Infrastructures, énergies et IA: ces quatre pays d’Afrique qui intéressent Séoul

Le thème central de la 8e Conférence ministérielle de la KOAFEC était «Exploiter l'intelligence artificielle et l'infrastructure numérique pour accélérer le développement de l'Afrique ».

Le 17/09/2026 à 10h20

Ils sont quatre pays à être nommés, associés à un projet, un plan ou une expérience. La 8e conférence ministérielle du Korea–Africa Economic Cooperation (KOAFEC), du 8 au 11 septembre à Séoul, dessine une géographie de l’opportunité où l’Afrique de l’Est numérique et l’Afrique australe énergétique occupent le devant de la scène.

Le 10 septembre 2026, au Grand Walkerhill Seoul, la deuxième journée de la 8e conférence ministérielle du Korea–Africa Economic Cooperation (KOAFEC), en français Coopération économique Corée–Afrique, a publié un communiqué qui ne dit pas seulement la volonté de la Corée de faire des affaires en Afrique.

Le document dessine une géographie précise des pays qui, aux yeux de Séoul, sont prêts à transformer la coopération intergouvernementale en projets bancables. Quatre noms sortent du lot: Kenya, Tanzanie, Mozambique et Rwanda.

Entendez par KOAFEC, le cadre de dialogue et de coopération économique entre la Corée du Sud et les pays africains, créé en 2006. Il est organisé notamment avec le ministère sud-coréen de l’Économie et des Finances et la Banque africaine de développement.

La 8e conférence ministérielle de la KOAFEC s’est tenue du 8 au 11 septembre 2026 à Séoul autours du thème central: «Exploiter l’intelligence artificielle et l’infrastructure numérique pour accélérer le développement de l’Afrique».

La veille, la table ronde ministérielle avait posé le cadre: une coopération Corée-Afrique centrée sur l’intelligence artificielle et la transformation numérique, formalisée par une déclaration conjointe et un plan d’action KOAFEC 2027/28. La deuxième journée avait une ambition plus opérationnelle, celle de traduire cette coopération en opportunités concrètes pour le secteur privé.

Quatre formats ont été mobilisés: une table ronde d’affaires, un Business Innovation Forum, une séance de promotion des investissements et des rencontres B2B en tête-à-tête.

Les quatre profils africains qui émergent

PaysProjet / secteurActeur coréen cité
KenyaKonza Technopolis ; environnement d’investissementNon précisé
TanzaniePôles IA et numériques à Dar es-Salaam et Dodoma ; mine de graphitePOSCO INTERNATIONAL
MozambiqueRessources naturelles ; LNGKorea Gas Corporation (KOGAS)
RwandaFerroviaireKorea Railroad Corporation (KORAIL)

Source: Ministère coréen de l’Économie et des Finances.

Pour le ministère coréen de l’Économie et des Finances, il ne s’agit plus de discuter, mais d’articuler des instruments financiers et diplomatiques pour que les entreprises coréennes trouvent des débouchés.

Le vice-ministre Huh Chang l’a formulé sans détour: «sur la base des points partagés aujourd’hui, nous allons travailler à les transformer en mesures de soutien concrètes en reliant divers instruments de coopération au développement, notamment le KOAFEC Trust Fund et l’Economic Development Cooperation Fund (EDCF).»

Quatre pays nommés, quatre profils distincts

Dans un communiqué de presse, chaque nom compte. Le document publié par le Bureau des finances du développement- Division des finances du développement du ministère de l’Économie et des finances de la Corée ne se contente pas de citer des pays participants: il les associe à des projets, des plans ou des expériences. C’est là que se dessine une hiérarchie.

Le Kenya est cité pour le plan de développement de Konza Technopolis et son environnement d’investissement. C’est le seul projet de technopole explicitement mentionné. Pour un pays qui cherche à se positionner comme hub numérique régional, cette mention indique que le Kenya a un projet structurant à vendre, et que ce projet est jugé suffisamment mûr pour être présenté à des entreprises coréennes.

