Des rendements records aux capitalisations en explosion: l’âge d’or des bourses africaines

À Johannesburg, les investisseurs préfèrent fin décembre, les obligations sud-africaines aux actions malgré la hausse des cours.

Le 27/12/2025 à 16h01

Portées par une combinaison inédite de liquidité, de revalorisation des actifs et de réformes structurelles, les principales places financières africaines affichent des performances qui redessinent la hiérarchie des marchés émergents, consacrant l’entrée du continent dans une phase de maturité boursière accélérée.

L’Afrique boursière suscite aujourd’hui un regain d’intérêt qui dépasse largement le cadre régional. Une situation qui intervient dans un contexte mondial marqué par les fluctuations post-pandémiques où les marchés de capitaux africains brillent non seulement par leur résilience mais aussi par des performances qui attirent l’attention des investisseurs internationaux.

Face à une conjoncture favorable inattendue, les données boursières des cinq dernières années révèlent un dynamisme structurel inédit sur le continent, porté par des contractions cycliques suivies de rebonds spectaculaires des indices, ainsi que par une augmentation notable de la capitalisation boursière et des volumes échangés.

Cette tendance est particulièrement attestée par les cinq principaux marchés africains que sont la Johannesburg Stock Exchange (JSE) en Afrique du Sud, la Bourse de Casablanca, l’Egyptian Exchange (EGX), la Nigerian Exchange (NGX) et la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) de l’Afrique de l’Ouest.

La Johannesburg Stock Exchange (JSE) demeure sans conteste la référence du continent. Avec une capitalisation boursière qui s’établit à environ R21,7 trillions à la mi-2025, soit près de 1 050 milliards d’euros, la JSE continue de tirer profit de la profondeur de son marché et de son rôle central dans la finance africaine, d’après les données officielles de la place sud-africaine.

Cette capitalisation massive, répartie sur plus de 435 sociétés cotées, confère à la JSE une liquidité et une diversité sectorielle difficilement égalables sur le continent. L’indice de référence FTSE/JSE All-Share a franchi des niveaux records, culminant à 100 000 points en juillet 2025, ce qui illustre non seulement la reprise post-covid mais aussi l’attraction soutenue du marché pour les investisseurs institutionnels internationaux, analyse un rapport de marché publié récemment.

Ce rebond est en grande partie soutenu par la stabilisation politique et par des réformes structurelles ciblées, notamment dans le secteur énergétique, qui ont restauré une confiance durable chez les investisseurs.

À l’échelle du Maghreb, la Bourse de Casablanca se distingue comme le principal pilier financier du Maroc et l’un des plus importants centres boursiers d’Afrique du Nord. Selon les statistiques les plus récentes, la capitalisation globale du marché marocain avoisine 100 milliards de dollars au premier semestre 2025, soit environ 925 milliards de dirhams, témoignant d’une attractivité soutenue des instruments de marché marocains. L’indice principal, le MASI (Moroccan All Shares Index), a enregistré une progression remarquable de +20,19% au premier trimestre de 2025, confirmant une dynamique haussière robuste.

D’après la World Federation of Exchanges (WFE), la capitalisation de la Bourse de Casablanca s’est également accrue de +24% sur l’année glissante fin 2024, témoignant d’une confiance renouvelée dans le potentiel structurel du Maroc à servir de plateforme financière régionale.

Dans la même dynamique, les volumes de transactions, qui ont atteint près de 33,5 milliards de dirhams au premier trimestre 2025, traduisent un marché vivant et liquide, capable d’intégrer des flux significatifs de capitaux tout en assurant une profondeur transactionnelle remarquable. Cette performance est d’autant plus significative qu’elle s’opère dans un environnement économique global délicat, renforçant le rôle du Maroc comme point d’ancrage de la finance africaine.

Sur le plan des indices, l’EGX30, qui regroupe les principales valeurs, a progressé de +16,2% au cours des six premiers mois de 2025, atteignant 34 554 points, tandis que l’EGX100, qui mesure les performances des valeurs moyennes, a bondi de +24,3%, indique un rapport de marché égyptien.

Ces hausses soutenues témoignent d’un appétit pour les actifs cotés, favorisé par une diversification des flux de capitaux et une dynamique interne d’affaires plus favorable. En outre, le volume global des transactions a fortement augmenté, avec plus de 266 586 millions d’actions échangées en 2024, soit une hausse substantielle par rapport à l’année précédente, selon des données boursières locales.

