Longtemps éclipsées par les combustibles fossiles dans la production d’électricité, les énergies renouvelables réapparaissent, depuis quelques années, sur le devant de la scène, avec la recrudescence des préoccupations liées au réchauffement climatique et plus récemment des effets des crises ayant entrainé des chocs pétroliers. La Covid-19, la guerre Russie-Ukraine et actuellement le conflit meurtrier au Moyen-Orient) entrainent des flambées des cours du pétrole gonflant les factures des importations de pétrole, de gaz et même du charbon. Mis bout à bout, ces facteur perturbent les circuits d’approvisionnement et de fourniture d’électricité.
Avec plus de 600 millions personnes sans électricité, soit 42% de la population du continent, les ressources fossiles (pétrole, gaz et charbon) ont montré leur limite et ne peuvent répondre aux besoins énergétiques du continent. De plus, ces ressources fossiles sont fortement concentrées sur une poignée de pays. A titre d’exemple, 87% de la production pétrolière est assurée par seulement cinq pays (Nigeria, Angola, Libye, Algérie et Égypte). On peut comprendre alors la forte dépendance des autres pays des importations des ressources énergétiques de pétrole et de gaz pour produire leur électricité.
Toutefois, si les énergies fossiles ne sont pas si abondantes et surtout inégalement réparties, tel n’est pas le cas des ressources renouvelables qui sont non seulement abondantes mais surtout fortement présentes sur toute l’étendue du continent africain, notamment le solaire et l’éolien.
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L’Afrique bénéficie d’un des plus grands potentiels de production d’énergies renouvelables au monde avec 10 térawatts (TW), soit 10 millions de mégawatts (MW). Malgré cet énorme potentiel, les capacités globales en énergies renouvelables (solaire, hydroélectrique, éolien, géothermie et biomasse) installées en Afrique sont plus que négligeables.
Celles-ci se sont établies, à fin 2025, selon les données de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA, International Renewable Energy Agency) à seulement 82.371 mégawatts (MW), contre une capacité installée du renouvelable au niveau mondial de 5,149 millions de MW, soit la moitié de la capacité électrique (fossile et renouvelable) installée au niveau de la planète.
C’est dire que la capacité installée en Afrique représente seulement 1,6% des capacités installées au niveau mondial.
Cependant, cette capacité installée est assurée d’une poignée de pays. L’Afrique du Sud, avec des capacités toutes sources renouvelables confondues de 16.598 MW installées, est le leader du renouvelable en Afrique, concentrant à elle seule plus de 20,15% des capacités installées du continent. Cette performance est le fruit d’investissements dans le solaire (11.255 MW).
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Le pays arc-en-ciel devance l’Éthiopie et ses 10.082 MW de capacités installées. A noter que la quasi-totalité de la production d’électricité de ce pays estafricain est tirée des énergies renouvelables, notamment de l’hydroélectricité qui représente plus de 96% de sa production d’électricité. L’Éthiopie est presque le seul pays au monde à présenter un mix énergétique quasi exclusivement constitué du renouvelable (hydroélectrique, éolien et thermique (géothermie et biomasse).
Derrière, suivent l’Égypte (9250 MW), le Maroc, l’un des précurseurs du renouvelable en Afrique (4851 MW), l’Angola (4165 MW), la Zambie (3536 MW), la RDC (3279 MW), le Nigeria (3206 MW), le Kenya (2979 MW) et la Tanzanie (2880 MW). Ces pays affichent une capacité cumulée de 60.826 MW, soit 73,84% des capacités renouvelables totales installées au niveau du continent.
Les 10 pays africains ayant les capacités d’énergie renouvelable installées les plus importantes
| Pays | Capacités installée en 2016 (en MW) | Capacités installées en 2025 (en MW) |
|---|---|---|
| Afrique du Sud | 4379 | 16 598 |
| Éthiopie | 2649 | 10.082 |
| Égypte | 3681 | 9258 |
| Maroc | 2417 | 4851 |
| Angola | 1752 | 4165 |
| Zambie | 766 | 1926 |
| RDC | 2434 | 3279 |
| Nigeria | 2141 | 3206 |
| Kenya | 1625 | 2979 |
| Tanzanie | 664 | 2880 |
Source: IRENA
Partant, le potentiel très peu exploité des énergies renouvelables en Afrique laisse présager d’importantes évolutions dans ce secteur dans les années à venir surtout après les trois petits chocs pétroliers que le continent a connus au cours de ces dernières années (Covid-19, guerre Russie-Ukraine et guerre au Moyen-Orient) qui l’ont fortement ébranlé.
