L'agriculture africaine en quête de productivité

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Le 17/04/2017 à 10h52, mis à jour le 17/04/2017 à 10h54

L’agriculture africaine a progressé au cours de ces dernières décennies grâce essentiellement aux facteurs terre et travail. Une étude d’OCP Policy Center souligne cependant la nécessité d’une amélioration de la productivité agricole pour assurer la sécurité alimentaire.

Malgré un potentiel agricole exceptionnel (terres arables, ressources hydriques, etc.), l’Afrique dépend du marché international pour nourrir sa population. La crise alimentaire mondiale de 2007-2008, qui avait pour origine la flambée des cours des produits agricoles et alimentaires de base, a plongé plusieurs pays africains dans un état de crise, avec à la clé des tensions politiques et des émeutes. C'est ce qui a poussé et alerté les décideurs africains sur la nécessité d’accorder à l’agriculture la place qu’elle mérite dans les politiques économiques, après avoir été le parent pauvre, voire la victime, des Programmes d‘ajustement structurel (PAS) des années 1980 et 1990.

Ayant compris leur vulnérabilité et les limites des stratégies axées sur le marché international pour assurer la sécurité alimentaire de leur population, la nouvelle dynamique de croissance des économies africaines a été accompagnée, au cours de ces dernières années, par des investissements dans le secteur agricole dans de nombreux pays, où l’agriculture est désormais considérée comme la clé de voûte du développement économique et social.

Selon Mohamed Rachid Doukkali, Senior Fellow à OCP Policy Center et professeur à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, et Onasiss Tharcisse Adétumi Guedegbe, chercheur à OCP Policy Center, dans une publication intitulée «Relance de la productivité agricole en Afrique : l’espoir d’une sécurité alimentaire», «une analyse rapide de la croissance agricole en Afrique pendant les cinq dernières décennies montre qu’elle a globalement été positive. Toutefois, ce n’est qu’à partir des années 2000 que cette croissance a été suffisante pour compenser la croissance démographique et rehausser la croissance agricole par habitant».

Les effets positifs des reformes structurelles entreprises durant les programmes d’ajustement structurel ont commencé à produire leurs effets. Mieux, «l’agriculture s‘est affirmée comme moteur de la croissance économique dans bon nombre de pays africains et la tendance à la baisse de sa contribution à l’économie s’est renversée».

Ainsi, durant la période 2000-2013, la croissance de l’agriculture a été en moyenne de 5,2%. Cette progression dépasse significativement les taux d’extensions des superficies cultivées et d’augmentation de la population active employée dans le secteur. «Ces derniers ont enregistré, respectivement, pendant la même période, les taux annuels moyens de croissance de 1,3% et 2,2%», soulignent les rédacteurs de l’article. Du coup, «on a assisté pour la première fois à une croissance de l’agriculture africaine dépassant la croissance démographique, pour atteindre un taux de croissance annuel moyen par habitant de 2,6%», expliquent-ils.

Cette évolution est d’autant plus appréciable qu’une analyse plus fine couvrant 52 pays a révélé que «44 ont réalisé une croissance agricole moyenne positive entre 2000 et 2013. Parmi ces 44 pays, 31 ont pu réaliser une croissance agricole supérieure à la croissance démographique, permettant une croissance agricole par habitant positive. De même, 37 pays ont enregistré une croissance agricole positive à la fois par hectare cultivé et par employé agricole». L’amélioration de cette productivité est nécessaire en ce sens que dans de nombreux pays du continent, l‘amélioration de la productivité du travail basée sur l’extension des superficies cultivées a atteint ses limites.

Toutefois, temporisent les rédacteurs de cet article, afin que le secteur agricole contribue à la transformation structurelle des économies, «le secteur doit connaître une amélioration de sa productivité induisant une libération de surplus économique et de travail pour le développement d’autres secteurs jugés plus valorisant des ressources en capital et travail, en particulier l’industrie». Ce qui est encore loin d’être le cas sachant que cette croissance agricole demeure principalement tributaire de l’augmentation de l’utilisation des facteurs primaires, conjuguée à une stagnation de l’utilisation des inputs.

Or, dans un grand nombre de pays (26 pays), la croissance de la productivité agricole ne sera réalisée que par l’amélioration de la productivité totale des facteurs, un recours plus important aux intrants et une intensification du capital.

Seulement, pour ce qui est de l’utilisation des intrants et du capital, «il est frappant de constater le peu de progrès réalisés, alors que pendant les années 2000, l’agriculture africaine semblait bénéficier relativement d’une plus grande attention de la part des organisations internationales», soulignent-ils. A titre d’illustration, la consommation moyenne d’engrais en Afrique a dépassé à peine les 18 kg d’unités fertilisantes par hectares en 2012, contre 130 kg/ha pour la moyenne mondiale. Durant la période 2000-2012, la consommation de fertilisants n’a enregistré qu’une progression négligeable de 0,44% en moyenne au niveau du continent, contre une moyenne mondiale de 2,18%. Cette situation s’expliquant par l’inadaptation et surtout l’inaccessibilité des fertilisants sur les marchés nationaux.

Idem en matière de mécanisation et d’équipement des superficies pour l’irrigation. Le nombre de machines agricoles utilisées en Afrique a été de 1,8 par mille hectares contre 31,9 par mille hectares pour le reste du monde. Et le retard du continent ne sera pas comblé de sitôt. En effet, alors que le nombre de machines par hectare a connu une hausse annuelle moyenne de 24% sur la période 2000-2012 au niveau mondial, le continent n’a enregistré qu’une évolution de 1,9%.

Bref, pour une amélioration de l’agriculture africaine, une croissance de la productivité globale des facteurs (PGF) de production (capital, travail, terre et consommations intermédiaires) est nécessaire. Seulement 20 pays ont eu des taux moyens de croissance de la PGF positifs au cours de la période 2000-2012.

A ces facteurs, il faut aussi ajouter l’environnement défavorable avec des infrastructures insuffisantes et des investissements en Recherche et développement (R&D) négligeables. Bref, «la révolution ”doublement verte” de l’agriculture en Afrique tant attendue aujourd’hui se doit d’être intégrée dans un ensemble consolidé de réformes politiques, économiques, commerciales et fiscales, accompagnées d’investissement dans la R&D, le développement de l’irrigation, les améliorations foncières, l’utilisation rationnelle des intrants, la vulgarisation et l’adoption des technologies», concluent les auteurs de la note.

Par Moussa Diop
Le 17/04/2017 à 10h52, mis à jour le 17/04/2017 à 10h54