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Maghreb. Covid-19: tout sur les vaccins et programmes de vaccination selon chaque pays

Mise à jour le 21/12/2020 à 17h41 Publié le 20/12/2020 à 17h18 Par Moussa Diop

#Politique
Vaccin Covid-19
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#Maroc : Choix du vaccin, date du début de la vaccination, gratuité ou non du vaccin, personnes ciblées…voici tout ce qu’il faut savoir sur le programme d’acquisition et de vaccination contre le Covid-19 au Maroc, en Algérie et en Tunisie.

A l’instar des Etats-Unis, du Royaume-Uni et des pays européens qui entameront leur campagne de vaccination contre le Covid-19 le 27 décembre, les pays du Maghreb - Maroc, Algérie et Tunisie - aussi se préparent activement à la vaccination de leurs populations. Si certains d’entre eux continuent de tergiverser sur le choix des vaccins et le début de la campagne de vaccination, d’autres sont plus décidés à aller vite vers la vaccination pour immuniser leur population et relancer leur économie qui tourne en mode ralenti depuis l’avènement de la pandémie.

Le choix d’aller rapidement vers la vaccination est d’autant plus encouragé par les résultats des essais cliniques opérés par les entreprises pharmaceutiques qui ont permis d’enregistrer des taux d’efficacité des candidats au vaccin contre le Covid-19 très appréciables. Ces taux sont de 95% pour le vaccin développé par Pfizer/BioNTech, 94,5% pour Moderna, 86% pour Sinopharm, 70% pour Astra Zeneca, etc.


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Au niveau du Maghreb, et en Afrique, les pays ont tendance à attendre que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) leur offre des lots de vaccins dans le cadre du programme Covax. Le Maroc a, lui, pris les devants pour vacciner sa population contre le Covid-19 en prenant très tôt l’initiative de commander d’importants lots de vaccins auprès de grandes firmes pharmaceutiques engagées dans la course pour le vaccin anti-Covid-19. Le royaume est ainsi le pays maghrébin et africain le plus avancé en matière de préparation pour vacciner sa population.

Maroc: les vaccins Sinopharm et AstraZenica pour vacciner 80% de la population âgée de plus de 18 ans

Le Maroc, officiellement second pays le plus touché par la pandémie du Covid-19 en Afrique après l’Afrique du Sud, avec plus de 415.226 cas de Covid-19, s’est positionné très tôt pour accéder aux vaccins anti-Covid-19 en cours d’élaboration. Le royaume a même participé aux essais cliniques du vaccin de Sinopharm.

Pour le démarrage de sa campagne, le royaume a passé commande auprès de deux laboratoires pharmaceutiques: le chinois Sinopharm et l’anglo-suédois AstraZeneca qui ont développé des vaccins selon la technologie du vecteur viral. Il s’agit de vaccins qui peuvent être conservés à des températures comprises entre 2 et 8 degrés.


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Avec Sinopharm, le contrat prévoit l’approvisionnement du Maroc de 10 millions de doses avant la fin de l’année en cours et plusieurs autres millions de doses en 2021. Il s’agit d’un vaccin de type inactivé et d’une technique classique approuvée depuis plusieurs décennies et basée sur l’utilisation du virus inactivé grâce à un traitement chimique qui lui fait perdre toute agressivité. Celui-ci est ensuite injecté dans l’organisme pour faire réagir le système de défense immunitaire et produire des anticorps capables de reconnaître le coronavirus. Les tests cliniques de ce vaccin ont été réalisés au Maroc avec des résultats jugés positifs.

L’autre commande est faite au près d’Astra Zeneca qui a élaboré son vaccin en collaboration avec Oxford. Ce vaccin est l’un des moins coûteux avec des coût compris entre 2 et 4 euros l’unité. L’Autorité britannique du médicament envisage d’approuver le vaccin fin décembre.

En tout, le Maroc s’est fixé comme objectif de vacciner 80% de sa population âgée de plus de 18 ans. Pour cela, il aura besoin entre 35 et 40 millions de doses dont 30 millions ont été assurés par les contrats signés avec les deux groupes pharmaceutiques.

