Les banques françaises quittent l’Afrique, une aubaine pour les acteurs panafricains

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Le 08/12/2023 à 16h51

Les banques françaises sont bien déterminées à quitter l’Afrique et rien ne semble pouvoir les convaincre de rester. Au même moment, les acteurs panafricains comptent bien profiter du vide laissé par les institutions tricolores.

Le grand déménagement des banques françaises d’Afrique se poursuit. Société générale a annoncé jeudi 7 décembre la signature d’accords en vue de la cession de deux filiales en Afrique au groupe Vista. Il s’agit de Société générale Burkina Faso et Banco Société Générale Mozambique, actuellement détenues respectivement à 52,6%, et 65% par le géant tricolore.

«Selon les engagements pris, le Groupe Vista reprendrait la totalité des activités opérées par ces filiales, ainsi que l’intégralité des portefeuilles clients et l’ensemble des collaborateurs de ces entités», a souligné le groupe bancaire dans un communiqué de presse avant de préciser que la réalisation de chacune de ces opérations, qui pourrait intervenir en 2024, est soumise à l’approbation des instances de gouvernance des entités ainsi qu’à la validation des autorités financières et réglementaires compétentes.

Si l’annonce de la Société générale, dernière banque française à conserver une présence importante sur le continent, a pris les milieux financiers de court, elle n’a, en réalité, rien de surprenant. A l’été dernier, l’établissement annonçait la cession de ses filiales au Congo, en Guinée équatoriale, en Mauritanie et au Tchad.

Grand mouvement de départs

Un retrait qui s’inscrit dans le grand mouvement de départs des banques de l’Hexagone en Afrique. Pour le secteur bancaire français, l’ère où le marché africain paraissait émergeant ou vierge est révolue.

L’alerte a été donnée par Crédit agricole, qui dès le milieu des années 2000, a surpris tout le monde en se séparant de ses filiales ouest africaines. Quelques années plus tard, entre 2019 et 2020, PNB Paris Bas entreprend à son tour un désengagement progressif de l’Afrique.

La banque a d’abord vendu ses 47% de sa banque gabonaise avant de céder ses participations au Sénégal et en Côte d’Ivoire.

Outre ces géants, s’ajoute aussi le Groupe banque populaire et caisse d’épargne (BPCE) qui a suivi la tendance.

L’onde de choc parviendra jusqu’aux banques anglaises qui elles aussi réduisent leur voilure. A l’été dernier, la banque britannique Standard Chartered annonçait la cession de cinq de ses filiales africaines au groupe nigérian Access Bank. Comme nous le disions précédemment, l’établissement londonien suivait les pas de son homologue Barclays, qui a définitivement quitté le continent depuis septembre 2022.

Que ce soit pour les banques françaises ou anglaises, ces opérations s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie de désengagement d’Afrique et de recentrage sur les marchés plus porteurs.

Tant mieux

En Afrique, disent les analystes les plus pessimistes, le niveau de créances douteuses et le coût du risque demeurent problématiques pour les banques occidentales.

Société générale, à l’image de ses concurrentes, reste peu loquace sur les raisons de la cession de ses filiales mais « (...)entend concentrer ses ressources sur les marchés où il peut se positionner parmi les banques de tout premier plan(...)».

Celle-ci garde cependant une présence importante sur le continent, en particulier au Maroc où le groupe était déjà présent en 1913, et en côte d’Ivoire où il est la première banque du pays.

Une présence face à la montée en puissance des acteurs panafricains, à l’image de l’Américano-Burkinabé Simon Tiemtoré. L’ambitieuse figure montante de la finance africaine et patron de Vista veut s’appuyer sur sa solide expérience au sein de la banque d’investissement de Morgan Stanley pour faire de son groupe un empire en Afrique.

Par Khadim Mbaye
Le 08/12/2023 à 16h51