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Union africaine: les enjeux du sommet extraordinaire de novembre à Addis-Abeba

Mise à jour le 24/09/2018 à 19h09 Publié le 24/09/2018 à 18h46 Par Moussa Diop

#Politique
Union africaine

Le siège de l'Union africaine à Addis-Abeba.

#Maroc : L’Union africaine se réunira en sommet extraordinaire en novembre prochain à Addis-Abeba, en Ethiopie. Au menu, l’évaluation des réformes de l’institution panafricaine, notamment le financement et la gouvernance. Détails sur les enjeux de ces réformes.

Le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a annoncé que les pays membres de l’Union africaine se réuniront en sommet extraordinaire en novembre prochain à Addis-Abeba, en Ethiopie. Après le sommet extraordinaire de mars dernier dédié à la Zone de libre-échange continentale africaine, ce nouveau sommet extraordinaire sera essentiellement axé sur la réforme de l’Union africaine.

Parmi les axes majeurs de cette réforme figure en bonne place celle l’indépendance financière de l’Union africaine. En effet, le fonctionnement de l’institution panafricaine est fortement dépendant des bailleurs de fonds étrangers. Ainsi, en 2017, les Etats membres de l’Union africaine n’ont financé que 14% du budget de l’institution. Cette part était encore plus faible en 2012 en représentant seulement 3% du budget. Or, le continent ne peut pas être indépendant tout en restant dépendant des bailleurs de fonds pour son fonctionnement de ses institutions.


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En outre, du fait des inégalités dans les contributions entre pays membres, 48% du budget de l’UA dépend des contributions de 5 Etats seulement: Nigeria, Afrique du Sud, Algérie, Angola et Egypte.

C’est ainsi que Paul Kagame a été chargé en 2016 par ses pairs de réfléchir sur un mode de financement à même de permettre au continent d’assurer son autonomie. La solution préconisée par la commission qu’il dirigeait a proposé la «Taxe Kagame», appelée aussi «Taxe Kaberuka». Il s’agit d’une taxe de 0,2% prélevée par chaque pays membre sur ses importations de produits non-africains.

Selon les estimations, cette taxe devrait procurer entre 970 et 1200 millions d’euros. Avec ce montant, le principe de financement à 100% de l’UA par les Etats membres est acquis avec 75% destinés aux programmes de l’Union africaine et 25% pour le fonds de la Paix et sécurité.


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Seulement, la taxe Kagame est loin de faire l’unanimité. En effet, lors du dernier sommet de l’Union africaine à Nouakchott, 23 pays membres avaient commencé à mettre en place la «Taxe Kagame» et 13 membres ont effectivement commencé à collecter des fonds.

C’est dire que la majorité des pays du continent reste réticente à l’application de la Taxe Kaberuka, notamment ceux qui ont des factures d’importation de biens salées. C’est le cas notamment de l’Afrique du Sud, de l’Angola, de l’Algérie, de l’Egypte, etc. Ces pays qui sont de très gros importateurs de biens fabriqués hors du continent évoquent plusieurs raisons pour justifier leur réticence à la taxe Kagame en évoquant les règles de l’OMC -Organisation mondiale du commerce- et des contraintes règlementaire les empêchant de financer des institutions par des taxes.

Mais, la principale raison non avouée par les pays réticents demeure bien évidemment le montant que ces pays débourseraient comme contribution au budget de l’Union africaine. A titre d’exemple, l’Afrique du Sud qui a importé 92 milliards de dollars en 2016, en considérant que 20% de ses importations provenaient des autres pays africains et/ou des produits exclus de la taxe, le pays devrait supporter une contribution à hauteur de 145 millions de dollars, soit un différentiel de 125 millions de dollars par rapport à sa participation actuelle de 20,4 millions de dollars.


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Ainsi, cette taxe risque d’accroître les inégalités en matière de contribution au budget de l’institution panafricaine. La réforme propose aussi l’augmentation des contributions de tous les pays membres. Ainsi, les plus petits contributeurs se voient fixer un niveau de contribution plancher de 200.000 dollars.

En outre, pour finir avec les retards de paiement, le rapport de Kagame compte instituer des sanctions plus sévères: suspension de la participation aux sommets de l’Union africaine, l’exclusion des bureaux des organes de l’institution, etc.

Outre le financement, le volet de la gouvernance visant à améliorer le fonctionnement de l’Union africaine figure en bonne place dans les réformes de l’institution.

En effet, concernant les instances de l’Union africaine, les chefs d’Etat africains élisent le président de la Commission, son vice-président et chacun des 8 commissaires. Seulement étant élu par les présidents au même titre que le président de la Commission, ce dernier perd de son autorité sur les commissaires.


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Du coup, face à cette situation, en juillet 2017, les chefs d’Etat avaient proposé à ce que le vice-président et les 8 commissaires soient nommés par le président de la Commission. Cette proposition ne fait toutefois pas l’unanimité. Certains pays (Afrique du Sud, Algérie, etc.) sont réticents.

Face à cette situation, certains proposent que le vice-président et les commissaires continuent à être élus par les chefs d’Etat mais que le président de la Commission se charge des affectations des portefeuilles avec la possibilité de démettre les commissaires. Ce point risque d’être âprement débattu lors de cette rencontre. Les chefs d’Etat accepteront-ils de laisser une partie de leur pouvoir au président de la Commission pour améliorer l’efficience de l’institution?

Ainsi, convaincre tous les pays africains à adopter la Taxe Kagame et pousser les chefs d'Etat à céder une partie de leur pouvoir au président de la Commsion figurent parmi les enjeux phares du sommet extraordinaire de novembre prochain à Addis-Abeba.

Le 24/09/2018 Par Moussa Diop