Investisseurs locaux, secteurs nouveaux et IA: les Start-ups africaines lèvent 3,9 milliards de dollars en 2025, un record

L'Afrique connaît une transformation du capital-risque, avec une attention croissante portée sur plusieurs segments.

Le 26/02/2026 à 15h35

Pour la deuxième année consécutive, les investisseurs africains constituent le premier contingent d’acteurs du capital-risque actif sur le continent. Dans un environnement mondial marqué par la contraction des flux et la concentration des mégadeals, l’Afrique stabilise ses volumes, reconfigure ses instruments et amorce une africanisation progressive du financement de ses start-up. Le «Venture Capital in Africa Report 2025» publié par l’AVCA en février 2026 éclaire cette mutation structurelle.

L’année 2025 ne marque pas un rebond spectaculaire du capital-risque africain. Elle en consacre plutôt la recomposition. Dans un cycle mondial dominé par la concentration des capitaux sur l’intelligence artificielle et les grandes opérations nord-américaines, l’écosystème africain a évolué à contretemps: moins porté par des méga deals, mais plus structuré dans sa base d’investisseurs et dans la diversification de ses instruments de financement.

Selon le «Venture Capital in Africa Report» publié en février 2026 par l’Association africaine du capital-investissement et du capital-risque (AVCA), 506 opérations ont été conclues en Afrique en 2025, dette et equity confondues, en progression de 4% sur un an. Ce chiffre tranche avec la contraction observée dans la plupart des autres régions du monde. Il ne signale pas une expansion, mais une stabilisation après deux années de correction brutale.

En valeur, les start-up africaines ont levé 3,9 milliards de dollars en 2025, dont 2,1 milliards en capital-risque et 1,8 milliard en dette de croissance. L’equity recule encore de 21% sur un an, tandis que la dette bondit de 91 %. Ce déplacement du centre de gravité constitue l’un des faits majeurs de l’année.

Mais au-delà des volumes et des montants, l’évolution la plus significative est institutionnelle. En 2025, 625 investisseurs distincts ont participé à des opérations de capital-risque en Afrique. Pour la deuxième année consécutive, les investisseurs basés en Afrique forment le premier groupe géographique, représentant 30% des acteurs actifs, devant l’Amérique du Nord (28%) et l’Europe (25%). Le signal est politique autant qu’économique: l’initiative financière se relocalise progressivement.

Le contexte global éclaire cette dynamique. En 2025, le capital-risque mondial totalise 425 milliards de dollars investis à travers 26.633 opérations, selon les données agrégées citées par l’AVCA. Si la valeur globale progresse de 30%, les volumes reculent de 13%. Cette apparente contradiction tient à la concentration des capitaux sur un nombre limité d’entreprises, principalement dans l’intelligence artificielle.

L’Afrique évolue dans un autre régime. Les méga deals y demeurent rares. Huit opérations seulement ont dépassé les seuils élevés en 2025, pour un total cumulé de 1,3 milliard de dollars. L’écosystème reste majoritairement structuré autour de tickets intermédiaires. Le ticket médian en capital-risque atteint 4 millions de dollars, en hausse de 33% sur un an, signe d’une sélectivité accrue plutôt que d’une euphorie retrouvée.

Principales destinations du capital-risque en Afrique en 2025

Rang PaysNombre d’opérations VCValeur levée (millions de dollars)
1Afrique du Sud83524
2Égypte68604
3Nigeria65287
4Kenya53335
5Maroc31114
6Ouganda22302
7Tunisie1739
8Ghana1649
9Côte d’Ivoire922
10Cameroun826

Source: AVCA, Venture Capital in Africa Report 2025

En 2025, 53% du volume d’opérations et 45% de la valeur investie se concentrent dans les «Big Four» (Afrique du Sud, Égypte, Nigeria, Kenya), confirmant une forte polarisation géographique de l’écosystème.

Cette sélectivité s’observe également dans la structure des stades d’investissement, car les phases «Seed et early stage», qui caractérise le démarrage d’une start-up, progressent en volume et en valeur, tandis que le «Late stage», (stade avancé) atteint son plus bas niveau depuis 2020, avec seulement cinq opérations recensées en 2025. Aucun des 35 projets ayant levé une série B en 2023-2024 n’a accédé à une série C en 2025. La pyramide s’élargit à sa base mais demeure étroite à son sommet.

Dans cet environnement, la dette de croissance joue un rôle d’amortisseur. Avec 74 opérations pour 1,8 milliard de dollars, elle représente 15% du volume total mais 47% de la valeur investie. Loin de se substituer à l’equity, elle permet d’allonger la durée de vie des entreprises, de financer l’expansion géographique ou d’éviter une dilution excessive des fondateurs.

Cette hybridation des instruments témoigne d’une maturité accrue. L’écosystème africain ne dépend plus exclusivement des tours de table en capital. Il expérimente des solutions de financement plus sophistiquées, y compris en monnaie locale dans certains pays.

Des secteurs à forte intensité stratégique

Le capital-risque irrigue prioritairement les secteurs à forte valeur ajoutée et à fort potentiel de transformation structurelle. En 2025, le secteur financier demeure le premier bénéficiaire, concentrant 26% des opérations et 39% de la valeur investie. Les fintech et banques numériques constituent l’ossature technologique de l’inclusion financière continentale.