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Ces chocs devraient pousser plus de pays à changer de stratégies et de s’orienter davantage vers les énergies renouvelables pour répondre à leurs besoins énergétiques de manière durable et soutenable. Pour le moment, les investissements dans le solaire, l’éolien, l’hydroélectricité, la géothermie et la biomasse sont très faibles.
L’énergie hydroélectrique: la RDC pourrait électrifier la moitié de l’Afrique
L’hydroélectrique est la première source mondiale d’électricité renouvelable au monde, grâce aux gigantesques barrages hydroélectriques. Elle représente environ 15% de la production électrique mondiale, avec 4.185 TWh en 2023. La Chine en est le premier producteur d’électricité à partir des barrages avec 30% de la production mondiale, devant le Brésil et le Canada.
L’Afrique dispose d’un potentiel hydroélectrique très important avec notamment les fleuves du Nil, du Congo, du Niger, du Sénégal, le Zambèze, l’Orange… En effet, plus de 25 fleuves africains dépassent les 1000 km de longueur. Le Congo est le second plus long fleuve d’Afrique, derrière le Nil (6650-6895 km) avec une longueur comprise entre 4.370 et 4.700 km. Mais c’est le plus puissant d’Afrique et le second au monde après l’Amazone en volume d’eau. A lui seul, le bassin du Congo (Congo, RDC et Cameroun) représente 40% du potentiel total hydroélectrique du continent.
Selon le World Hydropower Outlook 2025, le potentiel hydroélectrique du continent est de 600 GW, soit 600.000 MW. Toutefois, «seule une petite fraction des plus de 600 GW que compte le continent étant actuellement exploitée», selon le rapport. L’hydroélectricité fournit 20% de la production totale d’électricité du continent avec une capacité hydroélectrique installée d’environ 50 gigawatts (GW), soit moins de 10% du potentiel hydroélectrique africain.
La faute revient au manque cruel de grands barrages hydroélectriques. Le plus grand actuellement est le Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne en cours de finalisation avec 5150 MW de capacité. Le projet Grand Inga en RDC, avec un potentiel de 42.000 MW est le projet structurant qui pourrait contribuer à résorber le déficit électrique d’une grande partie des régions d’Afrique centrale, de l’ouest et australe. Seulement, il faut 80 milliards de dollars pour construire ce barrage qui sera le plus grand au monde devant celui des Trois Gorges de la Chine.
En attendant que plusieurs grands barrages hydroélectriques voient le jour au niveau du continent, la capacité hydroélectrique installée s’est établie à 48.914 MW à fin 2025, contre 1,46 million de MW dans le monde. L’Afrique ne représente donc que 3,36% des capacités hydroélectriques installées dans le monde, malgré des potentialités énormes.
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Le champion de l’hydroélectricité en Afrique est l’Éthiopie avec une capacité installée s’établissant à 9.214 MW, soit environ 19% des capacités installées au niveau du continent.
Le pays est-africain dispose du plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique, le Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) en cours de finalisation avec 5150 MW de capacité construit sur le Nil bleu. L’Éthiopie, selon les estimations, n’a exploité que 30% de son potentiel hydroélectrique.
Outre le GERD, l’Éthiopie compte d’autres barrages hydroélectriques dont Gilgel Gibe I (184 MW), Gilgel Gibe II (420 MW), Gilgel Gibe III (1870 MW) et Gilgel Gibe IV devenu barrage de Koysha (2160 MW de capacité) sur la rivière Omo et son affluent Gibe.
L’hydroélectrique représente plus de 96% de la production électrique du second pays le plus peuplé d’Afrique. Et en tenant compte des centrales éoliennes (3,6%), de la géothermie et de la biomasse (0,2%), le pays tire la quasi totalité de sa production électrique des énergies renouvelables.
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Derrière l’Éthiopie suivent l’Angola (3729 MW), l’Afrique du Sud (3484 MW), la RDC (3247 MW), la Zambie (3165 MW), le Nigeria (2901 MW), l’Égypte (2832 MW), la Tanzanie (2795 MW), le Mozambique (2194 MW) et le Maroc (2120 MW). Ces 10 pays africains concentrent 73% des capacités hydroélectriques installées au niveau du continent africain.
