Alger prétend concurrencer Casablanca en tant que hub aérien régional en Afrique du Nord. Cependant, plusieurs facteurs montrent que les deux plateformes aéroportuaires, et au-delà les deux pays, ne jouent pas sur le même registre.
En effet, pour prétendre au statut de hub aérien de référence, la compagnie nationale ne suffit pas, surtout quand elle n’a pas la taille critique, à l’instar des compagnies de certains pays du Golfe (Emirates, Qatar Airways) ou de Turkish Airways (une flotte de plus de 400 appareils).
À défaut de disposer de flottes importantes (69 appareils pour Royal Air Maroc) et (64 pour Air Algérie), il faut s’appuyer sur la présence de nombreuses compagnies pour accroître le trafic avec le reste du monde.
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Là encore, ce n’est pas non plus le cas de l’Algérie desservie actuellement par seulement une douzaine de compagnies aériennes étrangères. Il s’agit notamment d’Air France, Transavia, ASL Airlines France, Volotea, Vueling, Iberia, Turkish Airlines, Pegasus Airlines, Saudi Airlines, Qatar Airways, Lufthansa, TunisAir...
Emirates avait suspendu ses vols avant la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays survenue le 10 septembre 2026, alors qu’Air Canada n’assure plus la ligne Montréal-Alger.
Par contre, au Maroc, ce sont autour de 55 compagnies aériennes étrangères qui desservent le pays: un nombre presque six fois supérieur à celui de l’Algérie. Ce qui atteste de la qualité de hub aérien que représente le Maroc à travers ses plateformes aéroportuaires de Casablanca, Marrakech, Agadir, Rabat, Tanger…. L’aéroport de Casablanca constitue un véritable hub aérien et un carrefour entre l’Afrique, l’Europe et les Amériques.
| Pays | Compagnies aériennes étrangères desservant régulièrement le pays |
|---|---|
| Algérie | Air France, Transavia, ASL Airlines France, Volotea, Vueling, Iberia, Turkish Airlines, Pegasus Airlines, Lufthansa, Saudi Airlines, Qatar Airways, TunisAir... |
| Maroc | Air France, British Airways, Emirates, Etihad Airways, Gulf Air, Kuwait Airways, Qatar Airways, Saudi Arabian Airlines, TunisAir, Nouvel Air, Brussels Airlines, TAP Portugal, Turkish Airlines, Lufthansa, Iberia, Air Canada, Air Côte d’Ivoire, Air Nostrum, Air Sénégal, EgyptAir, Mauritanie Airlines International, RyanAir, Binter Canarias, Condor, Easy Jet, Eurowings, Scandinavian Airlines, Transavia Airlines, TUI Airlines Belgium, TUI Airways LTD, TUIFly GMBH, Vueling Airlines, Jet2.com, Wizz Aai, Luxair, Corendon Airlines Europe, Transavia France, Norwegian Air Shuttle ASA, Swiss International Airlines Ltd, EasyJet Swtzerland, EasyJet Europe Airlines GMBH, Edelweiss Air, Volotea, Vueling Airlines, Aegean Airlines, Air Transat, Discover Airlines, ASL Airlines France, Air Arabia, NouvelAir, Flynas, Pegasus Airlines… |
Servant de base pour Royal Air Maroc, l’aéroport Mohammed V de Casablanca constitue l’un des premiers aéroports du continent en termes de trafic de passagers et de connexions. L’aéroport Mohammed V de la capitale économique du Maroc accueille environ une trentaine de compagnies aériennes étrangères d’Europe, du Moyen-Orient et d’Afrique.
Marrakech et Agadir, les deux principales villes touristiques du Royaume, accueillent de leur côté de nombreuses compagnies aériennes étrangères, principalement celles à bas coût (RyanAir, EasyJet, Transavia, TUI, Vuelina, NouvelAir…).
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Pourquoi cette forte différence de présence des compagnies aériennes étrangères entre les deux pays? Ce gap s’explique par plusieurs facteurs.
D’abord, il y a le volet règlementaire relatif à l’ouverture du ciel des deux pays. En effet, Alger refuse d’ouvrir totalement son espace aérien selon le principe de l’Open Sky. Derrière ce refus, il y a la volonté des autorités de protéger la compagnie nationale Air Algérie. En clair, les dirigeants algériens essayent autant que possible de réserver le marché à la compagnie locale.
Résultat, le marché est partagé par un cercle restreint de compagnies algériennes et françaises (Air Algérie, Air France, Tassilit, Transavia…). Ce quasi monopole nuit à la concurrence et fait flamber le prix des billets entre la France et l’Algérie.
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À l’opposé, le Maroc, dans le sillage de sa politique d’ouverture économique et de promotion de son tourisme, a opté pour l’ouverture de son ciel. C’est dans cette optique que le Royaume a signé avec l’Union européenne, son principal partenaire économique, un accord de libéralisation du transport aérien en 2006.
