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Vidéo. Algérie: les autorités laissent mourir des migrants victimes d'un accident, lors de leur expulsion dans le désert

Mise à jour le 30/03/2021 à 21h27 Publié le 30/03/2021 à 12h14 Par Mar Bassine

#Politique
Algérie: des milliers de migrants expulsés vers le Niger

Des migrants arrivant d'Algérie par camion à Assamaka, au Niger, le 30 septembre 2020.

© Copyright : Crédit OIM

#Algérie : Un accident, qui s’est produit jeudi 25 mars 2021, lors de l’expulsion de migrants subsahariens, a fait plusieurs morts et blessés graves, mais les autorités algériennes ont obligé le convoi à poursuivre sa route vers le désert. Ce n'est malheureusement pas une première. Ames sensibles s’abstenir.



Les images de cet énième scandale dans le traitement inhumain des migrants subsahariens par l’Algérie sont insoutenables. L’accident a eu lieu le jeudi 25 mars dernier, quelque part sur la route entre Alger et Tamanrasset, lors de l’expulsion de centaines de migrants subsahariens à bord de 82 autocars. La vidéo montre une scène d’horreur avec des dizaines de blessés graves, dont beaucoup de mourants. Ceux qui ont perdu la vie dans cet accident ont probablement été enterrés anonymement, quelque part dans le désert. N’eut été cette vidéo inédite que Le360 Afrique a choisi de flouter, peut-être que ce drame n'aurait jamais été mis au jour.

"Les autorités algériennes n’ont pas voulu que le convoi s’arrête", affirme notre source. "Elles ont voulu le cacher (cacher l’accident, Ndlr)", poursuit-elle, avant d’ajouter "actuellement les blessés sont au Niger et on ne sait pas où les morts ont été enterrés".


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Selon les témoins cités par notre source, c’est mercredi 24 mars dernier que 82 bus ont quitté Alger en direction de Tamanrasset. "Moi j’avais un contact samedi quand ils sont arrivés à Tamanrasset. Celui qui les a comptés, il m’a contacté", explique-t-elle.

Toujours selon la même source, "Ils (les responsables algériens, Ndlr) ont confisqué tous les téléphones des survivants du bus. Mais, heureusement grâce à Dieu, une personne a pu filmer et a pu sauver le téléphone. Donc, maintenant tout le monde sait. J’aimerais que vous partagiez cette vidéo, mais en faisant une annonce. Il faut que les Etats africains, les ONG, l’Organisation internationale pour les migrants (OIM) sachent. Il faut bouger contre l’Algérie, il ne suffit pas de partager et de ne rien dire. Les Etats africains n’ont pas le droit de ne pas savoir, de ne pas demander où sont leurs morts".

Ce n’est pas la première fois qu’un drame similaire arrive dans l’expulsion de migrants subsahariens. Et ce n’est pas non plus la première fois que les ONG et les opinions publiques, algérienne et internationale, sont les témoins d’un traitement aussi inhumain, au mépris de toutes les conventions en matière de migration et de droits de l’homme.

La xénophobie anti-subsaharienne, une politique d'Etat assumée


Les autorités algériennes ont été prises en flagrant délit de discours haineux à l’égard des Subsahariens si fréquemment, qu'il ne subsiste plus aucun doute sur le caractère assumé de ces dérives au plus haut sommet de l’Etat. En 2016, alors qu’Alger venait d’organiser une grande rafle de Subsahariens, qualifiée par les ONG de "plus grande chasse à l’homme noir" depuis l’indépendance, un conseiller de la présidence en matière de droits de l’homme en profitait pour insulter les ressortissants des pays africains résidant en Algérie. Farouk Ksentini, puisque c’est de lui qu’il s’agit, avait alors dit que "nous (les Algériens) sommes exposés au risque de propagation du Sida, ainsi que d’autres maladies transmissibles à cause de la présence de ces migrants".