La Tanzanie apparaît d’abord pour ses plans de développement de pôles d’intelligence artificielle et numériques à Dar es-Salaam et Dodoma. Elle revient ensuite par le biais de Posco International, qui a partagé son expérience de développement d’une mine de graphite. Double profil donc: numérique et ressources naturelles. La Tanzanie ne se contente pas d’attirer des data centers ; elle montre qu’elle sait aussi faire fonctionner des projets miniers avec des partenaires coréens.

Le Mozambique se distingue par un acte juridique. Le vice-ministre Huh Chang a rencontré la vice-ministre des Finances Amílcar Tivane et signé un protocole d’accord sur la coopération politique et le partage de connaissances dans le secteur des ressources naturelles. C’est le seul MOU explicitement mentionné dans le communiqué.

Le document précise que les deux pays partageront des informations sur les politiques et institutions liées aux ressources naturelles, ainsi que sur l’environnement des affaires, et intégreront les défis des entreprises locales dans le soutien consultatif du KSP. Le Mozambique est aussi cité pour le développement du LNG par Korea Gas Corporation. Un profil énergétique et extractif qui pèse.

Le Rwanda, enfin, apparaît dans une seule phrase, mais elle est significative: Korea Railroad Corporation a exploré une coopération potentielle dans le secteur ferroviaire rwandais avec des responsables gouvernementaux. Le Rwanda n’est donc pas cité pour l’IA ou les data centers, mais pour le transport et les infrastructures. C’est un autre créneau, tout aussi stratégique.

Instruments, acteurs et fonctions

Instrument / acteurFonction Action pratique
KOAFECCadre de dialogue et de coopération économique Corée-Afrique créé en 2006Organisation de la 8e conférence ministérielle
KOAFEC Trust FundInstrument de coopération au développementRelier les besoins exprimés à des mesures de soutien concrètes
EDCFFinancement d’infrastructuresSoutenir les projets d’infrastructure, notamment via le K-AI Package
KSPConseil en politiques publiques et partage d’expertiseIntégrer les défis des entreprises locales dans le soutien consultatif
K-AI PackageCombinaison d’infrastructures financées par l’EDCF, de solutions IA, de data centers et d’alimentation électriqueAider les entreprises coréennes à entrer sur le marché africain de l’IA
Banque africaine de développement (BAD)Présentation du pipeline de projets et des procédures de passation de marchésCanal d’accès aux financements dans l’IA et les infrastructures numériques
NIAAgence nationale coréenne pour la société de l’informationLettre d’intention avec la BAD pour promouvoir l’IA et la transformation numérique en Afrique
Ministère coréen de l’Économie et des Finances (MOFE)OrganisateurRelier KOAFEC Trust Fund, KSP, EDCF et financements de la BAD

Source: Ministère coréen de l’Économie et des Finances.

Le document ne s’arrête pas aux pays. Il donne une place centrale à la Banque africaine de développement (BAD), qui a présenté son pipeline de projets et ses procédures de passation de marchés dans les secteurs de l’IA et des infrastructures numériques.

D’ailleurs, la Banque africaine de développement et l’Agence nationale coréenne pour la société de l’information (NIA) ont signé une lettre d’intention, jetant les bases d’un partenariat élargi pour promouvoir l’intelligence artificielle (IA) et la transformation numérique à travers l’Afrique. C’est un signal fort.

La BAD est l’un des canaux par lesquels les entreprises coréennes pourront accéder aux financements. Le texte rappelle d’ailleurs que le gouvernement coréen entend relier le KOAFEC Trust Fund, le KSP, l’EDCF et les financements de la BAD pour transformer les coopérations entre entreprises coréennes et africaines en projets concrets.

