Thiéboudiène, yassa, koki... ces mets camerounais, sénégalais et ivoiriens qui agrémentent les tables du Gabon

Un plat du riz à la viande.

Le 08/02/2025 à 13h45

La culture culinaire africaine dont la palette de saveurs est aussi dynamique que variée est fortement représentée à Libreville grâce notamment au brassage des nationalités.

Nelly, 27 ans, employée de magasin, vient de prendre sa pause de midi. Elle a déniché ce réduit de 15m2 où peuvent s’asseoir une dizaine de clients, avec une petite cuisine attenante. Il s’agit d’un restaurant de fortune comme il en existe à chaque coin de rue à Libreville.

Celui-ci est tenu par la très discrète Fatima. La décoration de la pièce est minimaliste. Vu de l’extérieur, rien de séduisant. Mais ici le thiéboudiène avec son parfum magique s’invite dans les assiettes. Comme la salle est souvent pleine, il est désormais possible de prendre ses repas à emporter ou de se faire livrer. «C’est un plat que j’apprécie beaucoup. Il est abordable, moins de 3 euros. Et le restaurant n’est pas loin de mon lieu de travail», explique-t-elle

Pour Jérémie, étudiant dans un établissement supérieur privé situé juste en face de ce «dos tourné», le succès des mets autres que gabonais, serait révélateur d’une absence d’initiatives locales dans ce secteur de la ville. «La nature a horreur du vide. Il faut bien qu’on puisse manger. Et comme il est rare de trouver un restaurant typiquement gabonais au centre ville, on se rue sur le thieb que nous apprécions aussi», confie-t-il.

Le constat montre que ces cuisines africaines embarquent les consommateurs dans l’aventure d’un commerce qui fait rayonner les solidarités et les savoir-faire du continent. Mais c’est avant tout un rêve, celui de Librevillois et de restaurateurs soucieux de renforcer l’intégration africaine par le biais de la gastronomie. «C’est peut être la meilleure spécialité sénégalaise et on en consomme beaucoup. Mais il n’y a pas que le thieb. Il y a aussi la Tchéké et le poulet Yassa qui sont de spécialités ivoiriennes... Tout ceci montre que l’intégration africaine peut aussi passer par la gastronomie», dit le jeune homme

Pour rappel fin 2021, après des années de persévérance, le Sénégal a réussi à convaincre l’Unesco d’inscrire au patrimoine culturel immatériel de l’humanité son plat typique national: le ceebu jën, un mot qui veut dire littéralement «du riz au poisson» en wolof, et plus connu sous le nom de «thiéboudiène.»

Après le centre-ville de Libreville, direction le quartier Petit Paris et plus précisément au marché Mont Bouët où se trouve le restaurant «Chez Rita». «Ici, on propose des spécialités du Cameroun, notamment le célèbre Koki». Selon les Camerounais du Gabon, il s’agit d’une papillote végétale à base de pâte culinaire de tubercules (manioc, patate), de légumineuses (haricot, cornille) et de céréales (maïs, surtout frais) agrémentée d’huile de palme et farcie ou non de feuilles-légumes (macabo, taro).

«On le savoure à toutes les occasions. C’est un mets traditionnel du Cameroun. Pendant les mariages s’il n’y a pas le koki c’est que le mariage n’a pas donné...», lance la restauratrice, sous forme de boutade.

Le Koki entre progressivement dans les habitudes alimentaires des Gabonais. Pour les abonnés de midi comme Biyogue et Yanga, cette recette camerounaise devient pour eux un délice incontournable. «On est dans l’africanité des plats si on peut parler ainsi. On apprécie le Koki parce qu’à l’intérieur il y a des aliments naturels comme les haricots et le manioc», savoure Biyogue.

Juste à sa droite, Yanga ne tarit pas d’éloges pour le koki. «La première fois que j’ai vu le koki j’avoue que j’ai beaucoup hésité avant de le goûter. Mais depuis un moment je ne peux plus m’en passer».

Avec ses 54 pays à l’histoire, aux cultures et aux traditions différentes, l’Afrique est riche de ses multiples cuisines aussi vastes que leur legs qui s’imposent à travers plusieurs cultures culinaires du monde.

Par Ismael Ngema (Libreville, correspondance)
Le 08/02/2025 à 13h45