Les aéroports d’Addis-Abeba Bole, du Caire, de Casablanca et bien d’autres se distinguent par leurs capacités d’accueil, servant de plateformes de transit majeures. Et les perspectives de croissance du trafic des passagers sont intéressants.
Selon l’Association du transport aérien international (IATA), l’Afrique devrait enregistrer l’un des taux de croissance de trafic les plus importants au monde, avec une perspective de hausse des volumes d’environ 5,7% par an en moyenne jusqu’en 2034. L’IATA souligne que le trafic aérien en Afrique pourrait doubler d’ici 2040 pour atteindre 300 millions de passagers annuels.
Face à cette croissance, manifeste ces deux dernières années, les aéroports africains sont confrontés à des défis critiques: infrastructures vieillissantes et inadaptées, capacités en saturation,…entrainant des retards fréquents et des mécontentements fréquents des passagers.
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D’où les nombreux projets de modernisation et/ou de création de nouvelles infrastructures aéroportuaires de grandes capacités et plus adaptées pour répondre à la hausse du trafic et à l’ouverture du ciel africain dans le cadre du Marché unique du transport aérien africain (Mutaa). Mais peu de pays d’Afrique sont à même d’assurer les investissements massifs capables de transformer les aéroports en moteur de croissance et de connectivité à l’échelle mondiale.
Éthiopie: un nouvel aéroport d’une capacité de 100 millions de passagers
En matière de transport aérien, l’Éthiopie qui possède la première compagnie du continent Éthiopian Airlines, voit grand. Le pays va construire le plus grand aéroport d’Afrique et l’un des plus imposants au monde pour répondre à la demande croissante du transport aérien et contribuer au développement de la connectivité aérienne en Afrique.
L’aéroport international de Bole d’Addis-Abeba, hub d’Ethiopian Airlines est doté d’une capacité annuelle de 22 millions de passagers après les récentes extensions. Toutefois, l’aéroport est proche de la saturation.
En conséquence de quoi, le pays va construire un nouvel aéroport à Abusera près de Bishoftu dans la région d’Oromia à 40 km d’Addis-Abeba sur une superficie de 35.000 mètres carrés. Le nouvel aéroport sera réalisé en deux étapes sur cinq ans. La première phase se matérialisera par la construction d’une installation aéroportuaire de 60 millions de passagers par an à l’horizon 2029. La seconde phase, une fois achevée, permettra d’accueillir plus de 100 millions de passagers par an, soit quatre fois plus qu’aujourd’hui.
L’aéroport sera doté de quatre pistes et sera construit à 1920 mètres d’altitude contre les 2.320 de l’aéroport international de Bole d’Addis-Abeba. En décollant à plus faible altitude, Ethiopian Airlines devrait réaliser d’importantes économies en kérosène.
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Un accord a été signé avec Sidara, une société d’ingénierie basée à Dubaï qui va concevoir le nouvel aéroport et aider la compagnie éthiopienne à recruter les sous-traitants pour sa construction.
Pour le financement de ce méga-aéroport dont l’investissement est estimé à 7,8 milliards de dollars, l’Éthiopie et la Banque africaine de développement (BAD) ont signé, le 14 mars 2025 à Addis-Abeba, un protocole d’accord.
Cette nouvelle infrastructure permettra de répondre à l’augmentation de la flotte d’Ethiopian Airlines qui devrait compter 124 nouveaux avions pour porter sa flotte à 271 appareils en 2035. Ce méga-aéroport disposera d’un parking pouvant abriter jusqu’à 270 avions, soit la flotte que compte disposer la compagnie d’ici dix ans.
La mise en service de ce nouvel aéroport, prévue pour 2029, va renforcer le statut de l’Éthiopie de plaque tournante du transport aérien sur le continent et un hub majeur mondial. Il permettra à Ethiopian Airlines, qui connecte actuellement 63 villes d’Afrique au reste du monde, d’accroitre son rôle de hub stratégique. Pour rappel, la compagnie éthiopienne qui dispose de la plus imposante flotte d’avions du continent dessert actuellement plus de 150 destinations nationales et internationales de passagers et de fret sur cinq continents et a transporté 17 millions de passagers en 2024.
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Ce nouvel aéroport rentre dans le cadre de la Vision 2035 d’Ethiopian Airlines. «Dans le cadre de la Vision 2035, nous avons pour objectif de presque doubler le nombre de destinations que nous desservons en passant de 131 aujourd’hui à 207, et pour couvrir cette expansion, nous avons prévu de doubler à nouveau le nombre d’avions de notre flotte, qui passera de 140 à 271», a expliqué Mesfin Tasew, PDG de la compagnie.
