Industrie pharmaceutique: voici les 6 groupes nord-africains et les 4 subsahariens qui dominent le Top 10 africain en 2026

Le Top 10 de l'exercice 2026 montre une Afrique pharmaceutique qui ne se contente plus d’importer.

Le 28/09/2026 à 15h51

De l’importation à la production locale...le Top 10 de 2026 établi par The African Exponent montre que les géants pharmaceutiques africains étendent leurs capacités.

Le classement publié le 19 septembre 2026 par The African Exponent raconte une bascule. Pendant des décennies, l’Afrique a importé 80 à 90% de ses besoins pharmaceutiques. Aujourd’hui, sous l’effet des vulnérabilités de chaînes d’approvisionnement post-pandémie, du cadre de la ZLECAf et des incitations à la production locale, les géants pharmaceutiques africains étendent leurs capacités domestiques à un rythme sans précédent.

Mais ce Top 10 n’est pas une photographie uniforme. Il dessine une Afrique pharmaceutique à plusieurs vitesses, où l’Afrique du Nord et l’Afrique du Sud concentrent l’essentiel de la puissance industrielle et financière.

Sur les dix groupes retenus, six sont nord-africains: trois Égyptiens, deux Algériens et un Marocain. Deux sont sud-africains. Un est nigérian. Un est kényan.

Autrement dit, l’Égypte, l’Algérie, le Maroc et l’Afrique du Sud occupent presque tout l’espace.

Le Top 10 pharmaceutique africain 2026

RangGroupeSiègeDomaines clésRevenus annuels estimés
1Aspen Pharmacare HoldingsDurban, Afrique du SudInjectables, anesthésiques, antirétroviraux, vaccins, génériques complexes~2,2–2,5 Md USD
2Pharco CorporationAlexandrie, ÉgypteHépatologie (hépatite C), anti-infectieux, cardiologie, génériques de masse~600–700 M USD
3EVA PharmaGizeh, ÉgypteOncologie, vaccins, immunosuppresseurs, diabète, neurosciences~500–550 M USD
4Adcock Ingram HoldingsMidrand, Afrique du SudSoins critiques, produits hospitaliers, OTC, génériques~480–530 M USD
5EIPICO10th of Ramadan City, ÉgypteNon précisé dans le texte~350–400 M USD
6Saidal GroupAlger, AlgérieGénériques essentiels, insuline, vaccins, cardiovasculaire~320–360 M USD
7Biopharm SPAAlger, AlgérieCardiovasculaire, santé métabolique, génériques, fabrication pour compte de tiers~300–350 M USD
8LaprophanCasablanca, MarocGastro-intestinal, anti-inflammatoire, SNC, OTC~200–250 M USD
9Universal Corporation Limited (UCL)Kikuyu, KenyaAntirétroviraux, antipaludéens, antibiotiques, génériques essentiels~110–140 M USD
10Emzor Pharmaceutical IndustriesLagos, NigeriaAnalgésiques, antipaludéens, formulations pédiatriques, API~100–130 M USD

Source: The African Exponent.

Le Nigeria et le Kenya sauvent la présence de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique de l’Est, mais avec des revenus estimés bien inférieurs: 100 à 130 millions de dollars pour Emzor, 110 à 140 millions pour Universal Corporation Limited (UCL). À l’autre bout, Aspen Pharmacare, numéro un incontesté, affiche 2,2 à 2,5 milliards de dollars de revenus estimés. L’écart est vertigineux.

L’Égypte, colonne vertébrale du classement africain

Trois groupes égyptiens figurent dans le Top 10: Pharco Corporation (2e), EVA Pharma (3e) et EIPICO (5e). Leur poids cumulé en dit long sur la profondeur du marché égyptien. Le pays compte environ 180 usines pharmaceutiques, 799 lignes de production, 1.200 sociétés commerciales et 21 firmes multinationales. Il couvre près de 90% de ses besoins pharmaceutiques en volume et 75% en valeur.

En avril 2025, les ventes du marché égyptien ont atteint 452 millions de dollars, en hausse de 60,9% sur un an. Sur douze mois, de mai 2024 à avril 2025, elles ont totalisé 4,982 milliards de dollars, en croissance de 49%.

EIPICO incarne cette puissance exportatrice. En 2025, son chiffre d’affaires a atteint environ 191,7 millions de dollars (9,441 milliards de livres égyptiennes - EGP), en hausse de 28,1%. Son résultat net consolidé après impôt s’est élevé à 29,6 millions de dollars (1,458 milliard EGP), en progression de 33%. Ses exportations ont représenté 60,2 millions de dollars (2,967 milliards EGP), soit 26% des exportations pharmaceutiques égyptiennes, avec une présence dans 67 pays.