Le reliquat pourrait venir du programme Covax initié par l’OMS, l’Alliance pour les vaccins (Gavi) et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI), visant à garantir un accès équitable aux vaccins anti-coronavirus. Le Maroc fait partie des pays qui bénéficieront de vaccins de ce programme au prix préférentiel de 3 dollars maximum la dose.


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A noter que sur instructions du roi Mohammed VI, le vaccin anti-Covid-19 sera administré gratuitement à toute la population marocaine.
Concernant la campagne de vaccination, toute la logistique est déjà opérationnelle au Maroc. En tout, 2.900 stations de vaccinations fixes et mobiles ont été mis en place et quelques 25.630 personnes du secteur de la santé (médecins, infirmiers, étudiants, etc.) mobilisées.

Afin d’assurer une bonne gestion de la campagne de vaccination, les titulaires de la carte d’identité nationale ou du titre de résidence doivent s’inscrire préalablement sur une plateforme électronique dédiée. Un sms leur sera envoyé via le numéro 1717 pour les informer de la date et de leur centre de vaccination.

C’est ce dimanche 20 décembre que les dernières simulations sur l’utilisation de la plateforme de vaccination seront effectuées.

Les vaccins seront administrés en raison de 2 doses espacées de 21 jours et la campagne de vaccination devrait durer 12 semaines.
A noter que le vaccin chinois de Sinopharm est déjà administré à des patients en Chine, aux Emirats Arabes-Unis, au Bahrein, en Egypte… Selon l’Autorité de régulation de la santé nationale (NHRA) du Bahreïn, «les résultat des essais cliniques de la phase III ont montré un taux d’efficacité de 86%, un taux de séroconversion de 99% pour les anticorps neutralisants et une efficacité de 100% dans la prévention des cas modérés et sévères de Covid-19».


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Les premiers bénéficiaires des vaccins anti-Covid-19 seront le personnel de la santé, les autorités publiques, les services de sécurité, les personnes présentant des maladies chroniques et le personnel du secteur de l’éducation nationale. Suivront ensuite d’autres catégories de la population en fonction de leur âge.

La Tunisie: le vaccin de Pfizer/BioNTech et un objectif de vacination de 25% de la population

Après avoir tergiverser, les autorités tunisiennes ont fini par annoncer, le vendredi 15 décembre, le choix du vaccin qu’elles importeront. Ce sera celui de Pfizer/BioNTech, malgré ses exigences en matière logistique. Le vaccin devant être conservé à une température de congélation de plus de -70°c du laboratoire à son administration au patient. Une exigence qui a freiné de nombreux pays à se positionner sur ce vaccin dont on annonce un taux d’efficacité de 95%. En outre, ce vaccin d’une nouvelle génération suscite quelques réserves dans certains pays et chez quelques spécialistes.

Selon le directeur général de l’Institut Pasteur Tunisie, Hechmi Louzir, la Tunisie a signé un contrat avec les laboratoires Pfizer/BioNTech pour l’acquisition du vaccin contre le Covid-19. Il explique que le choix de ce vaccin repose «sur les premiers résultats montrant son efficacité en matière de lutte contre le coronavirus».


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La Tunisie a ainsi commandé un premier lot de 2 millions de vaccins qui devraient être livrés à fin mars 2021 en raison de 7 dollars la dose, soit un montant total de 14 millions de dollars.

A noter aussi que la Tunisie a adhéré au programme Covax. Et selon Dr Amel Ben Saïd, directrice de la Santé de base au ministère de la Santé, «la Tunisie va recevoir un premier lot de 360.000 doses de vaccin contre le coronavirus de la part de l’OMS une fois qu’il sera prêt». Un second lot de 2,76 millions de doses sera également réceptionné dans une seconde phase du programme Covax.

En tout, pour la campagne de vaccination anti-Covd-19, les autorités sanitaires tunisiennes se sont fixé comme objectif d’acquérir 6 millions de doses de vaccin contre le coronavirus pour vacciner 3 millions de Tunisiens. L’objectif est de vacciner 25% de la population du pays. En excluant les personnes âgées de moins de 18 ans, la Tunisie se fixe un objectifs d’immunisation de 60% de sa population grâce aux vaccins.

