Cela fait 38 ans que l’Algérie a déposé sa candidature d’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce, à l’épode du GATT -General Agreement on Tariffs and Trade (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce). Depuis le dépôt de la demande d’adhésion et sa formalisation en 1996 après la création de l’OMC, le processus d’adhésion du pays à cette organisation, seule à s’occuper des règles du commerce international, n’arrive pas à aboutir.
Après 12 rounds de négociations, le processus est bloqué, le 13e programmé cette année ayant été repoussé. Conséquence, la procédure d’accession algérienne est la plus longue de l’histoire de l’organisation.
Pourtant, appartenir à l’OMC présente de nombreux avantages. Outre la valorisation des produits algériens à l’international, l’accès à de nouveaux marchés et la modernisation des cadres juridiques régissant les échanges avec l’extérieur, cette adhésion devrait inciter l’économie algérienne, dont les potentialités sont énormes, à se diversifier.
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Pourquoi alors l’Algérie n’arrive pas à intégrer cette organisation qui compte 166 membres au 30 août 2024? L’échec s’explique en grande partie par la structure de l’économie algérienne qui repose sur les hydrocarbures et la protection des industries locales, à coups de droits de douane et de subventions. Or, un candidat à l’OMC doit mettre à niveau son économie afin de faire face à la concurrence internationale. Tout membre doit adopter des politiques d’ouverture vis-à-vis des marchés internationaux.
Or, l’économie algérienne est l’une des plus fermées au monde. Le pays a mis en place des mesures protectionnistes par le truchement de droits de douane élevés et d’interdictions d’importations de plusieurs centaines de produits. Ainsi, en 2025, près d’un millier de produits étaient interdits d’importation en Algérie dont les véhicules, les pneus, les produits alimentaires, les produits pharmaceutiques, …
Après le tollé provoqué auprès des partenaires économiques (Union européenne, Etats-Unis,…), le gouvernement algérien a été obligé de remplacer certaines de ces interdictions par des droits de douane provisoires de sauvegarde (DAPS). Il s’agit d’une mesure qui remplace les interdictions d’importation par des droits de douane qui se situent entre 30 et 200%.
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D’ailleurs, ce problème plombe les relation entre Alger et l’Union européenne, pourtant liées par un accord d’association. En juillet dernier, l’Union européenne avait demandé la création d’un groupe d’arbitrage soulignant que «le commerce et l’investissement avec l’Algérie sont devenus de plus en plus difficiles pour les opérateurs économiques de l’UE en raison d’une série de barrières érigées par les autorités algériennes depuis 2021», citant «un système de licences d’importation pratiquement équivalent à une interdiction d’importation de certains produits, une interdiction totale d’importation de produits en marbre et en céramique,…»
L’autre obstacle majeur à l’adhésion de l’Algérie à l’OMC est lié au prix des hydrocarbures en Algérie et aux subventions de certains secteurs industriels exportateurs pour permettre au produit national d’accéder aux marchés étrangers. Cela est particulièrement vrai pour les entreprises qui bénéficient d’un coût d’électricité et surtout de gaz fortement subventionné et qui constitue leur seule source de compétitivité.
L'Algérie a posé sa candidature d'adhésion à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1987. Et 38 ans après, le processus n'arrive pas à aboutir. . DR
Ainsi, les secteurs qui exportent en Algérie, dont le ciment et la sidérurgie, ne sont compétitifs que grâce au prix des hydrocarbures nécessaires à la production. Cette mesure est considérée telle une subvention à la production et donc à l’exportation. Or, sans ces coûts bas des hydrocarbures, ces secteurs perdraient leur compétitivité et auraient du mal à trouver des débouchées sur le marché international.
Et cette politique commerciale basée sur des droits de douane élevés et des subventions est incompatible avec les règles de l’OMC qui exige la réduction des droits de douane à des taux très bas et la limitation du soutien aux exportations.
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Ainsi, pour adhérer à l’OMC, Alger doit s’engager à conformer sa législation commerciale aux règles de l’organisation. Face à cette situation, et sachant qu’elle n’a presque rien à exporter en dehors des hydrocarbures, Alger a préféré préserver cet «avantage compétitif» tout en faisant semblant de vouloir intégrer l’OMC.
L’ancien ministre algérien du Commerce, Said Djellab, l’avait clairement expliqué en soulignant que «le retard accusé dans l’accession de l’Algérie à l’OMC est lié aux options stratégiques de l’État algérien, notamment en matière d’encouragement des exportations et la protection du produit local».
Cependant, cette justification est loin de la réalité car un nombre important des produits interdits d’importation ne sont pas fabriqués localement, et s’ils l’étaient, c’est en quantités insuffisantes. C’est le cas de l’automobile alors qu’Alger n’en produit presque pas.
Derrière ces interdictions, il y a uniquement la volonté d’empêcher les sorties de devises dans le but de préserver les réserves de change du pays.
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En clair, du côté d’Alger, on parle d’un choix délibéré de ne pas vouloir intégrer l’organisation. Toutefois, la réalité est beaucoup plus complexe. Derrière ces options stratégiques protectionnistes se cache une réalité. L’économie algérienne repose uniquement sur les hydrocarbures (pétrole et gaz) qui représentent, bon an mal an, autour de 95-97% des exportations du pays.
Autant dire que l’économie algérienne est mono-sectorielle en dépit des discours de diversification économique des autorités.
Et si l’adhésion à l’OMC n’aura aucun impact sur le secteur pétrolier, déjà inséré dans une logique mondiale, il n’en demeure pas moins qu’il en sera autrement pour tous les autres secteurs industriels qui seront soumis à la concurrence internationale et dépouillés des nombreuses subventions étatiques dont particulièrement celles du gaz.
Résultat: en respectant scrupuleusement les règles de l’OMC, et donc en supprimant les subventions accordées aux entreprises et en arrêtant de soutenir le prix du gaz, Alger ne pourra rien exporter en dehors des hydrocarbures.
A l’opposé, tout sera presque importé de l’étranger, notamment les biens de consommation, sachant que la majorité des produits fabriqués localement, en quantité insuffisante, sont globalement de piètre qualité, tout en coûtant plus cher que les produits importés. Du coup, une ouverture de l’économie algérienne comme le préconise l’OMC entrainerait la faillite de pans entiers de l’économie du pays.
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Ainsi, on comprend qu’il ne s’agit pas d’une volonté d’Alger de se mettre à dos l’OMC, mais de l’échec patent des autorités algériennes à mettre en place une économie solide, diversifiée et compétitive, capable d’affronter la concurrence internationale, comme le font les économie marocaine, tunisienne et égyptienne, pour ne citer que l’Afrique du Nord. C’est cet aveu d’échec économique que les autorités algériennes ne veulent pas reconnaître, préférant des slogans creux de souveraineté et d’indépendance économique.
Enfin, il faut souligner qu’au 30 août 2024, l’OMC comptait 166 membres, après les adhésions des Comores et du Timor. Vingt-cinq pays en cours d’accession en sont observateurs. Rares sont les Etats qui n’ont pas adhéré à l’OMC: Algérie, Iran, Libye, Iraq,…