L’usine EIPICO 3 a obtenu ses licences d’exploitation et a lancé son premier produit biologique, ADALIMAB. Elle est présentée comme la première usine en Égypte et au Moyen-Orient à produire des biologiques et biosimilaires «de la cellule au produit fini».

Pharco, deuxième du classement, a investi environ 23,35 millions de dollars (1,15 milliard EGP) en 2025, dont 13,20 millions de dollars pour la modernisation des usines et 10,15 millions de dollars pour une nouvelle ligne de collyres destinée à l’export. Sur les quatre premiers mois de 2025, le groupe a réalisé 83,5 millions de dollars de ventes, en croissance de 80,7%, avec une part de marché de 4,7%.

En avril 2025 seul, ses ventes ont atteint 23,7 millions de dollars, en hausse de 85,3%, pour 5,2% du marché national. Sur l’exercice glissant mai 2024-avril 2025, Pharco a enregistré 244 millions de dollars de ventes, en hausse de 58,8%.

Chiffres clés 2025

GroupePériodeChiffre d’affairesRésultat netAutres indicateurs
Biopharm SPA2025624 M USD (84,2 Md DZD), –1,5 %70 M USD (part Groupe)VA 135 M USD (–3,7 %) ; résultat opérationnel 84 M USD (stable) ; BPA 2,73 USD ; bilan 799 M USD (+11 %) ; capitaux propres 60 % ; dividende 1,26 USD/action (32 M USD)
Saidal Group2025326 M USD (44,04 Md DZD), +98,43 %+263,2%Production 144 334 milliers UV (+9,70 %) ; VA +88,05 % ; EBE +358,48 % ; résultat opérationnel +243,27 % ; 2024 : CA 164 M USD (+21,53 %)
EIPICO2025191,7 M USD (9,441 Md EGP), +28,1 %29,6 M USD (1,458 Md EGP), +33 %Exportations 60,2 M USD (2,967 Md EGP), 26 % des exportations pharma égyptiennes, 67 pays ; EIPICO 3, ADALIMAB
Aspen PharmacareS1 clos 31/12/20251,293 Md USD (21 085 M ZAR)EPS 20,3 cents ; HEPS normalisé 35,3 centsEBITDA normalisé 310 M USD (–12 %) ; marge brute 588 M USD (–7 %) ; résultat opérationnel 166 M USD (–28 %) ; cession APAC 1,55–1,6 Md USD ; litige mRNA 25 M EUR
Adcock IngramExercice clos 30/06/2025599 M USD (9,76 Md ZAR), +1 %Trading profit 73 M USD (–4 %)HEPS 625,6 cents (+1,5 %) ; dividende 280 cents/action ; S1 clos 31/12/2024 : CA 289 M USD (–1 %), HEPS 16,3 cents (–9 %)
Emzor9M 202538,6 M USD (51,3 Md NGN), +34 % annualiséRetour à la profitabilité netteMarge EBITDA 20,7 % (vs 18,8 % en 2024) ; résultat d’exploitation 7,1 M USD (vs 5,9 M USD en 2024) ; dette brute 33,3 M USD fin 2024 ; échéance 10,3 M USD le 26/01/2026
PharcoJan-avr 202583,5 M USD (+80,7 %)Non préciséPart de marché 4,7 % ; avril 2025 : 23,7 M USD (+85,3 %), 5,2 % PdM ; 12 mois mai 2024–avr 2025 : 244 M USD (+58,8 %) ; investissements 23,35 M USD
EVA Pharma2025500 M – 1 Md USD (est. 518–519 M USD)Non préciséPlus d’un million de packs/jour ; 1 000–5 000 employés ; alliances Gilead, BeiGene, Eli Lilly ; transfert technologie 49 pays africains 2026
UCL2025110–140 M USD Non disponible23+ pays ; 100+ formulations; 500+ collaborateurs
Laprophan2025–2026200–250 M USD (estimations)Non précisé1.400 collaborateurs; 1 000+ références; 50+ pays ; 5 brevets internationaux ; acquisition Rivopharm ; sémaglutide Ozempic

Source: Presse.

EVA Pharma, troisième, reste plus opaque. Aucun rapport annuel 2025 audité n’est accessible. Les estimations situent son chiffre d’affaires entre 500 millions et 1 milliard de dollars, avec des pointes autour de 518-519 millions.