La priorité sera accordée aux Tunisiens atteints de maladies chroniques ainsi que les personnes travaillant dans des secteurs vitaux (santé, sécurité, aéroports, etc.).


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Selon les estimations des autorités tunisiennes, les cas de contamination par le Covid-19 dans le pays n’ont pas dépassé les 13% de la population du pays. A noter que la Tunisie est le cinquième pays le plus touché par la pandémie du Covid-19 en Afrique avec 120 000 cas positifs.

Algérie: aucun vaccin commandé, les autorités attendent et jouent la «prudence»

L’Algérie semblait avoir fait le choix du vaccin russe Spoutnik V. Elle avait même annoncé sa volonté de produire le vaccin en Algérie et l’ambassadeur russe avait assuré que le taux d’efficacité du vaccin Spoutnic V était de 95%. Toutefois, face aux dénigrements dont fait l’objet ce vaccin et aux tergiversations des dirigeants algériens, notamment du fait de l’absence du président du pays depuis plus de 50 jours, l’Algérie ne s’est finalement positionnée sur aucun vaccin anti-Covid-19.

Le ministre de la Santé Abderrahmane Benbouzid a confirmé que le choix définitif de vaccin n’a pas encore été fait. Et pour justifier son retard, les autorités algériennes avancent qu'elles attendent que le vaccin anti-coronavirus «soit qualifié» avant de trancher pour tel ou tel vaccin à importer.


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A ce titre, le ministre de la Santé a expliqué que le Comité scientifique ad hoc soumettra une liste de vaccins choisis et le choix définitif et la date d’acquisition relevaient des «attributions du président de la république ou du Premier ministre».

Et pour justifier cette situation, il explique que l’Algérie table sur un «vaccin sûr, moins coûteux et pré-qualifié par l’OMS». Toutefois, les vaccins à ARN des laboratoires Pfizer/BioNTech et Moderna semblent exclus pour le moment de la liste des vaccins que l’Algérie pourrait acquérir à cause des exigences logistiques, notamment leurs conservations à une température de -70°c.

Ainsi, après avoir annoncé en été dernier que l’Algérie allait être parmi les premiers pays à acquérir le vaccin anti-Cocid-9, le ministre de la Santé a changé de discours. Une situation qui s’explique par une mauvaise préparation et d’absence d’anticipation des autorités sanitaires du pays.


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En attendant, l’Algérie se contente de son engagement avec Covax, le dispositif international créé par l’OMS pour accélérer l’accès équitable au vaccin en partenariat avec l’Alliance pour les vaccins (Gavi). Et à ce titre, l’Algérie devrait recevoir ses premiers lots de vaccins de l’OMS à la fin du premier trimestre 2021.

A l’instar du Maroc et de la Tunisie, le vaccin anti-Covid-19, une fois acquis, sera administré gratuitement à l’ensemble des Algériens, selon les autorités du pays.


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Rappelons qu’au niveau mondial, les campagnes de vaccination ont débuté au Royaume Uni, aux Etats-Unis, au Canada, en Chine, aux Emirats, au Bahreïn... Les pays de l’Union européenne entameront ensemble leur campagne le 27 décembre prochain.

Selon les lignes directrices de l'OMS, les travailleurs de la santé devraient être parmi les premiers à se faire vacciner, car ils sont au front et plus exposés à la contamination. Ceux qui travaillent aux points d'entrée des pays (aéroports, ports et frontières terrestres) devront suivre, puis les personnes âgées, surtout celles qui souffrent de maladies chroniques.

A noter qu’actuellement, on compte une douzaine de vaccins développés par Pfizer/BioNTech, Moderna, Astra Zeneka, Johnson&Johson, Spoutnik V, Sinopharma, Sinovac, CureVac, Janssen Pharmaceutica NV, Novavax, etc.
Le 20/12/2020 Par Moussa Diop