L’énergie solaire: la double exception africaine
L’énergie solaire est la source d’énergie renouvelable la plus propre et la plus abondante dans le monde. Elle est la ressource renouvelable qui connait la croissance la plus rapide en 2025, représentant environ 75% des 692 GW de capacités renouvelables ajoutées à l’échelle mondiale, selon le dernier rapport de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena).
Les options de production d’électricité à partir du solaire incluent les installations de grandes tailles de type photovoltaïque (PV) et concentré (CSP) qui sont des centrales solaires à grande échelle. Il y a aussi les projets de type commercial et industriel (C&I) qui offrent aux entreprises la possibilité de devenir autosuffisantes sur le plan énergétique. Enfin, les installations de petites tailles (off-grid) sont également possibles.
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L’Afrique a l’un des potentiels solaires les plus importants au monde. En effet, la majeure partie du continent bénéficie en moyenne de plus de 320 jours d’ensoleillement par an. En plus, la distribution du niveau d’irradiance est relativement uniforme et est estimée à près de 2.000 kWh par mettre carré et par an. Il faut souligner que le continent africain abrite 60% des meilleures ressources solaires à l’échelle mondiale.
Ainsi, le potentiel d’énergie solaire du continent est estimé à 10 Téra watts (TW), soit 10 millions de mégas watts (MW). Le solaire photovoltaïque demeure une source unique pour le continent. Surtout que les coûts mondiaux du solaire photovoltaïque et de l’éolien terrestre ont diminué de moitié la dernière décennie.
Pour autant, l’Afrique est insignifiante en matière de production solaire. L’Irena estime que les installations solaires en Afrique totalisent une capacité totale de 22.188 MW, contre 2,39 millions de MW au niveau mondial, à fin 2025. L’Afrique ne pèse qu’un insignifiant 0,93% des capacités solaires installées dans le monde.
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Globalement, les centrales solaires sont localisées en Afrique du Sud et en Afrique du Nord. L’Afrique du Sud, avec 11.255 MW installés représente à elle seule plus de 50,72% des capacités solaires installées. Une situation qui s’explique par la volonté des autorités et des entreprises sud-africains de réduire leur dépendance à l’électricité produite à partir du charbon et qui est loin d’être stable depuis plusieurs années à cause de la vétusté des centrales.
Le solaire se développe grâce à l’autoconsommation industrielle, notamment au niveau du secteur minier pour faire face aux coupures d’électricité qui plombent l’activité. Malgré ce développement, les énergies renouvelables ne représentent qu’entre 13 et 14% du mix énergétique du pays encore dominé par le charbon (80% de production électrique du pays).
Loin derrière l’Afrique du Sud suit l’Égypte avec des capacités installées atteignant 3267 MW. Le pays des pharaons investit massivement dans les énergies renouvelables avec le soutien des pays du Golfe pour réduire sa dépendance vis-à-vis des énergies fossiles.
Derrière suit le Maroc, l’un des précurseurs du solaire en Afrique, avec une capacité installée de 1;086 MW. La Tunisie et le Kenya, avec respectivement 895 MW et 551 MW, bouclent le Top 5 des champions africains des énergies solaires.
Ces cinq pays concentrent 76,86% des capacités solaires installées, trahissant . la faiblesse du nombre des pays africains ayant fait le pari du solaire.
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Pourtant, en plus des énormes potentialités, les investissements dans le solaire en Afrique sont beaucoup plus rentables. D’après le rapport de la Banque mondiale Global Solar Atlas, une installation solaire commerciale au Kenya ou au Nigeria génère 60% d’énergie de plus qu’une centrale de taille similaire en Europe centrale. Ce qui constitue un argument commercial solide.
Énergie éolienne: exploitée à 0,01% du potentiel
L’énergie éolienne, contrairement au solaire, est moins uniformément répartie au niveau du continent. On trouve des endroits de qualité moyenne à élevée pour développer l’énergie éolienne en Afrique, notamment en Afrique du Nord et australe, mais aussi dans d’autres endroits du continent. Cependant, selon les données de l’Irena, les capacités installées au niveau du continent africain se sont établies en 2025 à seulement 11.469 MW contre une capacité mondiale installée de 1,29 million de MW. C’est dire que l’Afrique pèse à peine 0,9% des capacités éoliennes installées dans le monde.
Pourtant, l’Afrique possède un potentiel éolien terrestre et offshore immense, largement inexploité. Selon le Conseil mondial de l’énergie éolienne, l’Afrique a exploité seulement 0,01% de son potentiel éolien estimé à plus de 59.000 GW, soit l’équivalent de 90 fois la capacité mondiale actuellement installée.