Cet Open Sky, signé aussi avec d’autres pays dont les États-Unis, décloisonne le trafic aérien et a permis un plus grand nombre de compagnies aériennes étrangères et de nombreux transporteurs low-cost de desservir les aéroports du Maroc.
Cette ouverture n’est pas sans conséquence sur la compagnie nationale Royal Air Maroc qui fait face à l’agressivité des transporteurs low-cost (RyanAir, EasyJet, Transavia, Vueling…). Toutefois, cette concurrence a des effets positifs sur les tarifs des billets et stimule le tourisme marocain.
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Ensuite, le gap de fréquentation entre l’Algérie et le Maroc s’explique aussi par l’importance du trafic au niveau des deux pays. Alger souffre d’un faible trafic de passagers venant du reste du monde en dehors de certains pays européens de la Méditerranée (France, Espagne, Belgique…) où résident la quasi-totalité de la diaspora algérienne estimée entre cinq et sept millions.
Ainsi, sur la dizaine de compagnies étrangères desservant l’Algérie, trois sont de France (Air France, Transavia et ASL Airlines France) et autant d’Espagne (Iberia, Volotea et Vuelina). Le trafic international est largement dominé par les liaisons avec la France qui a atteint 5,8 millions de passagers en 2025 et qui représente environ 60% trafic aérien entre l’Algérie et le reste du monde.
Le hub de Casablanca, base de Royal Air Maroc, accueille plus de 27 compagnies aériennes étrangères, ce qui en fait l'une des premières plateformes aéroportuaires du continent accueillant le plus grand nombre de transporteurs aériens étrangers.
En revanche, les aéroports marocains ont enregistré 36,8 millions de passagers en 2025, grâce notamment au trafic international. Royal Air Maroc n’en a transporté que 7,5 millions. Le reste est assuré par plus de 55 compagnies aériennes étrangères qui desservent régulièrement le Maroc à travers ses différents aéroports.
En clair, il y a un important marché d’environ 30 millions de passagers que la présence des compagnies étrangères a beaucoup contribué à créer.
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Par ailleurs, la faible présence des compagnies étrangères sur le sol algérien s’explique également par la faiblesse du secteur du tourisme. L’Algérie accueille moins de trois millions de touristes par an dont essentiellement les membres de la diaspora algérienne vivant en Europe.
Par contre, le Maroc a accueilli 20 millions de touristes en 2025, ce qui en fait un marché d’opportunités pour les compagnies aériennes étrangères. Ces dernières, notamment les low-cost, ont beaucoup contribué au développement du tourisme marocain en démocratisant le prix du billet d’avion.
D’ailleurs, en 2024, RyanAir a supplanté Royal Air Maroc en part de marché avec 9,1 millions de passagers transportés, contre 7,4 millions pour la compagnie marocaine.
Enfin, un autre facteur contribue à faire fuir la destination algérienne. En effet, l’Algérie figure en tête des pays qui bloquent les fonds des compagnies aériennes étrangères.
À fin décembre 2025, sur 1,2 milliard de dollars de fonds bloqués, 307 millions de dollars, soit plus quart, l’ont été par l’Algérie. À fin mars 2026, le montant des fonds bloqués était tombé à 756 millions de dollars dont 258 millions par l’Algérie, soit 34,23% du total des fonds des compagnies aériennes bloqués.
Or, le droit de rapatriement des fonds est reconnu par de nombreux accords bilatéraux de services aériens. L’on comprend dès lors que la destination Algérie soit moins attractive pour les compagnies aériennes étrangères.
En effet, pour une compagnie aérienne, si la possibilité d’entrer sur un marché est importante, celle de rapatrier les revenus générés par les ventes de billets, le fret et d’autres services est tout aussi déterminante.
En conséquence de quoi, un pays qui bloque les fonds des compagnies aériennes étrangères est considéré comme risqué et donc moins attractif pour les transporteurs aériens internationaux.
Selon l’IATA, les immobilisations des fonds des compagnies aériennes augmentent le risque de change, perturbent la trésorerie et peuvent pousser les transporteurs les plus impactés à réduire leurs capacités et même suspendre la destination incriminée.
A l’opposé, le Maroc a toujours honoré ses engagements en matière de transfert des fonds des compagnies aériennes étrangères qui desservent régulièrement le Royaume.
Du fait de ces différents facteurs, on comprend pourquoi les compagnies aériennes étrangères ont tendance à bouder l’Algérie. Avec ce faible niveau de présence des compagnies aériennes étrangères sur le sol algérien, combiné au réseau relativement peu dense d’Air Algérie constitué d’un peu plus de 50 destinations à travers l’Europe, l’Afrique, l’Asie, l’Amérique du Nord et le Moyen-Orient, il serait prétentieux de qualifier la plateforme aéroportuaire d’Alger de hub aérien.