L’aéroport Mohammed V de Casablanca: 45 millions de passagers avant le Mondial 2030
L’aéroport Mohammed V de Casablanca est la plateforme principale de Royal Air Maroc et joue un rôle clé dans les connexions aériennes entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique du Nord. Malheureusement, et en dépit des extensions successives, cette plateforme est saturée et a enregistré 10,3 millions de passagers en 2024, alors que la capacité d’accueil de l’aéroport est de 14 millions de passagers.
La maquette nouveau terminal de l'aéroport mohammed V. Le hub de Casablanca sera doté d'une capacité de traitement de 45 millions de passagers à l'horizon 2029.. DR
Face à la forte croissance du tourisme, devenu en 2024 le premier du continent avec 17,4 millions d’arrivées et aux importantes échéances particulièrement la Coupe du monde 2030, le Maroc se devait d’étendre les capacités de ses aéroports.
Selon l’Office national des aéroports (ONDA), le développement des nouvelles infrastructures de l’aéroport Mohammed V comprendra la construction d’un 3e terminal, d’une nouvelle piste (3.700 m/45m), d’une nouvelle tour de contrôle haute de 42 mètres, de voies de circulation, de parkings pour avions et l’intermodalité avec la Ligne grande vitesse (LGV).
Le foncier est déjà sécurisé avec 910 hectares acquis par l’ONDA suite à des expropriations des lotis de terrains appartenant à l’OCP (190 hectares), l’Agence des logements et des équipements militaires (703 hectares) et le domaine privé de l’État (16 hectares). Les études de faisabilité étant achevées, les travaux d’extension devraient bientôt démarrer et devrait durer quatre ans. À la mi-mars, l’ONDA a lancé un appel d’offres relatif aux travaux de terrassements généraux en vue de la construction du nouveau terminal pour un coût d’environ 35 millions de dollars.
Avec un investissement de 25 milliards de dirhams, soit environ 2,5 milliards de dollars, l’aéroport Mohammed V de Casablanca verra sa capacité de traitement des passagers tripler, passant de 15 à 45 millions de passagers à l’horizon 2029. Cette extension de la plateforme Mohammed V de Casablanca est le résultat des prévisions de croissance du trafic aux horizons 2040 et 2050.
À travers cette extension, le hub de Casablanca compte se positionner parmi les plus performants au monde et rivaliser avec les grands hubs internationaux.
Les extensions et modernisations intéressent tous les aéroports des grandes villes du Royaume à l’image de celui de Marrakech Menara dont la capacité passera de 9 à 16 millions de passagers en 2029. L’objectif des autorités est d’atteindre une capacité nationale d’accueil de 80 millions de passagers à l’horizon 2030 pour répondre aux exigences de la Coupe du monde que le Maroc coorganise avec l’Espagne et le Portugal, de disposer d’une infrastructure moderne conforme aux meilleurs standards internationaux.
L’aéroport international du Caire: un nouveau terminal de 30 millions de passagers
L’aéroport international du Caire, le plus fréquenté d’Afrique en termes de capacité de traitement des passagers annuellement, est aujourd’hui presque saturé avec plus de 27 millions de passagers en 2024 pour une capacité de 28 millions.
Les autorités égyptiennes souhaitent accompagner la dynamique de croissance de la compagnie EgyptAir, la dynamique touristique, de la hausse du trafic de passagers…
Face à cette saturation de l’infrastructure du Caire, les autorités égyptiennes ont décidé de moderniser et surtout d’étendre sa capacité en construisant une nouvelle plateforme qui pourra accueillir jusqu’à 30 millions de passagers supplémentaires par an. Les travaux portent, entre autres, sur la construction du nouveau terminal, d’aérogares et autres installations pour au final doubler la capacité d’accueil des infrastructures. Elle devra être opérationnelle à l’horizon 2027.
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L’extension des capacités de traitement de l’aéroport du Caire devrait accompagner l’extension de la flotte de l’EgyptAir qui sera portée à 97 appareils d’ici 2028, contre environ 70 à fin 2024. EgyptAir et sa filiale low cost Air Cairo ont transporté 15,3 millions de passagers l’année dernière.
Rwanda: un nouvel aéroport en partenariat avec Qatar Airways
Le Rwanda souhaite aussi devenir un hub régional en capitalisant sur sa compagnie RwandAir. A cet effet, en partenariat avec Qatar Airways, le pays d’Afrique de l’Est construit un nouvel aéroport en partenariat avec le Qatar qui détient 60% des parts de RwandAir. Cette nouvelle infrastructure permettra de faire face à la saturation de l’aéroport de Kigali dotée d’une capacité de 1,6 million de passagers par an et qui se situe dans une zone qui n’offre pas de grandes possibilités d’extension.
