En 2025, la Banque Européenne d’Investissement (BEI), à travers sa branche dédiée au développement international, BEI Global, a injecté la somme considérable de 3,1 milliards d’euros en Afrique, marquant une intensification de son engagement sur le continent. Cette enveloppe, qui représente un tiers du volume total déployé par EIB Global hors de l’Union Européenne (9 milliards d’euros), ne constitue pas un simple acte de financement, mais le déploiement d’une stratégie mûrement réfléchie.
Cet engagement financier sur le continent a ciblé des projets à fort impact, alignés sur les priorités nationales et l’initiative Global Gateway de l’UE. Le Maroc et l’Égypte émergent clairement comme des pôles majeurs d’investissement et d’innovation. Mieux, les choix d’allocation en 2025 – avec le Maroc et l’Égypte en tête, suivis de la Mauritanie, du Nigeria et du Malawi, et des engagements forts en santé et innovation entrepreneuriale – dessinent une carte des opportunités et des transformations en cours sur le continent, où les partenariats fondés sur des projets concrets et alignés sur les priorités locales démontrent leur efficacité.
40 gestionnaires de fonds de capital-risque africains de premier plan participeront au programme « Africa Venture Finance » de la Saïd Business School de l’université d’Oxford.
Le Maroc s’affirme comme l’un des principaux bénéficiaires africains des investissements de la BEI en 2025, illustrant une synergie stratégique entre des besoins nationaux urgents et la réponse ciblée d’EIB Global. Une collaboration qui se structure autour de deux axes majeurs. L’adaptation au dérèglement climatique et la sécurisation hydrique.
Dans ce cadre, la BEI a financé des projets de production et distribution d’eau potable, ciblant spécifiquement le renforcement des infrastructures résilientes au climat et l’accès équitable dans les petites villes et zones rurales. Une intervention qui répond directement aux stress hydriques croissants, défi critique pour la sécurité et le développement durable du pays.
D’autre part, la reconstruction post séisme d’Al Haouz et la modernisation des infrastructures: un programme d’envergure soutient la réhabilitation d’écoles, d’hôpitaux, de routes et d’infrastructures essentielles endommagées, intégrant systématiquement des conceptions résistantes aux aléas climatiques, l’efficacité énergétique et des normes sociales élevées.
Un projet qui démontre l’importance cruciale des partenariats public-privé (PPP) pour “reconstruire en mieux”, ancrant dès la conception les impératifs de durabilité et de résilience face aux risques naturels exacerbés par le changement climatique.
L’Égypte, pour sa part, consolide son rôle central dans la transformation énergétique africaine, attirant des financements significatifs de la BEI pour des projets structurants alignés sur ses priorités nationales. Trois leviers clés caractérisent cet engagement. La décarbonation industrielle et l’économie circulaire bénéficient d’un don de 21 millions d’euros de l’UE, acheminé via la BEI, soutenant directement la stratégie nationale de réduction des émissions et l’amélioration des capacités de recyclage.
L’énergie solaire à grande échelle est boostée par le soutien au projet photovoltaïque Obelisk, présenté comme la plus grande centrale solaire avec stockage par batterie d’Afrique, un levier essentiel pour accroître la part des renouvelables dans le mix énergétique national et régional.
Le secteur privé, moteur d’innovation et de création d’emplois, a été renforcé via l’investissement dans le Fonds RMBV North Africa Fund III, visant à dynamiser la croissance des entreprises égyptiennes et nord-africaines. Des initiatives qui positionnent l’Égypte en catalyseur de la transition verte sur le continent.
Projets phares par pays bénéficiaire des 3,1 milliards d’euros de la BEI
| Pays | Secteurs d’intervention | Projets emblématiques | Impact |
|---|---|---|---|
| Maroc | Eau, Reconstruction, Infrastructures | Sécurisation de l’eau potable ; Reconstruction post-séisme (écoles, hôpitaux, routes) | Accès équitable à l’eau ; Infrastructures résilientes pour 2,8M de personnes |
| Égypte | Transition verte, Énergie solaire, Secteur privé | Projet Obelisk (centrale solaire) ; Décarbonation industrielle ; Fonds RMBV North Africa III | Plus grande centrale solaire avec stockage par batterie d’Afrique ; Soutien à 500+ PME |
| Mauritanie | Économie bleue | Développement durable des ressources marines | Création d’emplois côtiers ; Préservation écologique |
| Nigeria | Non spécifié (prioritaire) | Non détaillé | Part de 3,1 milliards d’euros (pays top 5) |
| Malawi | Non spécifié (prioritaire) | Non détaillé | Part de 3,1 milliards d’euros (pays top 5) |
| Cameroun | Énergie | Électrification rurale | 1,6 million de bénéficiaires |
| Côte d’Ivoire | Agriculture (cacao) | Renforcement des chaînes de valeur ; Soutien aux PME | Inclusion des femmes/jeunes ; Stabilisation économique |
| Angola | Santé publique | Campagne nationale de vaccination (cancer du col de l’utérus) | 2 millions de filles vaccinées |
| Rwanda | Santé/Innovation | Production de vaccins ARNm (BioNTech) | Autonomie pharmaceutique continentale |
Source: BEI.