L’entreprise dit produire plus d’un million de packs par jour et emploierait entre 1 000 et 5 000 personnes. Elle a renforcé ses alliances avec Gilead, BeiGene et Eli Lilly dans le cadre de l’initiative «30x30» sur l’insuline. Un accord de transfert de technologie doit soutenir sa fabrication et sa distribution dans 49 pays africains à partir de 2026.

L’Algérie: Biopharm résiste, Saidal double

L’Algérie place deux groupes: Biopharm SPA (7e) et Saidal Group (6e). Biopharm affiche des comptes consolidés 2025 solides mais en légère contraction: environ 624 millions de dollars (84,2 milliards de dinars algériens - DZD) de chiffre d’affaires, contre 633 millions de dollars en 2024, soit -1,5%. La valeur ajoutée recule de 3,7%, à 135 millions de dollars. Le résultat opérationnel reste stable à 84 millions de dollars.

Le résultat net consolidé part du Groupe s’établit à 70 millions de dollars, pour un bénéfice net par action de 2,73 dollars. Le bilan consolidé atteint 799 millions de dollars, en hausse de 11%, avec des capitaux propres représentant 60% du total. L’AGO a approuvé un dividende de 1,26 dollar par action, soit 32 millions de dollars, payable au plus tard le 30 septembre 2026.

Saidal, lui, change de dimension. Son chiffre d’affaires 2025 atteint environ 326 millions de dollars (44,04 milliards DZD), en hausse de 98,43% par rapport à 2024. La production progresse de 9,70%, à 144 334 milliers d’unités de vente. La valeur ajoutée bondit de 88,05%, l’EBE de 358,48%, le résultat opérationnel de 243,27% et le résultat net de 263,23%.

Le groupe qualifie ces résultats d’«exceptionnels» et d’«historiques». En 2024, Saidal avait déjà réalisé 164 millions de dollars de chiffre d’affaires, en hausse de 21,53%. L’exercice 2025 marque donc une accélération, portée par des investissements industriels, la mise à niveau des sites et l’acquisition d’équipements.

L’Afrique du Sud: Aspen et Adcock, deux modèles opposés

Aspen Pharmacare, numéro un africain, reste un cas à part. Pour les six mois clos le 31 décembre 2025, son chiffre d’affaires recule de 4% à taux constants, à 1,293 milliards de dollars (21.085 millions rands sud-africains - ZAR). La marge brute baisse de 7%, à 588 millions de dollars. Le résultat opérationnel chute de 28%, à 166 millions de dollars. L’EBITDA normalisé recule de 12%, à 310 millions de dollars. Le HEPS normalisé baisse de 18%, à 35,3 cents USD, et l’EPS de 35%, à 20,3 cents.

Mais cette photographie cache deux dynamiques. Le pôle Commercial Pharmaceuticals croît: 1 017 millions de dollars de chiffre d’affaires, +3% en nominal et +4% à taux constants. Son EBITDA normalisé progresse de 6% en nominal et de 11% à taux constants, avec une marge de 29,2%.

Le pôle Manufacturing, lui, s’effondre: 276 millions de dollars de chiffre d’affaires, -23% en nominal et -26% à taux constants. Son EBITDA normalisé chute de 84%, à 13 millions de dollars, et sa marge tombe à 4,6 %, contre 21,6% un an plus tôt. La fin du contrat mRNA et les restructurations des sites stériles en Afrique du Sud et en France pèsent lourdement. Aspen a néanmoins perçu 25 millions EUR dans le règlement du litige mRNA et prépare la cession d’Aspen APAC pour 1 550 à 1 600 millions de dollars.

Adcock Ingram, quatrième, illustre une autre temporalité. Son exercice fiscal se clôt au 30 juin. Les derniers résultats audités, juillet 2024-juin 2025, affichent environ 599 millions de dollars (9,76 milliards ZAR) de chiffre d’affaires, +1%, un trading profit de 73 millions de dollars, -4%, et un HEPS de 625,6 cents, +1,5%. Le dividende total atteint 280 cents par action.

Pour les six mois clos au 31 décembre 2024, le chiffre d’affaires était de 289 millions de dollars, -1%, et le HEPS de 16,3 cents USD, -9%. Au 26 septembre 2026, aucun résultat intermédiaire au 31 décembre 2025 n’a été publié. Natco Pharma a acquis 35,75% du capital en novembre 2025 et un processus de rachat total et de désinscription de la Johannesburg Stock Exchange est en cours.

