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Algérie: en plein Ramadan, les Algérois vivent avec le rationnement de l’eau potable

Mise à jour le 10/05/2021 à 12h14 Publié le 10/05/2021 à 10h41 Par Karim Zeidane

#Société
Pénurie d'eau en Algérie
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#Algérie : Les Algérois n’ont plus droit à l'eau 24h/24. Le précieux liquide ne coule dans les robinets que durant certaines plages horaires. Une situation difficile et compliquée pour les familles algériennes durant ce mois de Ramadan, sachant qu'elles font déjà face à de nombreuses autres pénuries.

La sortie du ministre des Ressources en eau, Mustapha Kamel Mihoubi, en visite au barrage de Béni Slimane, est encore une fois démentie par la réalité sur le terrain. En effet, la rationalisation de l’eau est quotidienne dans la capitale depuis plusieurs semaines et ce, malgré les promesses des dirigeants qui avaient annoncé qu’il n’y aurait pas de perturbations dans la distribution de l’eau potable durant le mois de Ramadan à Alger. «Pour le moment, nous avons des réserves d’eau qui nous permettent d’assumer une alimentation régulière en eau potable jusqu’à l’automne prochain», a t-il souligné, avant de relativiser son discours en ajoutant qu’«il faut qu’il y ait une économie d’eau et mieux gérer ces réserves de façon à éviter de graves perturbations».

La réalité est que la rationalisation de l’eau potable est déjà une réalité depuis plusieurs mois dans certains quartiers d’Alger. «Depuis plusieurs mois déjà, le précieux liquide ne coule dans les robinets qu’à certaines plages horaires: 8h-20h avant le Ramadan et 23h-8h durant le mois sacré», selon TSA Algérie.

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Et selon le suite d’information, ces plages-horaires ne sont même pas respectées, expliquant que ce weekend a été marqué par «des coupures d’eau intempestives qui ont touché plusieurs quartiers d’Alger, sans préavis: Alger-centre, Kouba, Belcourt, Bab el Oued, Bologhine, Birmandreis,…». Les quartiers périphériques de la capitale sont, elles, habitués aux coupures intempestives. Quand l’eau coule, les familles remplissent citernes, baignoires, bassines et tout récipient à même de garder de l’eau. Seulement, pour les familles nombreuses, ce n’est pas évident.

Du coup, les Algérois sont obligés de se procurer des citernes pour faire face aux coupures d’eau. D’autres, jerricans vides à la main, partent à la recherche d’une hypothétique source d’eau pour s’approvisionner.

«Notre qualité de vie ne cesse de se détériorer. Au problème du coût de la vie est venu se greffer un autre souci: les restrictions en eau. Au lieu de faire des campagnes anti-gaspillages, on nous prive de ce liquide vital», tempête une mère de famille, citée par TSA.

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Et la situation risque de se corser davantage à l’approche de l’été. En mars dernier, Hussein Zair, directeur général de l’Algérienne des Eaux (ADE), avait averti que «la plage horaire de distribution de l’eau, qui est de 10h à 18h, va être réduite et ramenée d’abord entre 6h et 2h, n’écartant pas l’hypothèse d’un rationnement d’«un jour sur deux», après le Ramadan, si la situation de remplissage des barrages n’évolue pas favorablement. C’est dire que les Algérois doivent s’attendre au pire dans les prochains jours.

Pour rappel, en mars dernier, la Société des eaux et d’assainissement d’Alger (Seaal) avait annoncé de fortes perturbations dans la distribution de l’eau potable dans la capitale. Elle avait expliqué cette situation par un «arrêt technique, pour des travaux de maintenance obligatoires» au niveau de la station de dessalement d’eau de mer d’El Hamma, qui alimente 20 communes d’Alger, sur les 40 de la capitale. Du coup, il fallait rationnaliser pour alimenter toute la capitale en eau potable.

Seulement, la pénurie persiste depuis lors signifiant clairement qu’il ne s’agit pas d’une simple opération de maintenance.

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Le vrai problème est que l’Algérie fait face à la vétusté des unités de dessalement qui ne sont pas bien entretenues et traverse une situation de stress hydrique inquiétante à cause des années de sécheresse.

La combinaison de stress hydrique et des faibles investissements dans la production et l’entretien des unités de dessalement d’eau de mer se sont traduits par des déficits de production d’eau. 

En effet, les barrages fournissent 40% de l’eau potable en Algérie. Toutefois, le taux moyen de remplissage des barrages qui se situe autour de 40% pose des problèmes quand on sait que la période hivernale touche à sa fin.

Ceci d'autant plus que l’Algérie n’a pas beaucoup investi dans les barrages pour retenir les eaux des pluies et a fait le pari des unités de dessalement de l’eau de mer qui nécessitent des investissements constants en entretien. Or, l’Algérie fait face à une crise financière aiguë poussant les autorités à geler de nombreux investissements au moment où la population urbaine augmente rapidement tirant avec elle celle de la consommation d’eau. En effet, depuis l’indépendance, si la population a été multipliée par 4,5, la consommation d’eau l’a été par 40.

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Malheureusement, les investissements en barrages pour retenir les eaux et les unités de dessalement de l’eau de mer sont restés insuffisants durant les années fastes de flambées des cours du baril de pétrole. Actuellement, 11 unités de dessalement sont en service dans 9 wilayas côtières. L’Algérie compte construire de nombreuses autres unités de dessalement, notamment à Alger et ses environs, pour pouvoir surmonter ce déficit en eau potable. Seulement, la situation financière actuelle du pays et le fait que ces unités soient très énergivores poussent certains spécialistes à privilégier d’autres solutions, notamment les barrages hydroélectriques, l’utilisation des eaux usées,…

Enfin, rappelons que cette pénurie d’eau vient s’ajouter à celle de nombreux produits alimentaires (huile, lait,…), de médicaments,…  et une flambée des prix de nombreux produits. Une situation qui rend le quotidien de la population de plus en plus difficile, poussant plusieurs corporations à demander des revalorisations salariales pour faire face au renchérissement inquiétant du coût de la vie. Après les manifestations des sapeurs pompiers, ce sont les enseignants qui ont entamé, ce dimanche, une grève de 3 jours, pour réclamer une augmentation des salaires.
Le 10/05/2021 Par Karim Zeidane