Autres dynamiques régionales notables: la répartition des investissements BEI en 2025 révèle une approche sur plusieurs dimensions ciblant des défis spécifiques par région, avec la santé publique émergeant comme priorité transversale. En Mauritanie et au Cap-Vert, classés parmi les principaux bénéficiaires, le développement de l’économie bleue constitue un axe structurant, mobilisant des financements pour des infrastructures et une gestion durable des ressources marines. Un secteur stratégique qui combine croissance économique inclusive et préservation écologique, générant des emplois locaux dans des régions côtières vulnérables.
En Afrique de l’Ouest, notamment en Côte d’Ivoire, Sierra Leone et Guinée, l’intervention de la BEI s’est concentré sur le renforcement des chaînes de valeur agricoles, avec un accent particulier sur la filière cacao. Ce soutien intègre systématiquement un triple objectif: consolidation des PME locales, promotion de l’égalité des genres et création d’opportunités pour la jeunesse. Des investissements qui répondent à un impératif de stabilité socioéconomique dans des zones à forte pression démographique où l’agriculture reste le pilier de subsistance.
Le Cameroun illustre quant à lui l’impact transformateur des infrastructures énergétiques, où l’extension de l’accès à l’électricité dans les communautés rurales bénéficie directement à plus de 1,6 million de personnes. Un projet qui démontre comment l’électrification rurale agit comme catalyseur de développement humain et économique local, réduisant les disparités territoriales.
La santé publique s’affirme comme domaine pionnier à travers trois initiatives majeures. L’accord de garantie avec MedAccess, opéré dans le cadre du programme Human Development Accelerator (copiloté par la Commission européenne, la BEI et la Fondation Gates), utilise des instruments financiers innovants pour faciliter l’accès aux fournitures médicales essentielles à l’échelle continentale.
En parallèle, le soutien à la production de vaccins ARNm au Rwanda avec BioNTech, complété par le renforcement des capacités de fabrication locale au Sénégal et au Ghana, positionne ces pays en leaders de l’autonomie pharmaceutique africaine, enjeu critique de souveraineté sanitaire.
En Angola, le financement de la première campagne nationale de vaccination contre le cancer du col de l’utérus, ciblant 2 millions de jeunes filles, matérialise l’engagement en faveur de la santé préventive des femmes, avec un potentiel de réduction significative de la mortalité à long terme.
C’est le lieu de souligner que la BEI a placé le soutien au secteur privé et à l’innovation entrepreneuriale au cœur de sa stratégie africaine en 2025, déployant des instruments financiers sophistiqués pour adresser le déficit historique de financement des startups. Cette approche s’incarne notamment à travers le Africa Venture Finance Programme, hébergé à l’Université d’Oxford, qui a formé et outillé plus de 40 gestionnaires de fonds venture capital africains en 2025.
Un programme structurant qui agit comme un multiplicateur d’impact: en renforçant les compétences locales de gestion d’investissements à risque, il accélère le déploiement de capitaux vers les entreprises innovantes, avec une attention particulière portée aux projets portés par les jeunes et les femmes entrepreneures.
En parallèle, EIB Global a engagé plus de 350 millions d’euros dans des fonds d’investissement panafricains, notamment ceux pilotés par Amethis et Ardian, ciblant spécifiquement le financement de PME à fort potentiel et de projets émergents. Des mécanismes qui comblent un vide critique dans le cycle de financement
– le “fossé des séries A” – qui freinait jusqu’alors la maturation des startups africaines prometteuses. En agissant comme investisseur d’ancrage, la BEI démultiplie l’effet de levier en attirant des capitaux privés internationaux vers des écosystèmes entrepreneuriaux dynamiques mais sous-capitalisés, transformant ainsi l’innovation locale en moteur de croissance inclusive et de création d’emplois durables.
La présidente du Groupe BEI, Nadia Calviño, souligne la philosophie d’action: «en 2025, la BEI a intensifié son soutien aux partenariats gagnant-gagnant en Afrique, fondés sur le respect mutuel. En tant que bras financier de l’Union européenne, détenu par ses 27 États membres, nous faisons la différence là où cela compte le plus: dans des projets à fort impact que les populations peuvent ressentir concrètement et sur lesquels les communautés à travers l’Afrique peuvent compter».
Cet engagement s’inscrit dans le succès d’EIB Global, qui a atteint son objectif de mobilisation de 100 milliards d’euros (dont 20 milliards pour Global Gateway en 2025) bien avant l’échéance de 2027.
Ainsi, comme l’on peut le constater, il est à noter le rôle pivot de la BEI, via EIB Global et des instruments comme la base de données GEMs (co-pilotée avec la Banque Mondiale), non seulement comme financeur mais aussi comme catalyseur de connaissances et de capitaux privés pour le développement durable de l’Afrique.