L’aéroport en construction depuis 2017, sur 130.000 mètres carrés à 40 km au sud-est de la capitale Kigali, a pris du retard par rapport au programme initial. D’un investissement de 2 milliards de dollars, cet aéroport devrait être opérationnel en 2027-2028 pour ce qui est de la première phase qui permettra le traitement de 7 millions de passagers par an. Une seconde phase devrait être lancée en 2032 pour agrandir les installations et traiter 14 millions de voyageurs par an et figurer parmi les plus importants du continent. Il disposera également d’un terminal de fret pouvant manutentionner 150.000 tonnes par an.
«Addis-Abeba est déjà un énorme hub, mais Kigali sera un hub régional alternatif, compte tenu de la position géographique du Rwanda en plein cœur de l’Afrique, qui nous donne accès à tous les points du continent» a déclaré Yvonne Makolo Manzi, directrice générale de RwandAir. Cette nouvelle infrastructure va renforcer la destination Rwanda devenue une destination privilégiée pour les forums et conférences internationales.
Nigeria: extension et construction d’un nouvel aéroport à Lagos
Le pays le plus peuplé d’Afrique construit un nouvel aéroport à Lagos qui viendra en appui au principal aéroport implanté dans le même État. Celui-ci sera construit sur 3.500 hectares sur l’axe Lekki-Epe et nécessitera un investissement de 900 millions de dollars. Cet aéroport qui sera réalisé dans le cadre d’un partenariat avec des investisseurs locaux et étrangers aura une capacité 5 millions de personnes par an.
Ce nouvel aéroport va contribuer à alléger la pression du trafic au niveau de l’aéroport international Murtala-Muhammed qui se trouve à Ikeja, dans l’Etat de Lagos, situé à 12 km de la capitale économique du Nigeria, actuellement saturé. Cet aéroport, l’un des plus fréquentés du continent, permet d’accéder à Lagos, ville d’affaires du Nigeria qui compte plus de 20 millions d’habitants, est en cours d’extension.
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Les travaux de modernisation et d’agrandissement, avec la construction d’un second terminal pouvant accueillir 14 millions de passagers par an, se sont achevés en 2022. Ce Terminal 2, le tout nouveau de l’aéroport depuis sa construction il y a environ 40 ans, a été construit pour compléter le Terminal 1. En conséquence, l’aéroport international Murtala-Muhammed dispose actuellement une capacité totale de plus de 21 millions de passagers par an.
En tenant compte du deuxième aéroport de Lagos en construction, les capacités futures de traitement au niveau des deux infrastructures de la capitale économique du Nigeria cumuleront des capacités de traitement de plus de 26 millions de passagers. En outre, d’autres extensions sont prévues les années à venir au niveau de l’aéroport Murtala-Muhammed.
Afrique du Sud: extension des aéroports OR Tambo de Johannesburg et Cape Town
Plaque tournante des flux de personnes et de marchandises en Afrique australe, l’Afrique du Sud joue un rôle majeur dans le trafic aérien intra et intercontinental. Les aéroports OR Tambo de Johannesburg et du Cap, les deux principaux du pays, sont engagés dans des projets d’extension. À Johannesburg, les investissements permettront de construire un nouveau terminal, des espaces commerciaux, un hôtel… L’objectif est de maintenir la place de leader du trafic de passagers au niveau du continent. L’infrastructure dispose actuellement d’une capacité de 28 millions de passagers.
Au niveau de Cape Town, qui a accueilli 10,4 millions de passagers en 2024, l’objectif porte sur l’agrandissement du terminal domestique, la rénovation et l’extension de la piste pour la porter à 3.500 mètres de long et la réalisation d’autres infrastructures.
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Outre les expansions d’infrastructures aéroportuaires existantes, de nouveaux aéroports sont également annoncés. Un plan est ainsi en cours pour doter Cape Town d’un second aéroport d’ici 2027. L’extension et la construction d’un nouvel aéroport est portée par l’ambition sud-africaine de porter les arrivées de touristes à 15 millions à l’horizon 2030.
Enfin, au-delà de ces six exemples, plusieurs autres pays sont engagés dans des projets d’extension et de modernisation d’anciens aéroports, alors que d’autres ont initié des projets de construction de nouvelles infrastructures aéroportuaires. C’est le cas de la plateforme Jomo Kenyatta international airport (JKIA) du Kenya qui sera dotée d’une 2e piste d’atterrissage, d’un nouveau terminal, de voies de circulation et d’aires de stationnement supplémentaires pour avions.
Le JKIA, construit en 1970 pour une capacité de 2,5 millions de passagers, traite actuellement près de 7 millions de passagers par an. C’est aussi le cas de la Tanzanie qui construit celui de Msalato situé à environ 14 km du centre de Dodola, la capitale de la Tanzanie. Les travaux devraient s’achever dans le courant de cette année. Cet aéroport vient s’ajouter à celui de la capitale et faire face à la hausse du trafic de passagers.