Investissements miniers: voici les pays africains les plus attractifs selon l’Institut Fraser

Mine de Kamoto Copper, site clé de Glencore en RDC, préservé d'une concentration post-fusion, mais menacé par la vente partielle à Orion Critical Minerals.

Le 03/03/2026 à 12h00

L’Institut Fraser vient de publier son rapport annuel sur l’attractivité des investissements miniers qui s’est intéressé à 68 juridictions dans le monde dont 14 africaines. Voici les pays africains les plus attractifs pour les investisseurs miniers, selon le think tank canadien spécialisé en économie, société et éducation.

En marge de la convention annuelle de l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs du secteur miniers, qui se tient du 1er au 4 mars 2026 à Toronto, l’Institute Fraser, think tank canadien décrit comme politiquement conservateur et de droite libertarienne, a publié son classement annuel des juridictions minières les plus attractives au monde au titre de 2025.

Ce classement, publié depuis 1997 et reconnu comme l’une des références internationales en matière d’évaluation des environnements miniers dans le monde, repose sur des enquêtes menées auprès des dirigeants de compagnies minières.

Réalisée du 5 août au 26 novembre 2025 auprès des sociétés minières et d’exploration, l’enquête a permis de collecter 256 réponses, permettant d’évaluer 68 juridictions seulement, contre 82 en 2024 et 86 en 2023.

Ce nombre de juridictions fluctue d’une année à l’autre en fonction de la croissance ou du déclin du secteur minier, des prix des matières premières et des facteurs sectoriels et du seuil minimal des réponses. Les juridictions ayant obtenu moins de 5 réponses ont été exclues.

Et pour établir son classement des pays miniers les plus attractifs pour l’investissement, l’Institute Fraser s’est basé sur son Investment Attractiveness Index (IAI) -Indice d’attractivité des investissements miniers. Celui-ci classe les pays suivant deux critères fondamentaux: la perception des politiques minières (indice de perception des politiques -IPP) et l’évaluation du potentiel minéral national (attractivité géologique).

L’indice de perception des politiques (IPP) est un indice composite qui mesure l’influence des politiques gouvernementales sur l’attitude envers les investissements dans l’exploration.

Pour l’enquête, chaque sondé devait indiquer la manière avec laquelle chacun de ces 15 facteurs politiques (cf. dessous) a influencé les décisions d’investissement des entreprises dans différentes juridictions.

Selon l’Institut Friser, «les répondants indiquent régulièrement qu’environ 40% de leurs décisions d’investissement est déterminée par des facteurs politiques», tels que la fiscalité et la règlementation, la qualité des infrastructures. Le restant, 60% des décisions reposent sur leur évaluation du potentiel minéral d’une juridiction.

«Pour calculer l’IPP, un score est estimé pour chaque juridiction pour chacun des 15 facteurs de politique en calculant la moyenne de ces réponses. Ce score est ensuite standardisé selon une technique courante: la moyenne des réponses est soustraite du score de chaque juridiction pour chacun des facteurs de politique, puis le résultat est divisé par l’écart type. Les scores de chaque juridiction pour chacune des 15 variables de politique sont ensuite additionnés afin d’obtenir un score IPP final et standardisé», selon l’Institute Fraser.

Au niveau mondial, le classement de l’Indice d’attractivité des investissements miniers est dominé par l’État américain du Nevada, suivi de la province canadienne de l’Ontario.

Au niveau du continent africain représenté par 14 juridictions sur les 68 du classement, une seule figure dans le Top 10 des plus attractives: le Botswana.

Toutefois, au niveau des pays du continent étudiés il y a un regain d’attractivité des investissements miniers, traduisant la confiance accrue des investisseurs internationaux envers l’environnement règlementaire et institutionnel des pays africains.

C’est le donc Botswana qui se hisse au sommet avec un score de 85,99 sur 100 réalisant un gain de 12,25 points, comparativement à 2024. Ca pays d’Afrique australe améliore son classement, passant du 20e rang sur 82 pays au 7e rang sur 68 pays en 2025. Cette amélioration s’explique par le potentiel minier du pays (+10,12 points) que par la politique du gouvernement (+15,45 points).

Les investisseurs expriment quelques inquiétudes relatives aux accords socio-économiques (+5 points) et à l’incertitude concernant les revendications foncières contestées (+4 points). A l’inverse, ils ont enregistré la plus forte baisse de la disponibilité de main d’œuvre (-37 points), les infrastructures (-29 points) et la sécurité (-24 points).

Derrière, suit le Maroc qui a progressé de 4,27 points portant son score à 78,97 le classant au 15e rang sur 68 pays classés. Ce gain est le fruit de l’amélioration de son potentiel minier (+2,73 points) et de son indice PPI (+6,59 points). Malgré les gains, les investisseurs ont «exprimé une inquiétude croissante concernant la base de donnée géologiques du pays (+15 points), le système juridique (+13 points) et l’incertitude quant à l’application de la règlementation en vigueur (+12 points)».

Derrière ces deux pays suivent la Zambie (avec un score de 72,84, se classant au 25e rang mondial), la Tanzanie (68,04; 34e), la Côte d’Ivoire (60,92; 47e), la RD Congo (57,46; 50e), la Namibie (56,21; 51e), le Ghana (55,21; 53e), l’Angola (53,51; 55e) et l’Afrique du Sud (52,97; 57e).

La Côte d’Ivoire a gagné 9,07 points qui l’ont fait gagner huit places pour la propulser au 47e rang mondial. Rappelons que lors de l’édition 2025 du Forum Africa Down Under, le directeur général de Turaco Gold, Justin Tremain, actif sur le projet aurifère Afema, affirmais qu’il n’existait «pas de meilleur endroit au monde» que la Côte d’Ivoire pour développer une mine d’or. S’appuyant sur cette attractivité, la Côte d’Ivoire ambitionne de devenir le premier producteur d’or africain d’ici 5 ans.

Les 10 pays africains ayant les juridictions minières les plus attractives

Rang AfriquePaysScore/Investment Attractiveness Index 2025Rang mondial (sur 68 juridictions)
1erBotswana85,997e
2eMaroc78,9715e
3eZambie72,8425e
4eTanzanie68,0434e
5eCôte d’Ivoire60,9247e
6eRD Congo57,4650e
7eNamibie56,2151e
8eGhana55,2153e
9eAngola53,5155e
10eAfrique du Sud52,9757e

Source: Institute Fraser

Outre ces dix juridictions, la Guinée (52,16; 59e), le Mali (46,58; 64e), l’Égypte (39,61; 66e) et le Burkina Faso (35,29; 67e) figurent dans le classement 2025 de l’Institute Fraser en faisant partie des juridictions les moins attractives.

Reste à savoir si la meilleure attractivité des investissements miniers est synonyme de gains pour les pays miniers africains. Le lien est loin d’être évidant. En effet, les classements du Mali, du Burkina Faso et de la Guinée s’expliquent certainement par les décisions politiques prises par les juntes militaires qui dirigent ces pays et qui mettent l’accent sur le souverainisme économique en l’appliquant dans le secteur minier.

Ces décisions se traduisent par des réformes des Codes miniers dans le but de tirer davantage de profit de l’exploitation de leurs ressources minières. C’est dans cette optique que le Mali a décidé que l’Etat malien détiendrait 30% du capital des sociétés d’exploitation les minerais dans le pays et le privé local (5%). Le Burkina Faso en a fait de même.

Ces reformes ont été très mal accueillies par les multinationales.

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Les 15 facteurs politiques

Par Moussa Diop
Le 03/03/2026 à 12h00