Selon le Conseil mondial de l’énergie éolienne, 27 pays africains sur les 54, ont suffisamment de potentiel éolien propre pour satisfaire la totalité des besoins du continent.
L’Algérie possède les plus grandes ressources potentielles avec un total de 7.700 gigawatts (GW), soit l’équivalent de plus de 11 fois la capacité mondiale actuelle d’énergie éolienne installée. Quinze autres pays ont des potentiels éoliens techniques de plus de 1000 GW dont la Mauritanie, le Mali, l’Égypte, la Namibie, l’Afrique du Sud, l’Éthiopie et le Kenya.
Pour autant, l’Afrique du Sud, avec 4326 MW est le pays totalisant la plus importante capacité éolienne installée en Afrique, concentrant à elle seule environ 38% des capacités installées. Elle devance l’Égypte (3.028 MW), le Maroc (2.452 MW), l’Éthiopie (504 MW) et le Kenya 436 MW).
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Actuellement, le plus grand parc éolien d’Afrique est celui de Red Sea Wind Energy, situé sur les rives du Golfe de Suez, doté d’une capacité de 650 MW et dont le coût global est estimé à 730 millions de dollars. Il a déclassé le projet du lac Turkana au Kenya qui dispose d’une capacité de 310 MW pour un investissement de 623 millions de dollars.
L’Algérie qui possède le potentiel éolien le plus important du continent africain ne dispose qu’une capacité installée négligeable de 10 MW ! Pourtant, l’exploitation d’une partie infime de son potentiel pourrait répondre au besoin d’électricité du pays et réorienter une partie du gaz consommé localement vers l’export et générer davantage de recettes en devises.
Et comme le solaire, les investissements dans l’éolien sont aussi beaucoup plus rentables dans de nombreux pays africains. Ainsi, les parcs éoliens kenyans du lac Turkana (310 MW) et de Kipeto (100 MW) ont des facteurs de capacité moyens de 58% et 50% respectivement, ce qui est beaucoup plus élevé comparé à 30% et 45% pour les parcs éoliens terrestres en Amérique et en Europe.
La géothermie: un potentiel pour les pays de l’Est
Si les potentialités hydroélectriques, solaires et éoliennes sont très importantes, la géothermie aussi peut offrir des ressources énergétiques à certains pays africains, notamment ceux de l’Afrique de l’Est.
La géothermie est l’énergie renouvelable tirée de la chaleur issue du noyau terrestre et qui peut servir à produire de l’électricité à base de ressources hydrothermales à haute température. Il s’agit d’une énergie fiable, constante et écologique par rapport aux combustibles fossiles, avec un coût de production compétitif.
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Au niveau mondial, les capacités de production géothermiques s’établissent à 15.674 MW à fin 2025. Les principales installations se trouvent en Indonésie (2744 MW), aux États-Unis (2725 MW), aux Philippines (2057 MW) et à la Nouvelle-Zélande (1275 MW).
En Afrique, les capacités installées ressortent à 933 MW, concentrés quasi totalement au Kenya (925 MW). Ce pays produit plus de 26% de son électricité via cette source énergétique. Toutefois, il n’exploite qu’à peine 10% de son potentiel géothermique.
C’est dire que prise globalement, la production géothermique est négligeable en Afrique. Pourtant, le continent africain possède un immense potentiel géothermique estimé à plus de 20.000 mégawatts (MW) dont seulement 4,70% est aujourd’hui exploité.
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De plus, ce potentiel est concentré quasiment au niveau des pays de la vallée du Grand Rift en Afrique de l’Est et qui s’étend de la mer Rouge au Mozambique. Les principaux bénéficiaires de ce potentiel sont le Kenya, l’Éthiopie, la Tanzanie, le Djibouti le Rwanda, l’Éthiopie et la Tanzanie qui développent des projets géothermiques.
Les capacités hydroélectriques installées dans le monde. L'Afrique se classe loin derrière les autres continents à cause de l'absence de grands barrages hydroélectriques.
Le potentiel en énergies renouvelables du continent ne fait point de doute. Le développement de ces énergies peut stimuler les économies africaines en apportant l’électricité nécessaire à plus de 600 millions de personnes qui n’ont en toujours pas, en contribuant au développement industriel et en créant des millions d’emplois via la libération du potentiel entrepreneurial plombé par la non- disponibilité de l’électricité dans de nombreux pays.