Le Maroc: Laprophan, un groupe en pleine mutation

Laprophan est 8e du classement, avec 200 à 250 millions de dollars de revenus estimés. C’est le seul groupe marocain du Top 10. Sa trajectoire est documentée. En juin 2026, Farid Bennis consolide son contrôle après le rachat des parts des autres héritiers du fondateur. Le groupe finalise l’acquisition d’une participation majoritaire dans Rivopharm, en Suisse, sa première acquisition européenne.

Il emploie 1 400 collaborateurs, commercialise plus de 1 000 références dans plus de 50 pays, dispose de 55 000 m² de capacités industrielles et a enregistré 5 brevets internationaux déployés dans plus de 100 pays. En novembre 2025, Laprophan et Novo Nordisk lancent au Maroc le sémaglutide, Ozempic.

Dans l’édition août/septembre 2026 Forbes Africa, Reda Bennis, Executive Vice-President du Groupe, incarne cette transition. L’article «Building the System Behind Institutional Growth» raconte comment un héritage de plus de 75 ans devient une plateforme de santé structurée, technologique et internationale.

Reda Bennis insiste sur les systèmes, la gouvernance, l’allocation du capital et l’exécution. Il cite: «les institutions les plus solides se construisent en deux temps: d’abord à travers l’histoire, puis à travers les systèmes.»

Il pousse Laprophan vers un modèle plus data-driven, où l’intelligence artificielle sert le forecasting, la demande, les achats, la planification, les stocks et la consolidation d’information. Il est aussi cofondateur d’Octa8, président de la Commission for AI in Morocco pour l’ICC et Managing Partner de Laxmi Holdings.

Répartition régionale et dynamiques

RégionPaysGroupes présentsDynamique principale
Afrique du NordÉgypte, Algérie, MarocPharco, EVA Pharma, EIPICO, Biopharm, Saidal, LaprophanSix des dix groupes du Top 10 ; puissance industrielle et financière
Afrique australeAfrique du SudAspen Pharmacare, Adcock IngramAspen n°1 incontesté ; Adcock en processus de désinscription de la JSE
Afrique de l’OuestNigeriaEmzorCroissance, dette lourde, projet d’usine anti-paludéenne ralenti
Afrique de l’EstKenyaUCLPréqualification OMS, 23+ pays, partenariats institutionnels

Source: Presse;

Nigeria et Kenya: promesse et contraintes

Emzor, 10e, reste le symbole de l’Afrique de l’Ouest. Sur les neuf premiers mois de 2025, son chiffre d’affaires atteint environ 38,6 millions de dollars (51,3 milliards naira nigérians - NGN), avec une croissance annualisée de 34%. Sa marge d’EBITDA monte à 20,7%, contre 18,8% en 2024. Le résultat d’exploitation atteint 7,1 millions de dollars, contre 5,9 millions de dollars sur l’ensemble de 2024.

Le groupe revient à la profitabilité nette après trois années de pertes. Mais sa dette brute atteint 33,3 millions de dollars fin 2024 et une échéance obligataire de 10,3 millions de dollars arrive le 26 janvier 2026. Son projet d’usine anti-paludéenne a été ralenti par des contraintes de financement et réglementaires.

Universal Corporation Limited (UCL), 9e, est le hub est-africain. Préqualifié par l’OMS, il est présent dans plus de 23 pays et quelques marchés hors Afrique. Il revendique plus de 4.100 médecins engagés, plus de 5.500 pharmacies servies, plus de 100 formulations et plus de 500 collaborateurs. Ses partenariats avec l’UNICEF, le Fonds mondial et l’USAID sécurisent des médicaments essentiels. Mais aucun état financier consolidé au 31 décembre 2025 n’est disponible.

Ainsi, le Top 10 2026 montre une Afrique pharmaceutique qui ne se contente plus d’importer. Il montre aussi une dépendance persistante aux matières premières importées, des contraintes réglementaires, des changes volatils, des dettes lourdes et des systèmes financiers inégaux.

L’Égypte, l’Algérie, le Maroc et l’Afrique du Sud tirent le continent. Le Nigeria et le Kenya résistent avec des modèles plus fragiles. La prochaine bataille ne se jouera pas seulement sur les volumes ou les revenus. Elle se jouera sur les systèmes, la gouvernance, la data et la capacité à exécuter.

Par Modeste Kouamé
Le 28/09/2026 à 15h51