et une bonne tolérance au médicament. Ce traitement est administré au Sénégal avec l’accord du patient et accompagné d’un électrocardiogramme.


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Ensuite, les experts africains remettent en cause l’étude publiée par The Lancet. Certains d’entre eux jugent que le fait que l’étude annonce qu’il est inefficace, voire néfaste, d'avoir recours à la chloroquine contre le Covid-19, sème le doute autour du lien de certains lobbies et laboratoires internationaux.

D’autres remettent en cause cette étude. Pour le Dr Bekkat, cette étude «prête à confusion» en cernant «des cas graves pour lesquels l’hydroxychloroquine n'est d’aucun secours».

C’est le cas aussi du Colonel Djibril Mohaman, de la Coordination nationale de Riposte contre le Covid-19 au Togo, qui avance que cette cette étude comporte deux faiblesses: «il y a d’abord un biais de sélection et un biais d’interprétation».

En gros, pour eux, c’est une étude de Big data faite par des informaticiens qui ont collecté des informations de différents pays et qui ont traité des populations différentes. Or, le traitement à la chloroquine doit être administré au début de la maladie pour donner au malade le maximum de chance de guérison. Ainsi, lorsqu’un malade est dans un état grave, le traitement à la chloroquine ne sert à rien. Or, l’étude publiée par The Lancet a pris cette catégorie de malades en compte.

En tout cas, sur ces points, les experts africains sont confortés dans leurs décisions de maintenir le traitement du Covid-19 avec le protocole à base de l’hydroxychloroquine par une critique de l’étude de The Lancet émanant d’une centaine de scientifiques du monde entier.


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En effet, une centaine de scientifiques d'universités et de centres de recherches prestigieux, dont ceux de Harvard et de l’Imperial College de Londres, avancent que l’examen minutieux de l’étude de The Lancet «a soulevé à la fois des inquiétudes liées à la méthodologie et à l’intégrité des données».

Parmi les faiblesses de cette étude figure l’incohérence dans les doses administrées dans certains pays, le refus des auteurs de donner aux données brutes, etc.

Bref, ces scientifiques reconnus soulignent que l’étude publiée par The Lancet est biaisée, ce qui conforte, en attendant, les pays africains dans leur choix de poursuivre ce protocole thérapeutique. 

Face aux critiques formulées contre l’étude de The Lancet, l’OMS annonce que la suspension des essais impliquant l’hydroxychloroquine était «temporaire».

Outre ces deux facteurs fondamentaux, résultats positifs obtenus et études jugées peu fiables, le choix pour les pays africains pour le maintien du protocole de traitement à base de chloroquine s’explique aussi par d’autres facteurs.

En effet, jusqu’à présent, aucun traitement alternatif n’a été trouvé dans aucun pays, alors que l’hydroxychloroquine, un antipaludique, est disponible en abondance sur le marché.


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En plus, le coût du traitement à partir de ce protocole est particulièrement bas, du fait que la chloroquine est fabriquée dans de nombreux pays africains, et donc le problème d’approvisionnement ne se pose pas et ce, d’autant que les patients affichent une grande tolérance vis-à-vis de ce traitement, qui est utilisé dans les cas diagnostiqués, et non pas uniquement pour les cas critiques.

L'Afrique compte 147.100 patients atteints Covid-19 (cas confirmés), dont 62.000 guérisons et 4.230 décès. 

Enfin, en attendant qu’un véritable remède soit trouvé, les pays africains n’ont d’autre choix que de continuer à utiliser la chloroquine qui a donné de bons résultats.

D’ici là, il est essentiel de maintenir la distanciation sociale et les gestes barrières pour freiner la propagation du coronavirus.
Le 01/06/2020 Par Moussa Diop