Contraints de raffiner le lithium au Zimbabwe, les miniers chinois construisent des usines

Mine de lithium Arcadia au Zimbabwe, exploitée par Zhejiang Huayou Cobalt.

Le 26/02/2026 à 11h15

Des sociétés minières chinoises s’activent au Zimbabwe pour construire des usines de raffinage de lithium, afin de se conformer à une interdiction d’exporter le minerai de ce compostant clé pour la fabrication de batteries de véhicules électriques.

En imposant le raffinage du lithium sur son sol, le Zimbabwe entend augmenter la valeur ajoutée du minerai et ce faisant, accroître ses revenus fiscaux tout en créant des emplois.

Une approche désormais partagée par de nombreux pays du continent, qui lors du dernier grand rendez-vous du secteur, le Mining Indaba au Cap en février, ont chacun leur tour affiché leur volonté de tirer plus de recettes de leurs vastes ressources minérales, essentielles à la transition énergétique.

Le Zimbabwe est le premier producteur de lithium en Afrique et dispose de réserves parmi les plus importantes au monde, selon l’Institut d’études géologiques des Etats-Unis (USGS).

La demande mondiale de lithium ne cesse de croître, tirée par la croissance du secteur des véhicules électriques en Chine et en Europe et plus généralement par la hausse de la demande pour les batteries électriques.

En juin 2025, Harare a décidé d’interdire à compter de janvier 2027 les exportations de concentré de lithium, après une première interdiction d’exporter le minerai brut en 2022.

Depuis, les grands acteurs du secteur s’organisent.

La société Prospect Lithium Zimbabwe, détenue par le chinois Zhejiang Huayou Cobalt, a investi 400 millions de dollars (340 millions d’euros) pour construire une usine de raffinage qui devrait être opérationnelle dans les prochaines semaines, a indiqué sa responsable de la communication, Patience Chizodza, à la télévision publique ZBC.

Selon elle, il s’agira de la première unité de production en Afrique de sulfate de lithium - un solide cristallin issu d’un raffinage du concentré - qui sera mélangé à d’autre matériaux pour la fabrication de batteries. Le site devrait à terme en produire 50.000 tonnes par an.

La société Mutapa Energy Minerals, contrôlée par l’Etat zimbabwéen, débutera dans les prochains mois les travaux d’une usine similaire, a annoncé début février à la presse son directeur exécutif Innocent Rukweza.

«Nous estimons que d’ici le milieu de l’année, vers le mois de juin au plus tard, la construction de cette usine de transformation de concentrés sera lancée», a-t-il déclaré.

Cette installation, d’un coût de 270 millions de dollars financés par des capitaux chinois, devrait être en mesure de traiter 600.000 tonnes de minerai brut par an.

«Trop peu, trop tard»

La plus grande mine de lithium du Zimbabwe, Bikita Minerals, propriété du chinois Sinomine Resources Group, mène des études de faisabilité pour la construction à partir de décembre d’une usine de production de sulfate de lithium, selon son porte-parole Tinomuda Chakanyuka.

«Le projet, que nous développerons en plusieurs phases, représente un investissement évalué à environ 500 millions de dollars», a-t-il précisé à l’AFP.

«Une fois opérationnelle, l’installation renforcera considérablement les capacités locales de valorisation et contribuera aux objectifs plus larges du Zimbabwe en matière d’industrialisation et de diversification des exportations», a-t-il ajouté.

Mercredi, le ministère des Mines a décrété l’interdiction avec effet immédiat et jusqu’à nouvel ordre de l’exportation de tous les minerais bruts mais aussi de concentrés de lithium, 10 mois avant l’échéance initiale. On ignorait les potentielles conséquences de cette mesure sur les projets de raffinage en cours.

La consommation mondiale de sulfate de lithium a augmenté de 20% en 2025 par rapport à 2024, selon l’USGS et l’exploitation du lithium a généré plus de 570 millions de dollars de revenus pour le gouvernement en 2025, selon l’Autorité de commercialisation des minerais du Zimbabwe.

Mais pour Farai Maguwu, directeur du Centre pour la gouvernance des ressources naturelles à Harare, un groupe de recherche et de défense des communautés affectées par les activités minières, «le gouvernement fait trop peu, trop tard».

Selon lui, Harare devrait s’attacher à construire son propre « écosystème de la mine au consommateur » en fabriquant sur place des produits finis à base de lithium.

L’économiste Godfrey Kanyenze estime pour sa part que le contrôle de l’Etat sur les mines de lithium détenues par des capitaux chinois est limité, rendant difficile une évaluation précise des tonnages exportés.

Le secteur, assure-t-il, est régulièrement accusé de souiller l’environnement et de sous-payer ses employés locaux.

Selon lui, le «Zimbabwe doit apprendre d’autres pays comme la Norvège, le Botswana ou le Koweït qui ont su protéger leurs ressources naturelles grâce à des politiques solides, cohérentes et dotées d’une vision stratégique».

Par le360
Le 26/02/2026 à 11h15