Gabon. 2e Journée du Mvet: l’éternel art de la conquête de l’immortalité

La deuxième Journée nationale du Mvet célébrée à Libreville.

Le 24/03/2026 à 14h07

VidéoLibreville a vibré, samedi et dimanche, au rythme des cordes de calebasse et des récits épiques à l’occasion de la deuxième Journée nationale du Mvet, un art né d’une musique qui raconte l’éternel mythe de l’immortalité. C’était un rendez-vous culturel placé sous le signe de la transmission et de la reconnaissance internationale.

Un an et demi après l’inscription du Mvet au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, une consécration mondiale historique, l’événement a démontré que l’âme de cet art ne se résume pas à un titre honorifique. Elle vibre encore dans le frisson des cordes, dans le souffle du conteur et dans la mémoire collective qu’il transmet de génération en génération.

«Le Mvet Oyeng est une tradition culturelle pratiquée par la communauté Ekang. Il consiste à chanter une série de récits épiques, accompagnés de danses et d’un instrument à cordes traditionnel« .

Sur les lieux, l’essence du Mvet Oyeng a été rappelée dans sa forme la plus pure: une trinité indissociable entre l’instrument– cette harpe-cithare aux résonances de calebasses–, le récit épique porteur de mythes, de sagesse et d’histoire, et le mbôm-mvet, gardien de la parole, à la fois musicien et conteur.

Assister à une représentation, c’est faire l’expérience d’un dialogue vivant où le public cesse d’être un simple spectateur. Dans une communion palpable, les présents frappaient des mains, répondaient aux incantations du conteur et maniaient les baguettes. Un art total, où philosophie, spiritualité et quête éternelle d’immortalité, si chères aux récits d’Afrique centrale, se croisent.

La cérémonie, qui s’est tenue au sein du Musée national, a été honorée par la présence du ministre Paul Ulrich Kessany, venu saluer la vitalité d’un patrimoine désormais inscrit dans l’histoire de l’humanité. Cette reconnaissance, les acteurs de la préservation culturelle ne cessent de la mettre en avant.

Pour Venant Nzué Ntougou, fondateur de l’ONG Génération Ekang, partenaire de l’événement, cette célébration prend une résonance particulière après le sacre onusien. «Cette célébration vient après la reconnaissance internationale du Mvet Oyeng dans la liste du patrimoine culturel de l’humanité par l’Unesco. C’est une journée très riche pour nous.»

Le professeur Grégoire Biyogo, poéticien, égyptologue et écrivain gabonais, invité de marque, a offert au public une mise en perspective historique saisissante, reliant les origines du Mvet aux grandes migrations anciennes.

«L’épopée du Mvet raconte les migrations du peuple Ekang de l’Égypte Pharaonique jusqu’en Afrique centrale, a-t-il expliqué. Et c’est pendant ces migrations qu’il y a eu la naissance du Mvet, une harpe. C’est cette harpe qui raconte le récit de deux peuples: un peuple mortel et un peuple immortel. L’enjeu de la bataille, c’est la conquête de l’immortalité.»

Au-delà des festivités, cette deuxième édition a réaffirmé l’importance de la préservation de ce patrimoine immatériel. En associant la puissance publique, représentée par le ministre de la Culture, à l’engagement militant de la société civile via l’ONG Génération Ekang, le Gabon pose des jalons solides pour la transmission du Mvet aux générations futures.

Alors que les dernières notes des harpes se sont éteintes dimanche soir dans les allées du musée, une certitude demeure: le Mvet, art de la parole et de l’épopée, a gagné une nouvelle bataille, celle de la jeunesse et de la reconnaissance éternelle.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 24/03/2026 à 14h07