Reste que si le potentiel d’énergie renouvelable est exceptionnel en Afrique, leur développement fait face à de nombreux obstacles. D’abord, les pays africains sont confrontés à des problèmes de financement qui constituent le principal obstacle au développement des projets d’énergie renouvelable d’envergure.
Ainsi, sur les 2.800 milliards de dollars investis dans les énergies renouvelables entre 2010 et 2020 dans le monde, 2% seulement l’ont été en Afrique. Outre la rareté des ressources financières, celles-ci sont aussi beaucoup plus coûteuses en Afrique avec des taux d’intérêt beaucoup plus élevés.
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Ensuite, au niveau hydraulique, certains projets sont retardés parce qu’ils nécessitent l’accord de plusieurs États partageant un même bassin fluvial. Presque tous les grands fleuves africains traversent plusieurs pays, il est donc malaisé de mettre d’accord plusieurs pays sur un projet hydraulique. Les tensions suscitées par le grand barrage sur le Nil entre l’Éthiopie et les pays en aval, Soudan et surtout l’Éthiopie, en sont l’illustration.
Par ailleurs, le développement des énergies renouvelables nécessite des cadres réglementaires incitatifs pour augmenter les capacités installées. Certains pays du continent, à l’instar du Rwanda, du Ghana, de l’Afrique du Sud, du Kenya… ont mis en place des cadres règlementaires dédiées au développement des énergies renouvelables. Ce côté règlementaire est nécessaire pour attirer les investisseurs, notamment dans le cadre des partenariat public-privé (PPP).
Enfin, le faible développement des énergies renouvelables est aussi et surtout dû à la faible implication des gouvernants africains qui n’ont pas accordé toute l’attention qu’elles méritent. Les décideurs devraient déclencher une «Révolution de l’énergie verte» en mettant en place des politiques et des règlementations favorables au développement de projets d’énergie propre dont des tarifs de rachat, des objectifs en matière de mix énergétique, des incitations fiscales, des politiques de raccordement au réseau,…
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Reste que pour faire des énergies renouvelables ses principales sources, l’Afrique devrait également investir dans les technologies et ne pas se contenter d’importer des solutions. Et pour cela, le continent dispose les matières premières en abondance.
L’Afrique concentre plus de 30% des réserves minérales essentielles aux technologies renouvelables (cobalt, lithium, cuivre, manganèse, nickel,…) et des terres rares. Le continent devrait aussi miser sur le transfert de technologies et la création d’usines d’éoliennes, de panneaux solaires ou d’unités de fabrication de composants localement.
Cela va stimuler le développement industriel, attirer des investisseurs étrangers et créer une demande locale. Ce développement industriel contribuera à réduire la dépendance aux importations de panneaux solaires et d’éoliennes et stimuler l’industrie locale. Le transfert de technologie doit tenir compte du développement des compétences et des programmes de formation au profit des ingénieurs et des techniciens dans le but d’améliorer l’exploitation, l’entretien et la gestion des projets d’énergies propres.
En tout cas, la volatilité des prix de combustibles fossiles, la forte dépendance aux importations énergétiques extérieures et la prise de conscience des conséquences néfastes des émissions de gaz à effet de serre devraient pousser les dirigeants africains à aller davantage vers les énergies renouvelables. En plus, investir dans le solaire et l’éolien offre potentiellement aux investisseurs des rendements beaucoup plus élevés qu’ailleurs, tout en garantissant aux usagers des tarifs compétitifs.
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Tous ces facteurs doivent concourir à l’exploitation du potentiel d’énergies renouvelables du continent. L’Afrique a intérêt à investir massivement dans ces énergies renouvelables qui sont celles de l’avenir.
En clair, l’échec du modèle économique basé sur le fossile devrait inciter les responsables politiques du continent à miser sur le renouvelable. Le Nigeria et l’Afrique du Sud, qui ont longtemps misé sur le pétrole et le charbon, font face à des défis énergétiques colossaux et des délestages qui plombent leur développement économique.
Le potentiel très peu exploité des énergies renouvelables en Afrique laisse présager d’importantes évolutions les années à venir surtout après les trois chocs que le continent a connus du Covid-19, de la guerre Russie-Ukraine et celle au Moyen-Orient qui ont ébranlé le continent. Ces chocs devraient pousser davantage de pays à changer de stratégie et de s’orienter vers les énergies renouvelables pour répondre à leurs besoins énergétiques de manière durable et soutenable.






