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Sénégal: l’or devient une malédiction

Mise à jour le 29/09/2018 à 16h43 Publié le 29/09/2018 à 16h42 Par De notre correspondant à Dakar Moustapha Cissé

#Société
L'or de Kédougou

L'or de Kédougou

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#Sénégal : Prostitution des filles, désertion des écoles par les enfants, recrudescence des maladies liées à l’utilisation du cyanure et du mercure, le Sénégal paye le prix fort de l’exploitation de son or dans les sites d’orpaillage traditionnel à Kédougou.

L’orpaillage traditionnel dans les mines d’or de Kédougou ne fait pas que des heureux. Très souvent, la manière dont il est effectué dans cette localité impacte négativement les populations et l’environnement. Cette région, située au sud-est du Sénégal, à quelques kilomètres de la frontière avec le Mali, est aujourd’hui en proie à un certain nombre de maux. L’exploitation des femmes et des enfants, l’abandon des écoles par ces mêmes enfants et les maladies liées à l’utilisation du cyanure s’y côtoient devant l’impuissance des autorités locales qui peinent à trouver des solutions.


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Les jeunes sont les plus exposée à ce contexte. Il faut dire que l'orpaillage traditionnel est devenu la principale source de revenus des populations et des ressortissants étrangers à Kédougou.

Le Coordonnateur du projet « Traite des personnes et trafic illicite de migrants du Bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre de l’Office des Nations Unis pour la lutte contre la drogue et le crime (Onudc), Issa Saka, tire la sonnette d’alarme. « La vulnérabilité des jeunes filles et des enfants reste une réalité dans les zone d’orpaillage traditionnel car les mesures nécessaires n’ont pas été prises pour réguler le secteur. Même s’il ya la présence des force de défense et de sécurité, cela n’a pas forcément eu un impact dans la mesure où c’est un phénomène caché», dénonce-t-il.

En effet, les auteurs de cette traite usent de tous subterfuges pour enfreindre les lois. Et sans une investigation très subtile, les forces de l’ordre ne pourront pas faire des interventions ciblées. Issa Saka préconise ainsi «la sensibilisation des populations et une identification des victimes et des auteurs de la traite». Sans quoi, dit-il, «la situation persistera». Selon lui, «il ne faut pas se limiter au contrôle sanitaire consistant à vérifier si les filles ont un carnet de santé, mais il faudrait un peu plus pousser l’investigation pour voir dans quelles conditions, elles se prostituent».


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La forte présence des ressortissants étrangers en quête du métal jaune dans cette région a beaucoup a aggravé la situation. Ces derniers obligent certaines filles à la prostitution. Pour Issa Saka, «la pureté ne rime pas avec la découverte du métal précieux». En d’autres termes, on remarque une ruée des travailleuses du sexe dans tous les sites d’orpaillage traditionnel. Des femmes sont contraintes de se prostituer, tandis que d'autres, issues de familles pauvres, n'ont trouvé que cette issue pour se sortir de la misère.

Un avis que partage Omar Cissé, responsable programme industrie extractive et développement durable de l’ONG Enda Lead Afrique Francophone. Ce dernier soutient sur Sud Quotidien que "la prostitution a connu une avancée assez considérable dans la zone". Et pire encore, se désole-t-il, "il y a de plus en plus de femmes, originaires de la régions de Kédougou, qui sont influencées par les travailleuses du sexe venus des pays de la sous-région ».


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Qu’ils soient attirés par le métal jaune ou poussés par leurs parents qui y voient un revenu supplémentaire, les enfants sont très présents dans les sites d’orpaillage. Ce phénomène a des conséquences négatives sur leur scolarité. La plupart d’entre eux finissent par abandonner l’école. «A cause de la recherche de l’or, plus de 50% des classes sont vides dans certaines communes de la région», déclare Omar Cissé. Selon lui, «les enfants sont mobilisés par leurs parents pour les travaux d’extraction. Quand les garçons sont en charge de tirer les cordes des seaux de sable à partir des trous, souvent profondes de plusieurs mètres, les filles sont chargées du lavage du métal. Cette recherche effrénée de l’or est à l’origine de la forte baisse de la scolarité dans le département de Saraya».

Les enfants d’origine sénégalaise ne sont pas les seuls présents dans ces sites d’orpaillage traditionnel. On y retrouve aussi d’autres enfants venus du Burkina Faso, victimes de la traite des personnes.

Certaines communes de la région de Kédougou tentent cependant de lutter contre la forte baisse de la scolarité des enfants. « C’est le cas à Tomboronkoto où les populations ont envisagé des mesures de sauvegarde comme l’interdiction pour les enfants d’accéder aux sites d’orpaillage. C’est ce qui fait qu’il y a moins d’enfants dans le site de Bantaco», a fait savoir Mamar Cissé.

Un impact négatif sur l’environnement


Deux Burkinabé en possession de cyanure, de mercure et d’explosifs ont par ailleurs été arrêtés, le 14 septembre dernier par la gendarmerie de Saraya à Kédougou. On pourrait penser que ces deux individus avaient des projets terroriste mais il n’en est rien. En effet, le cyanure, le mercure et les explosifs sont fortement utilisés par les orpailleurs, qui s’en servent pour l’exploitation de l’or. Les explosifs leur permettent de fracasser les blocs de pierre, tandis que le cyanure et le mercure leur permettent d’extraire l’or.


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 L’utilisation de ces trois produits a des conséquences désastreuse sur l’environnement, sur la santé des orpailleurs et celle de populations riveraines. Dissout dans l’eau, le cyanure devient mortel. Mais au contact de rayons ultra-violets (UV) venant du soleil, il est littéralement détruit. Quand au mercure, c'est un métal qui ne se détruit pas. Il est assimilé par l’organisme humain qui le laisse s’accumuler. Il s'ensuit alors de graves troubles de santé.

En ce sens que le cyanure et le mercure «causent des problèmes de santé chez les orpailleurs et polluent les cours d’eau, leur usage n’est pas conforme aux normes environnementales», déclare Momar Cissé. Et plus inquiétant encore, il n’existe pas au Sénégal un labo…

Le 29/09/2018 Par De notre correspondant à Dakar Moustapha Cissé

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