Economie

L’Algérie a réduit de 25% ses livraisons de gaz à l’Espagne, selon el Economista

Selon le média espagnol el Economista, les approvisionnements en gaz naturel l’Espagne en provenance de l'Algérie ont baissé de 25% la semaine dernière, en se basant sur les données quotidiennes enregistrées au niveau du gazoduc Medgaz. Alger a-t-elle mis à exécution ses menaces?

Par Karim Zeidane
Le 07/05/2022 à 18h29, mis à jour le 07/05/2022 à 18h32
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L’Algérie a-t-elle commencé à mettre à exécution ses menaces envers son client historique, l’Espagne? En tout cas, tout semble l’indiquer. En effet, selon le média espagnol el Economist, Alger aurait réduit ses approvisionnements en gaz naturel à l’Espagne d’environ 25%.

Selon la source, l’approvisionnement en gaz a été réduit d’environ 70 GWh/jour, soit une baisse de 25% la semaine dernière, comparativement aux niveaux enregistrés à la mi-mars. Ainsi, selon les données fournies par Enagas, et révélée par el Economista, depuis le 1er mai dernier, seulement 234 GWh/jour sont entrés, contre 312 GWh/jour enregistrés le 14 mars, date à laquelle Pedro Sanchez, président du gouvernement espagnol, a adressé au roi Mohammed VI, une lettre dans laquelle il a annoncé le changement de la position politique de l’Espagne concernant le Sahara en s’alignant sur le choix réaliste d’autonomie du Sahara marocain.

Seulement, depuis cette date, Alger est entrée dans une hystérie inquiétante envers l’Espagne et a décidé de ne pas augmenter son offre de livraison de gaz préférant signer un accord pour une hausse importante de gaz à l’Italie. Dans le même ordre d'idée, les autorités algériennes ont, selon le média espagnol, mis en suspens l’inauguration de l’extension de la capacité du gazoduc liant les deux pays, Medgaz, qui est désormais le seul gazoduc permettant l’exportation du gaz algérien vers l’Espagne depuis la fermeture par Alger du Gazoduc Maghreb-Europe (GME). Et l’approvisionnement en gaz durant depuis le début du mois de mai 2022 est inférieur à celui de la même période de l’année dernière.

Est-ce qu'Alger veut montrer, à travers cette réduction, sa volonté de mettre à exécution ses menaces de couper le gaz à l’Espagne si celle-ci le livrait au Maroc via l’inversion du GME? En effet, fin avril dernier, le ministre algérien de l’Energie avait informé les autorités espagnoles que tout acheminement de «quantités de gaz naturel algérien livrées à l’Espagne, dont la destination n’est autre que celle prévue dans les contrats, sera considéré comme un manquement aux engagements contractuels, et par conséquent, pourrait aboutir à la rupture du contrat liant la Sonatrach à ses clients espagnols». Seulement, les Espagnols ont déjà clairement signifié à Alger qu’ils respecteront leurs engagements signés et que le gaz algérien n’approvisionnera pas le Maroc. Ils ont même décidé de jouer la transparence avec les autorités algériennes en promettant même le traçage du gaz provenant de l’Algérie.

Toutefois, une autre explication peut être avancée pour expliquer cette réduction des livraisons de gaz par Alger à Madrid. Profitant de ces tensions, Alger peut décider de réduire le volume de gaz à livrer à l’Espagne pour le livrer à d’autres parties. Et plus particulièrement via des livraisons de Gaz naturel liquéfié (GNL) qui rapportent actuellement beaucoup plus que le gaz livré via les gazoducs et dont le prix, même relevé pour le cas de l’Espagne, demeure encore très bas comparativement aux cours spots du marché du gaz qui sont très élevés à cause d’une forte demande mondiale à cause de la crise Russie-Ukraine et la volonté des pays occidentaux de réduire leurs approvisionnements en gaz russe. Une situation qui peut pousser Alger à vouloir maximiser ses profits en dépit des contrats de longue durée signé avec le partenaire espagnol.

Enfin, cette baisse peut aussi s’expliquer par l’incapacité d’Alger à respecter ses engagements du fait de sa production gazière déclinante et de la forte consommation intérieure en gaz. Une incapacité qui fait que le pays a même perdu son rôle de premier fournisseur de gaz à l’Espagne en voyant sa part de marché passer de 45% à seulement 22%, dans un marché où elle est délogée par les Américains avec leur GNL et menacé sur le même marché par les Nigérians.

Par Karim Zeidane
Le 07/05/2022 à 18h29, mis à jour le 07/05/2022 à 18h32