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Mauritanie: pas de référendum constitutionnel à cause de la crise économique

Mise à jour le 30/12/2016 à 16h41 Publié le 30/12/2016 à 15h49 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

#Politique
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#Mauritanie : Prévu fin 2016, puis repoussé à début 2017, le référendum populaire en vue de l’approbation de la modification d’une série de réformes constitutionnelles en Mauritanie finalement annulé. A la place, les deux chambres décideront. Toutefois, la justification avancée ne convainc pas les Mauritaniens.

Annoncé en grande pompe par le président Mohamed ould Abdel Aziz himself, le référendum populaire visant à approuver les modifications de la constitution figurant dans les résolutions du dialogue national inclusif du 29 septembre au 20 octobre 2016, n’aura finalement pas lieu. Ces changements portent sur la suppression du Sénat, la création de conseils régionaux, la modification des symboles nationaux (hymne national et drapeau), etc. Ce revirement de haute importance, révélé au terme d’une rencontre entre le président Mohamed Ould Abdel Aziz et les sénateurs dernièrement, suscite encore de remous.

Ainsi, à la place de la consultation populaire, les autorités mauritaniennes ont décidé de se limiter au vote du parlement (Sénat et Assemblée nationale) siégeant en congrès pour valider les réformes, selon une annonce faite aux sénateurs par le président.

Pourquoi alors ce revirement? Cette décision est motivée en haut lieu par «une conjoncture économique difficile». Une vérité que le président lui-même semble désormais reconnaître.


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En effet, la Mauritanie, tirant l’essentiel de ses revenus de l’exportation du minerai de fer (plus d’un tiers des recettes budgétaires), de l’or et du pétrole, traverse une période difficile marquée par la chute vertigineuse des recettes provenant des exportations et consécutive à la baisse des cours des matières premières. Une conjoncture qui a entraîné des coupes dans un certain nombre de dépenses publiques.
Du coup, et face au coût jugé élevé d’un référendum, la consultation a subitement été zappée du langage officiel et même du discours de l’homme de la rue.

Mais, est-ce que la crise à elle seule explique ce revirement? Apparemment non. En effet, ces modifications constitutionnelles ont été approuvées en l’absence de l’opposition mauritanienne et d’une importante partie de la société civile qui ont boycotté le dialogue politique. Ainsi, le Rassemblement des forces démocratiques (RFD), principal parti d’opposition, et le collectif du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU), qui récusent le caractère «inclusif» du dialogue de 2016 ont proclamé leur détermination à s’opposer activement au projet de modification de la constitution.


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Outre l’opposition, de nombreuses voix, notamment au niveau de la jeunesse mauritanienne jugent «impertinentes» ces modifications. Ainsi, de nombreux mouvements contestataires de jeunes se sont créés dont «Touche pas à ma constitution», «Touche pas à mon drapeau», «Touche pas à mon hymne national», etc.

En plus, de nombreuses personnalités mauritaniennes consensuelles ont ouvertement manifesté leur opposition aux modifications touchant les symboles de l’unité nationale mauritanienne. C'est le cas de l'Imam de la grande mosquée de Nouakchott. outre la portée religieuse du drapeau avec son croissant et son étoile à 5 branches sur un fond vert, les craintes portent aussi et surtout sur la résurgence des clivages identitaires, notamment pour ce qui est de la nouvelle composition de l’hymne national, l’actuel étant originellement sans parole, même si certains ont voulu par la suite y accoller des poèmes. Idem pour le drapeau qui cimentait l’unité du pays autour d’une seule religion de paix –l’Islam.

C’est dire que le fait de s’attaquer à ces éléments présente de forts gros risques d’accentuation des fractures communautaires dans un pays multinational dont l’histoire reste marquée par des tensions épisodiques et des évènements douloureux.


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Autant de raisons qui pourraient pousser les Mauritaniens à rejeter cette consultation. Du coup, en ne recourant uniquement qu’au vote des deux chambres (parlement et sénat) unifiées, le président est certain de faire passer la réforme plus facilement. En effet, ces deux chambres sont largement dominées par le parti au pouvoir, l’Union pour la république (UPR).

En tenant compte de ses partis satellites, le pouvoir contrôle 150 sièges sur un total de 203 au niveau des deux chambres. Autrement dit, au cas ou tout le monde suit la consigne du président, le seuil des 2/3 nécessaire pour adopter les modifications de la constitution sera facilement atteint. Cela sans compter qu’une partie de l’opposition pourrait aussi soutenir le projet.

Toutefois, si les sages du Sénat, reçus à plusieurs reprises par le président rechignent à voter pour les modifications, cela risque de constituer un véritable camouflet pour le guide. Toutefois, beaucoup pensent que le président a eu toutes les garanties nécessaires des sages qui seront certainement tous recasés avec tous les avantages qu’il faut sur le compte de l’Etat.
En clair, le recours au parlement unifié n'est pas que plus économique. 
Le 30/12/2016 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya