Minerais critiques: l’américain KoBold explore en RDC avec l’IA

L’Afrique reste au centre de la recomposition industrielle mondiale des minerais critiques.

Le 24/09/2026 à 08h51

Les géologues s’enfoncent dans la brousse guidés par une carte interactive générée par l’IA: en RDC, l’américain KoBold Metals est entré dans la course mondiale aux minerais critiques, avec une armée pointue d’«explorateurs», pilotés par l’intelligence artificielle.

Dans leur équipement, GPS haute précision et tablettes connectées à une IA qui, à des milliers de kilomètres dans les serveurs de l’entreprise californienne, tourne en temps réel.

L’arrivée en République démocratique du Congo (RDC) de la jeune entreprise, créée en 2018 grâce à des investisseurs comme Bill Gates et Jeff Bezos, s’inscrit dans une stratégie américaine visant à s’assurer un approvisionnement en minerais stratégiques et réduire la domination chinoise sur le secteur.

La Chine a massivement investi en RDC depuis les années 2000 et contrôle 70 à 80% du marché congolais du cuivre et du cobalt, le pays d’Afrique centrale étant respectivement 2e et 1er producteur mondial de ces minerais. Mais les sous-sols du vaste territoire de plus de 2,3 millions de km2 sont encore largement inexploités.

«Des conditions idéales pour réaliser d’importantes découvertes», estime KoBold, qui mise sur le lithium, composant essentiel dans la fabrication des voitures électriques et dont la demande mondiale devrait plus que doubler d’ici 2030, selon les projections de l’Agence internationale de l’énergie.

«Nous avons des résultats très encourageants», dit à l’AFP, sans en dévoiler davantage, Benjamin Katabuka, directeur général de KoBold en RDC. La société américaine n’en est encore qu’au stade des recherches et espère entrer en production d’ici à quelques années encore.

La junior du secteur a installé son camp de base à Manono, cité reculée du Katanga (sud-est), ancien nom d’une province aujourd’hui divisée en quatre et assise sur des gisements de minéraux critiques parmi les plus convoités au monde.

«Investissements américains»

KoBold a obtenu 14 permis d’exploration (plus de 3.000 km2) depuis 2025, avant la signature en décembre d’un accord de partenariat stratégique entre Washington et Kinshasa. Cet accord est le pendant économique à un soutien américain pour tenter, sans succès jusqu’ici, de ramener la paix dans l’Est congolais déchiré par des conflits depuis 30 ans.

A ce jour, une seule autre entreprise américaine, Virtus Minerals, a des actifs en RDC.

«Presque un an depuis que l’accord a été signé mais les investissements américains depuis n’ont pas afflué», constate Benjamin Katabuka.

Selon des sources minière et diplomatique, des discussions doivent se tenir pour implémenter les conditions propices à attirer des investissements américains, dans un secteur minier congolais fortement exposé à la corruption et marqué par des scandales financiers ou environnementaux.

KoBold prévoit d’investir plus de 50 millions de dollars en RDC d’ici début 2027. Ses équipes s’activent déjà depuis avril, prélevant en moyenne 2.000 échantillons de sol par semaine.

A quelques dizaines de centimètres de profondeur, les analyses permettent de détecter une «signature géochimique» spécifique à la présence de pegmatite, le minerai du lithium. L’IA de KoBold est ensuite capable à partir de ces données de créer des modèles prédictifs.

«Une fois qu’on a déterminé la présence du lithium, à des points bien spécifiques, ça nous permet de réorganiser les forages», explique Kévin Tambwe, responsable de laboratoire.

Avant même le premier coup de marteau, l’IA a ingéré des masses de données: cartes géologiques historiques, anciens forages remontant parfois à l’époque coloniale ou encore images satellites.

KoBold espère grâce à la technologie concurrencer des mastodontes comme le Chinois Zijin, qui a exporté en juin ses premières tonnes de concentré tiré d’une mine géante jouxtant les permis de l’Américain.

«Laissé des trous»

A Manono, l’arrivée des Américains suscite des attentes mais dans une région où les mines éprouvent les hommes depuis plus d’un siècle, une méfiance persiste.

Au diocèse, le vicaire général Wilson Katende espère que la «concurrence» américaine obligera à améliorer les conditions de travail.

«Aujourd’hui, on ne sent pas qu’on a payé dans la cité», explique-t-il, en faisant allusion aux mineurs payés souvent moins de 200 USD par mois par certaines compagnies minières étrangères.

Dans les rues, l’activité tourne au ralenti. Des motards déposent les travailleurs devant les mines chinoise ou indienne pour quelques dollars. Le taux de pauvreté est de 88% dans la région, selon les statistiques officielles.

La rivière Lukushi, qui traverse le territoire, a été détournée pour servir l’extraction. Les anciens racontent que par le passé, ce sous-affluent du grand fleuve Congo charriait beaucoup de poissons et nourrissait la ville.

Des soldats de l’armée congolaise sont visibles. La présence de maï-maï, des milices locales, a récemment été signalée dans les villages alentours.

Manono a été créée au début du 20e siècle, avec la production d’étain par les colons belges. Mais avec la chute des cours et les années agitées après l’indépendance en 1960, la ville s’est paupérisée.

«Manono manque d’eau potable. Manono n’est pas électrifié», déplore l’administrateur du territoire, Cyprien Kitanga, rencontré par l’AFP. Par le passé, les entreprises minières «sont venues prendre le minerai et elles ont laissé des trous aux enfants de Manono».

La récente découverte de lithium a sorti la ville de sa torpeur. Mais les mineurs dénoncent des conditions de travail inhumaines.

«On veut aller travailler chez les Américains», lance l’un d’entre eux, en tenue de travail et qui ne donne pas son nom.

Le matin-même, des mineurs ont brûlé des pneus, pour protester contre les salaires modiques et des journées sans fin, à l’entrée de la mine exploitée par le Zijin. Interrogée par l’AFP, l’entreprise chinoise a déclaré avoir convenu de «corriger des écarts de salaires» et instaurer «une prime de nuit».

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 24/09/2026 à 08h51