La Corée fournit des chiffres qui en disent long sur son appétit. Environ 200 représentants de gouvernements, d’organisations internationales et d’entreprises ont participé au Business Innovation Forum. Parmi eux, environ 90 entreprises coréennes intéressées par l’investissement en Afrique.

La séance de promotion des investissements a attiré environ 80 entreprises coréennes. Enfin, 22 entreprises coréennes ont échangé des informations spécifiques avec des homologues locaux lors des rencontres B2B.

Des chiffres montrent que le dispositif est massivement orienté vers l’offre coréenne. Le titre du communiqué publié par le Bureau des finances du développement - Division des finances du développement du ministère de l’économie et des finances de la Corée est d’ailleurs explicite: «la KOAFEC ouvre de nouvelles perspectives commerciales aux entreprises coréennes».

Les pays africains sont les destinations, les partenaires ou les cadres réglementaires. Les entreprises africaines ne sont pas nommées. Le texte parle de «local counterparts» sans préciser s’il s’agit d’entreprises ou de gouvernements. C’est une nuance importante: la coopération annoncée reste, dans ce document, pilotée par la Corée.

Le document ne permet pas d’affirmer qu’un financement KOAFEC ou EDCF a été attribué au Kenya, à la Tanzanie, au Mozambique ou au Rwanda. Il ne dit pas non plus que ces pays ont signé des accords de financement. Seul le Mozambique a un MOU explicitement mentionné, et ce MOU porte sur le partage de connaissances et la coopération politique, pas sur un financement.

Le Maroc a participé à la 8ᵉ conférence ministérielle du Korea–Africa Economic Cooperation (KOAFEC), qui a réuni des délégations de 45 pays africains. Les sources disponibles confirment la présence du Royaume parmi les pays participants, mais ne détaillent pas de manière exhaustive les interventions spécifiques de la délégation marocaine (signatures d’accords bilatéraux, etc.).

Ce que l’on sait des résultats de KOAFEC 2026, au bénéfice des pays participants, Maroc inclus, c’est qu’il y a eu adoption d’une déclaration conjointe 2026 plaçant l’IA et le numérique au cœur du partenariat Corée–Afrique; l’approbation d’un plan d’action 2027–2028 avec 13 projets dans sept domaines (IA/numérique, développement urbain, éducation, agriculture, énergie, environnement, santé); et la signature d’accords de coopération entre la Banque africaine de développement (BAD) et des institutions coréennes (KEXIM, NIA) sur le financement du numérique, des minerais critiques et des infrastructures vertes, dont bénéficieront les pays membres, Maroc compris.

Une diplomatie économique intégrée

La force du modèle coréen, telle qu’elle ressort, est d’articuler plusieurs instruments: le conseil en politiques publiques avec le KSP, le financement d’infrastructures avec l’EDCF, le fonds fiduciaire KOAFEC, et le cofinancement avec la BAD. Le K-AI Package illustre cette logique: il combine des infrastructures financées par l’EDCF avec des solutions d’IA, des data centers et des installations d’alimentation électrique.

Pour les pays africains, l’enjeu n’est donc pas seulement d’attirer des entreprises coréennes. Il est de disposer de projets suffisamment structurés pour entrer dans ces dispositifs. Le Kenya avec Konza, la Tanzanie avec ses clusters numériques et sa mine de graphite, le Mozambique avec ses ressources naturelles et son LNG, le Rwanda avec son rail: chacun a un point d’entrée identifiable.

Les autres pays peuvent certes se prévaloir du cadre continental KOAFEC. Mais le communiqué du 10 septembre 2026 ne leur donne pas de visibilité. Il montre que la Corée avance avec ceux qui ont déjà un projet, un partenaire ou un accord sur la table.

Dans cette géographie de l’opportunité, l’Afrique de l’Est numérique et l’Afrique australe énergétique occupent le devant de la scène.

Par Modeste Kouamé
Le 17/09/2026 à 10h20