Boté, gnégnérou, tambirou, siko, calebasse... autant d’instruments de percussion qui ont traversé les siècles, accompagnant les rites d’initiation, les fêtes et les cérémonies religieuses. Mais le temps fait son effet et ces instruments du patrimoine culturel guinéen sont aujourd’hui concurrencés par l’importation.
Pour freiner cette érosion, cinquante jeunes ont suivi cet été un enseignement intensif AU Centre International des Percussions de Conakry. L’objectif est de sauver un héritage menacé par l’indifférence et le temps regrette amadou Sarah Diallo, formateur «cette transmission aux enfants doit être prise au sérieux. Parce qu’en réalité, ils ne sont plus nombreux ceux qui pratiquent ces instruments. À Conakry, nous ne sommes plus que deux à jouer de cet instrument que vous voyez là. Le plus grave, c’est qu’il n’y a pas de relève, ça sera fini» avertit le percussionniste.
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Même les artisans qui en assuraient la fabrication ont abandonné le métier. C’est le cas de Dian Boyi Baldé, autrefois fabricant de djembés et de tambours, aujourd’hui converti à d’autres métiers en raison de ses convictions religieuses. Actuellement, il s’est fabrique mortiers et pilons. «J’ai fabriqué des instruments de musique, comme le djembé, le doundoun, la samba et bien d’autres. Mais au-delà d’un certain âge, des choses ne doivent plus se faire. C’était une activité lucrative, mais malheureusement pas bénie par Dieu. Ça m’est interdit par ma religion», explique-t-il.
Aujourd’hui, ces artisans réussissent à vivre de leur nouvelle activité, confie Alpha Ousmane Barry selon lequel «le prix des mortiers varie de 60.000 jusqu’à 700.000 francs guinéens. Nous n’avons pas peur de la concurrence des appareils importés: un aliment pilé dans ces mortiers a une bien meilleure saveur», dit-il avec fierté.
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Pays de la percussion par excellence, la Guinée a organisé la Biennale internationale des percussions, du 5 au 9 mai 1999, à Conakry. Quelques années plus tard, le Centre International des Percussions, où ont été initiés les jeunes à la percussion, a organisé le Festival international du Djembé. Les instruments de percussion ont été des témoins sonores de nos joies et malheurs, de notre bonheur, de notre tristesse depuis des siècles», avait déclaré Moussa Moïse Sylla, ministre de la Culture en novembre 2024.
Aujourd’hui, pour les autorités guinéennes, il est urgent de recréer un lien entre les générations, afin que ces sonorités ne disparaissent pas à jamais. Cette formation représente ainsi une lueur d’espoir: celle de voir une jeunesse prête à devenir les nouveaux gardiens d’un patrimoine fragile mais inestimable.