Sénégal. Qui prend quoi et pourquoi: quand les famille héritent de successions de querelles

Une artère de Dakar, capitale du Sénégal.

Le 22/02/2026 à 16h54

VidéoPolygamie, cupidité, rancœur ... sont autant de facteurs qui font que des héritiers se déchirent des années durant, l’un (ou l’une) contestant la part revenant à l’autre. Et quand tous les recours sont épuisés, ne restent que les tribunaux pour départager les membres d’une même famille. Récits.

Pape Seck, facilitateur et notable de quartier à Dakar, dit avoir assuré de nombreuses médiations, «les histoires d’héritage soulèvent beaucoup d’enjeux et de rivalités, mais aussi cette volonté, chez certains, d’accaparer le maximum de biens laissés par le défunt. Souvent, les plus âgés ou certains oncles cherchent à s’approprier les biens au détriment des petits-enfants. Ici, on n’a pas l’habitude de rédiger un testament, parce que beaucoup estiment que l’islam a déjà tout réglé. Selon la règle classique, l’homme reçoit une part équivalente à celle de deux femmes. Mais certains chefs de famille veulent parfois passer outre ces principes», explique-t-il.

Il n’y a pas si longtemps, ces différends dégénéraient régulièrement. Des héritiers en venaient aux mains, exposant leurs querelles aux yeux des voisins.

Mody Ndiaye s’en souvient. «À une époque, il ne se passait presque pas un jour sans qu’une querelle n’éclate à cause de ces histoires d’héritage. Les conflits naissent souvent des rivalités entre les épouses du défunt et entre les enfants qui n’ont pas la même mère. Aujourd’hui, les familles font de plus en plus appel à la justice. Sous la supervision d’un imam ou d’un juge, les règles sont appliquées pour apaiser les tensions», témoigne-t-il.

Pour Pape Seck, l’une des principales sources de conflit reste la polygamie. Il invite les pères de famille à anticiper, de leur vivant, les difficultés qu’ils pourraient laisser derrière eux. «Un homme décède en laissant deux épouses. Chacune revendique sa part. Souvent, celle qui a moins d’enfants, même si elle a passé de longues années dans le mariage, risque de se retrouver avec moins. C’est pour cela que certains estiment qu’il faut réfléchir avant de s’engager dans un ménage à trois ou à quatre», souligne-t-il.

Au-delà des frontières, les règles successorales varient peu dans les pays de tradition islamique, avec quelques exceptions.

Omar, Tunisien musulman vivant au Sénégal, rappelle que les tensions naissent surtout du non-respect des prescriptions. «Si l’on se conformait strictement aux recommandations du Coran, que ce soit en Tunisie, au Sénégal ou ailleurs, il y aurait moins de conflits. L’essentiel n’est pas une question d’homme ou de femme, mais de respect des règles établies pour préserver l’harmonie familiale», affirme-t-il.

Dans un contexte où les liens familiaux sont précieux, l’héritage apparaît ainsi comme une épreuve de vérité. Entre droit, religion et traditions sociales, la succession met à nu les fragilités des familles. Et si la loi peut trancher, seule la prévoyance et le dialogue semblent capables de préserver l’essentiel : l’unité des vivants après le départ des morts.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 22/02/2026 à 16h54