L’Egyptian Exchange (EGX) incarne quant à elle l’un des développements les plus robustes du Moyen-Orient et de l’Afrique. D’après les chiffres publiés par la place égyptienne, la capitalisation boursière a atteint 2 425 milliards de livres égyptiennes à la fin de juillet 2025, ce qui représente une augmentation de près de +11,7% par rapport à l’année précédente. Cette progression s’inscrit dans une tendance haussière nourrie par des réformes économiques locales et un regain de confiance des investisseurs étrangers.

En Afrique de l’ouest, la Nigerian Exchange (NGX) représente un cas d’école de marché émergent en forte accélération. Malgré les défis macroéconomiques, dont une dépréciation significative du naira, la NGX s’est illustrée par des performances spectaculaires ces dernières années.

Selon des sources spécialisées, l’indice NGX All-Share a enregistré une progression de +37,65% en 2024, avant de poursuivre sur une trajectoire ascendante avec une hausse de +37,25% en date d’août 2025. Cette évolution remarquable a propulsé la capitalisation totale de la place nigériane de environ 41,8 milliards de dollars début 2025 à près de 58,4 milliards de dollars à la mi-août 2025.

Dans le même dynamique, ces données illustrent non seulement la reprise des valorisations des sociétés cotées mais aussi une intensification des échanges sur le marché, portée par un regain d’intérêt des investisseurs pour les segments stratégiques. La Nigerian Exchange se distingue ainsi comme l’un des marchés les plus performants en termes de rendement et de croissance du capital investi, malgré un environnement macroéconomique parfois volatil.

À l’échelle régionale, la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM), qui couvre les huit États de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), offre l’un des profils de croissance les plus impressionnants du continent. D’après les données disponibles pour octobre 2025, la capitalisation boursière des actions cotées s’élève à 21,2 milliards de dollars, soit une progression de +29,13% par rapport à fin 2024.

Sur un horizon plus long, l’indice BRVM Composite affiche une performance cumulative de +197,98 % sur cinq ans, traduisant une croissance annuelle moyenne d’environ 24%, selon des analyses financières régionales.

Pour l’année 2025, l’indice a poursuivi sa dynamique haussière, avec une progression de +22,29%, après une solide performance de +29,70% en 2024. Cette évolution s’explique par une intégration progressive des marchés ouest-africains, une profonde réforme du cadre réglementaire et une meilleure interopérabilité des systèmes financiers internes.

L’intégration des titres de créance dans la capitalisation globale porte le chiffre total à 23,8 milliards de dollars, ce qui représente près de 17,8% du PIB régional, souligne un rapport régional. La parité fixe du franc CFA à l’euro a également contribué à stabiliser les flux, assurant une attractivité pour les investisseurs internationaux.

Outre ces cinq places majeures, plusieurs marchés secondaires connaissent eux aussi une ascension spectaculaire, illustrant la diversité croissante de l’écosystème boursier africain. Parmi eux, la Bourse du Ghana a enregistré une performance de +56,17 % en 2024, une hausse qui a propulsé sa capitalisation à environ 14,8 milliards de dollars en novembre 2025, d’après des sources boursières locales.

De même, la Bourse du Malawi a vu son indice croître de +55,06% en 2024, tandis que la Bourse de Zambie affichait une progression de +42,60% sur la même période. Ces performances soulignent la vigueur des marchés régionaux et leur capacité à offrir des rendements substantiels malgré des tailles de marché plus modestes.

Au regard de ces données, le paysage boursier africain apparaît aujourd’hui non seulement plus robuste mais aussi plus attractif pour les investisseurs internationaux en quête de diversification hors des grands pôles occidentaux. La performance soutenue des indices, la croissance régulière de la capitalisation boursière et l’intensification des volumes échangés témoignent d’une maturité croissante des marchés financiers africains.

La dynamique observée à la Bourse de Casablanca, en particulier, illustre la capacité du Maroc à jouer un rôle catalyseur pour l’intégration financière du continent. Avec une croissance soutenue du MASI, une capitalisation robuste en hausse constante et une liquidité qui se densifie, la place casablancaise se positionne comme un pivot régional incontournable.

D’après les analystes économiques, cette performance est le fruit d’une combinaison de stabilité macroéconomique, de réformes institutionnelles progressives et d’une stratégie délibérée d’ouverture aux investisseurs étrangers, renforçant ainsi l’attrait du Maroc comme hub financier en Afrique francophone et au-delà.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 27/12/2025 à 16h01