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Le pire, c’est qu’après avoir tenu de tels propos dans un quotidien arabophone, Assawt El Akher en l'occurrence, ce proche d’Abdelaziz Bouteflika, alors chef de l’Etat, avait choisi de les assumer en renchérissant. Lors d’une interview quelques jours plus tard sur le site Tout sur l’Algérie, il déclarait, "La présence des migrants et des réfugiés africains dans plusieurs régions du pays peut causer plusieurs problèmes aux Algériens". Puis d'ajouter, "ces maladies sont considérées comme quelque chose d’habituel et de normal par cette communauté". Comme si cela ne suffisait pas, il avait poursuivi, le visage empli de haine, "j’ai dit la vérité, ces migrants ont été porteurs de beaucoup de maladies en Algérie".

La réalité, c’est que le racisme est une véritable politique d’Etat de l’Algérie, comme l’atteste une série d’actes et de décisions des autorités. En effet, après cette "chasse à l’homme noir" menée par le gouvernement du Premier ministre Abdelmalek Sellal en décembre 2016, avec 2.000 migrants parqués dans des centres, avant d’être jetés dans le désert, ce ne sera guère mieux sous ses successeurs, y compris après la chute de Bouteflika. Bien au contraire.

Les mesures et actes xénophobes contre les Subsahariens, cautionnés par les officiels, se sont même intensifiés. En juin 2017, cette haine contre les migrants s’était propagée sur les réseaux sociaux avec une campagne de hashtags racistes, #NonauxAfricainsenAlgérie, #Nettoyerlesvilles, qui avait provoqué l'indignation de certains intellectuels, des médias, des responsables des droits de l’homme, d'ONG et des citoyens algériens.

Ainsi, le 9 juillet 2017, Ahmed Ouyahia, ministre d’Etat et surtout directeur de cabinet du président algérien Abdelaziz Bouteflika, faisait des déclarations scandaleuses, décrétant que "ces étrangers en séjour irrégulier amènent le crime, la drogue et plusieurs autres fléaux", avant d’ironiser en ajoutant "on ne dit pas aux autorités, jetez ces migrants à la mer ou au-delà des déserts".


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Pour les Algériens, aucun doute, le message était venu d’"en haut", sachant qu'Ouyahia était considéré comme l’un des hommes les plus proches de Bouteflika à l’époque, comme l’était d’ailleurs Ksentini.

Juste après les propos scandaleux d’Ouyahia, c’était au tour du futur ministre des Affaires étrangères, l’inénarrable Abdelkader Messahel, de renchérir, le 11 juillet, en demandant au gouvernement algérien des "mesures urgentes" face au "flux en Algérie de migrants subsahariens".

Nommé au poste de Premier ministre, Ouyahia obtient "carte blanche", si ce n’est l’ordre de mission, pour peaufiner et exécuter sa "solution finale": plus de migrants subsahariens en Algérie, légaux ou illégaux.

Et depuis, régulièrement, les migrants subsahariens ont fait l’objet de persécutions et d’expulsions massives vers le Niger et le Mali voisins. En réalité, après avoir été arrêtés dans les villes du pays ou avoir subi la violence, clairement guidée, de la population, les Subsahariens sont purement et simplement jetés dans le désert, malgré les dénonciations et protestations régulières des ONG de défense des droits de l’homme et des Etats africains.

Au cours des cinq dernières années, la méthode n’a pas changé: rafle des migrants, regroupements dans des camps et finalement direction le désert du Sahara.



Car une fois à Tamanrasset, situé à près de 2.000 km au sud d’Alger, ils doivent parcourir plusieurs dizaines de kilomètres à pied dans le désert pour espérer arriver au premier village nigérien, situé après la frontière algérienne. Affamés, déshydratés, nombreux sont ceux qui n’y arrivent pas.


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La politique de xénophobie d’Etat avait poussé les autorités algériennes à bannir purement et simplement les Subsahariens des transports interurbains reliant certaines villes en 2017.

Au cours des deux dernières années, même si le Hirak algérien a eu tendance à faire oublier le drame de migrants subsahariens en Algérie, rien n'a véritablement changé, comme le montre cette vidéo. Il est temps que les pays d’origine de ces migrants prennent enfin leurs responsabilités.
Le 30/03/2021 Par Mar Bassine