La pénétration technologique reste élevée: 85% des entreprises financées sont technologiques ou technologiques par nature. L’intelligence artificielle et les technologies climatiques progressent dans la hiérarchie sectorielle, reflétant à la fois l’adaptation aux tendances mondiales et la nécessité locale de solutions d’efficacité énergétique, agricole ou logistique.

Les projets liés au climat représentent 21% des bénéficiaires de financement en 2025. En valeur, 1,5 milliard de dollars, soit 40% des montants investis, sont orientés vers des entreprises à vocation climatique. Cette proportion marque une inflexion structurelle: la transition énergétique et l’adaptation au changement climatique deviennent des axes centraux du capital privé.

L’impact investing confirme également son poids. Quatre opérations sur dix impliquent au moins un investisseur à vocation d’impact . Loin d’être marginal, ce segment façonne une partie de l’allocation sectorielle vers la santé, l’agriculture durable ou l’accès à l’énergie.

Des sorties plus nombreuses, un marché encore étroit

La crédibilité d’un écosystème de capital-risque se mesure aussi à sa capacité à générer des sorties. En 2025, 34 exits sont recensées, en hausse de 31% sur un an. Sur la période 2019-2025, 172 sorties ont été enregistrées. L’amélioration est réelle mais reste modeste en comparaison internationale.

Les cessions industrielles dominent toujours, représentant 70% du volume et 74% de la valeur des sorties en 2025. Les introductions en Bourse demeurent rares. Les méga exits supérieures à 200 millions de dollars sont absentes pour la deuxième année consécutive. Néanmoins, la durée médiane de détention recule légèrement pour s’établir à 3,5 ans.

La répartition géographique des sorties illustre une diversification progressive. L’Afrique du Nord et l’Afrique australe se disputent les premières places selon les années, tandis que l’Afrique de l’Ouest enregistre un nombre record de neuf sorties en 2025.

Structure du marché africain du capital-risque en 2025: volume, valeur et instruments

Indicateur clé20242025Évolution annuelle
Nombre total d’opérations (equity + dette)487506+4 %
Valeur totale levée (Mds USD)4,13,9-5 %
Capital-risque (equity) — valeur (Mds USD)2,72,1-21 %
Venture debt — valeur (Mds USD)0,91,8+91 %
Ticket médian equity (USD)3,0 M env.4,0 M+33 %
Part des investisseurs basés en Afrique31 %30 %Stable à un niveau élevé
Nombre d’exits2634+31 %

Lecture: l’année 2025 se caractérise par une stabilisation des volumes, une contraction persistante de l’equity compensée partiellement par l’essor de la dette, et une africanisation progressive de la base d’investisseurs.

Source: AVCA, Venture Capital in Africa Report 2025

Le contraste le plus marqué de l’année 2025 concerne la levée de fonds des véhicules d’investissement eux-mêmes. Les fonds de capital-risque focalisés sur l’Afrique n’ont levé que 107 millions de dollars en clôture finale, répartis sur six fonds. Il s’agit d’un recul de 87% en valeur sur un an. Aucun fonds n’a dépassé le seuil des 100 millions de dollars, une première depuis 2021.

Ce repli reflète la prudence accrue des investisseurs institutionnels à l’échelle mondiale, dans un contexte de distributions limitées et d’incertitudes macroéconomiques. Les institutions de financement du développement (DFI), historiquement pilier du financement africain, voient leur part relative diminuer à 27 % des engagements en 2025, contre 45% en moyenne sur 2022-2024.

Dans ce paysage contraint, deux évolutions méritent attention. D’une part, les gestionnaires de premier fonds captent 77% des capitaux levés en 2025. Loin de traduire un appétit généralisé pour le risque, ce chiffre suggère une recherche de stratégies différenciées, souvent thématiques ou sectorielles.

D’autre part, les investisseurs africains contribuent à 45% des capitaux levés en 2025. Cette part marque un déplacement significatif du centre de gravité des engagements. La souveraineté financière évoquée en filigrane n’est pas encore totale, mais elle progresse.

Une souveraineté en construction

L’expression de «souveraineté financière africaine» doit être maniée avec prudence. Les capitaux internationaux demeurent majoritaires dans l’absolu, représentant 70% des investisseurs actifs en 2025. Les plus importantes opérations de sortie en valeur impliquent encore majoritairement des acquéreurs internationaux.

Toutefois, l’évolution de la composition des investisseurs, l’essor des instruments de dette, la montée des capitaux domestiques dans la collecte de fonds et la diversification sectorielle traduisent une transformation qualitative. Le capital-risque africain n’est plus uniquement un segment périphérique des flux globaux. Il devient un écosystème doté de ses propres dynamiques internes.

L’année 2025 n’a pas été celle d’un boom, mais celle d’un rééquilibrage. Dans un monde où les capitaux se concentrent sur quelques pôles technologiques dominants, l’Afrique stabilise son marché, approfondit sa base d’investisseurs et oriente une part croissante des financements vers des secteurs stratégiques — finance digitale, climat, santé, agriculture.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 26/02/2026 à 15h35