Carburants: comment Aliko Dangote transforme sa raffinerie pour en faire «la plus grande au monde»

Aliko Dangote: l'homme le plus riche d'Afrique (152e mondial) avec une fortune estimée à 13,2 milliards de dollars.

Le 29/01/2026 à 16h24

Aliko Dangote a signé les premiers contrats pour faire de sa méga raffinerie installée au Nigeria la plus grande du monde avec une capacité de 1,4 million de barils de pétrole traités par jour. Si le coût de cette extension n’a pas été dévoilé, on en sait un peu plus sur les leviers qui seront actionnés pour financer cette opération.

A peine deux ans après l’entrée en service de la plus grande raffinerie d’Afrique, Dangote Refinery, Aliko Dangote a commencé à concrétiser le doublement de la capacité de sa méga raffinerie pour en faire la plus grande au monde, toutes catégories confondues.

Désormais, l’homme le plus riche d’Afrique avec une fortune estimée à plus de 30 milliards de dollars, est décidé à détrôner le complexe de Jamnagar de Reliance Industries, situé dans le Gujarat, en Inde, actuellement la plus grande raffinerie du monde avec une capacité de traitement de 1,2 million de barils par jour.

Pour matérialiser cette ambition, Dangote a signé les premiers contrats. C’est l’Américain Honeywell qui fournira les technologies et les équipements destinés à accompagner le doublement de la capacité de raffinage du brut. Dangote Refineru a signé un contrat portant sur les solutions développées par Honeywell UOP, la filiale du groupe spécialisée dans les procédés de raffinage. La technologie développée par la firme américaine permet de traiter une gamme plus large de bruts, d’améliorer les rendements et d’augmenter les débits.

Quant à l’Indien Engineers India Ltd (EIL), spécialiste de l’ingénierie et le management des grands projets énergétiques, il a bénéficié d’un contrat de 350 millions de dollars pour prendre en charge la supervision et la gestion des activités d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction de la seconde phase de développement du complexe.

En choisissant des partenaires réputés, Dangote s’appuie sur des partenaires et fournisseurs à même de tenir les délais et éviter les surcoûts et d’atteindre les performances souhaitées.

Cette extension concerne la raffinerie inaugurée en mai 2023 avec une capacité de traitement de 650.000 barils de pétrole brut par jour et qui est actuellement la plus grande raffinerie à train unique au monde.

Une fois l’extension réalisée, la raffinerie Dangote sera dotée d’une capacité de traitement de 1,4 million de barils. Outre l’augmentation de la production de produits pétroliers raffinés, l’extension de Dangote Refinery compte aussi un volet pétrochimique visant à accroître la production de polypropylène, second plastique le plus utilisé au monde après le polyéthylène, et représentant plus d’un cinquième de la production mondiale de plastiques.

Le polypropylène est utilisé dans l’emballage (bouteilles, ports de yaourt, films alimentaires…), l’automobile (pare-chocs, pièces intérieures, réservoirs…), les biens de consommation (mobilier de jardin, jouets, tapis, appareils électroménagers…), les articles médicaux (seringues, flacons,…).

Suite à cette extension, qui se matérialisera par la rénovation de l’existant et l’installation d’équipements supplémentaires, la capacité de production de polypropylène va passer de 830.000 à 2,4 millions de tonnes par an. Un accord a été signé en ce sens avec l’Américain Honeywell.

Reste à savoir comment Aliko Dangote compte approvisionner sa raffinerie de manière continue. Implantée sur un site de 2.500 hectares dans la zone franche de Lekki dans l’État de Lagos, elle est alimenté en brut par la plus grande infrastructure d’oléoducs sous-marins du monde (1.100 km de long).

Rappelons que Dangote a conclu un accord d’achat de pétrole avec la Nigerian national petroleum company (NNPC) qui n’a pas honoré ses livraisons. Du coup, la raffinerie est contrainte d’importer du pétrole brut de pays comme les États-Unis et ceux du Moyen-Orient.

Malgré le problème de l’approvisionnement local en brut, sachant que le Nigeria est le premier producteur de brut en Afrique avec plus de 1,5 million de barils de pétrole par jour, la raffinerie de Dangote reste compétitive face aux raffineries vieillissantes d’Europe, d’où sa capacité à exporter de l’essence vers des pays comme les États-Unis.

Outre le problème d’approvisionnement en brut, il y a aussi la contrainte du financement. En effet, le coût global de ces investissements d’extension n’a pas été dévoilé. Pour rappel, il a fallu environ 20 milliards de dollars pour construire la raffinerie existante d’une capacité de 650.000 barils par jour.

Cependant, quelques informations sont disponibles sur le mode de financement. D’abord, il y a des financements internes représentés par le cash dégagé par l’entreprise auquel s’ajoutera des ressources financières propres.

Toutefois, l’essentiel des financements devrait provenir de deux sources. En premier lieu, la levée de fonds annoncée il y a quelques mois et qui se traduira par l’introduction en bourse de 5 à 10% du capital de Dangote Refinery sur les places de Lagos et de Londres. Cette opération devrait générer d’importantes ressources qui permettront de couvrir une partie non négligeable du coût d’investissement.

Ensuite, il y a les partenariats annoncés avec des investisseurs étrangers, notamment du Moyen-Orient, qui disposent d’importantes ressources et qui sont à la recherche de placements sûrs et rentables en Afrique.

Cette forte augmentation des capacités de production de la raffinerie de Dangote s’explique par plusieurs facteurs. Cette hausse de la production va permettre de couvrir les énormes besoins intérieurs du Nigeria en carburant. Grâce à cette nouvelle capacité, la raffinerie permettra d’assurer l’approvisionnement du Nigeria en différents types de carburants, réduire les importations de produits pétroliers dont la facture devrait avoisiner les 9 milliards de dollars en 2025 (environ 6,7 milliards de dollars de janvier à septembre 2025), et éviter ainsi d’importantes sorties de devises. En effet, après l’extension, la raffinerie couvrira l’intégralité des besoins en carburant du Nigeria tout en assurant des exportations vers d’autres pays, surtout avec les nouveaux carburants plus respectueux de l’environnement.

Ensuite, cette augmentation des capacités permet aussi d’augmenter l’exportation de carburants et de produits pétrochimiques vers les pays de la région et au-delà. Cela permet d’améliorer la rentabilité de la raffinerie et d’engranger d’importantes devises nécessaires à l’amélioration des réserves de change du pays.

Par ailleurs, cette augmentation des capacités permet de réaliser d’importantes économies d’échelle et donc d’améliorer la rentabilité de la méga raffinerie. En outre, en améliorant les marges de raffinage grâce aux économies d’échelle, la raffinerie va contribuer à la stabilité, voire la baisse, des prix des carburants au Nigeria et dans les pays voisins.

Enfin, cette extension vise aussi à produire des carburants répondant aux normes Euro VI qui réduisent les émissions de polluants atmosphériques par les moteurs diesel et essence, ce qui permettra d’exporter des produits pétroliers raffinés vers les pays européens plutôt exigeants sur les normes environnementales.

Par Moussa Diop
Le 29/01/2026 à 16h24