Il ne se passe pas une journée sans qu’une compagnie aérienne africaine n’annonce l’acquisition d’un nouvel appareil, visant à renforcer sa flotte et/ou à la moderniser via l’acquisition d’avions de dernières générations moins gourmandes en kérosène et qui améliorent le service à bord. Et pour les grandes compagnies aériennes du continent, c’est une véritable course à la taille qui s’est déclenchée depuis la fin du Covid-19 qui avait poussé de nombreuses compagnies à revoir à la baisse leur voilure.
Selon le constructeur américain Boeing, dans son rapport actualisé «Commercial Market Outlook», publié en décembre 2025, la flotte des compagnies aériennes africaines devrait atteindre 1.680 appareils à l’horizon 2044, soit plus que doubler en 20 ans. Ainsi, les compagnies aériennes africaines devraient réceptionner plus de 1.200 nouveaux avions sur la période qui verra aussi de nombreux appareils mis à la retraite. Ces acquisitions permettront d’étendre et de moderniser les flottes africaines et de les rendre plus performantes.
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Ces acquisitions de nouveaux avions sont nécessaires pour faire face à la hausse de la demande en voyages en Afrique qui devrait croître de 6% entre 2025 et 2044. Une évolution qui sera portée par la croissance démographique, l’urbanisation croissante, les changements des modes de vie, la dynamique du tourisme, l’expansion de la classe moyenne, la connectivité accrue qu’engendrerait le lancement du Marché unique de transport aérien africain (Mutaa) et la nécessité de disposer d’une flotte plus compétitive.
Ces renforcements de flottes, en majorité publiques, sont soutenus par les gouvernements qui y voient des répercussions favorables sur le tourisme, le commerce, les corridors logistiques, la créations de services connexes et des milliers d’emploi (pilotes, techniciens, agents de cabine…). En outre, l’augmentation de la taille des flottes incite les pays à mettre en place des centres MRO (maintenance, réparation et révision) dédiés à la réparation, l’entretien et la maintenance des équipements des avions, contribuant au développement de toute la chaîne de valeur du secteur aérien.
Toutefois, cette volonté d’accroitre les flottes des compagnies du continent se heurte actuellement à une offre d’avions qui ne suit pas. En effet, les deux grands constructeurs aéronautiques, Boeing et Airbus, peinent à suivre la cadence des demandes en appareils émanant aussi bien des compagnies aériennes mondiales que des loueurs d’avions très actifs.
Nonobstant, les grandes compagnies aériennes du continent (Ethiopian Airlines, EgyptAir, Royal Air Maroc, Air Algérie, Kenya Airways…) arrivent à tirer leur épingle du jeu grâce à des alliances historiques avec les constructeurs et en recourant au leasing d’avions pour de longues durées.
Et à ce titre, en se basant sur les données de Planespotters, qui prend en compte dans sa méthodologie seulement les avions actuellement en service et pris en charge (hors appareils détenus par les filiales), les flottes des grandes compagnies aériennes du continent ont évolué au cours de l’année écoulée.
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C’est la compagnie aérienne éthiopienne qui se hisse toujours au sommet avec 163 appareils en activité, contre 144 à la même période de l’année dernière, soit une croissance de 13,20%. Le pavillon éthiopien s’élargira avec quatre autres appareils en cours de livraison. En plus, Ethiopian dispose d’une des flottes les plus jeunes du continent avec une moyenne d’âge de seulement 9,4 ans.
À rappeler que dans le cadre de son plan de développement «Vision 2040», le transporteur éthiopien compte intégrer le Top 20 mondial. L’ambition est de réaliser un chiffre d’affaires de 29 milliards de dollars et de transporter 64 millions de passagers, contre un chiffre d’affaires de 7,6 milliards de dollars et 19 millions de passagers en 2024-2025. La compagnie prévoit aussi de faire porter son volume de fret de 754.000 à 1,9 million de tonnes sur la période.
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Pour y parvenir, Ethiopian cible une flotte de 303 appareils, contre 145 en 2024-2025, et un réseau international de 243 destinations contre 144 actuellement. Pour cela, elle a multiplié les commandes auprès des deux principaux constructeurs, Boeing et Airbus.
Et c’est dans cette optique que s’inscrit la construction du nouvel aéroport de Bishoftu à une quarantaine de kilomètres au sud-est d’Addis-Abeba. Cette nouvelle infrastructure sera la plus grande d’Afrique et l’une des plus imposantes au monde avec quatre pistes et une capacité d’accueil totale de 270 avions.
Loin derrière Ethiopian Airlines, suit la compagnie privée sud-africaine Airlink, basée à Johannesburg, et qui compte désormais 72 appareils, soit deux de plus par rapport à la même période de l’année dernière. Il s’agit toutefois d’une flotte un peu vieillissante, l’âge moyen des avions étant de 18,1 ans.
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Pour sa part, EgyptAir qui a vu sa flotte se contracter légèrement de 71 à 69 appareils en l’espace d’une année. Une baisse qui s’explique par la cession, en juin 2026, de 12 Airbus 1220-300 acquis en février 2024 au loueur américain Azorra. EgyptAir a cédé ces appareils au profit d’avions plus capacitaires. Ainsi, la compagnie a lancé un vaste plan de modernisation et d’extension de sa flotte avec une commande globale de 34 nouveaux appareils dont des Airbus A350-900 et des Boeing 737-8 MAX. L’objectif est d’atteindre une flotte de 125 appareils en 2030, en combinant achats directs et contrats de location. EgyptAir dispose actuellement de la 3e flotte la plus jeune des compagnies africaines disposant d’au moins 20 appareils. L’âge moyen des appareils de sa flotte se situe à 10,2 ans.
Avec une croissance de 19,30% faisant passer en une année son parc de 57 à 68 appareils (à la date du 13 août 2026), la plus forte progression des cinq grandes compagnies africaines est signée Royal Air Maroc. De plus, un nouvel appareil est en cours de réception, portant la flotte de RAM au même niveau que celui d’EgyptAir. Ces acquisitions contribuent à rajeunir la flotte de la compagnie publique marocaine dont la moyenne d’âge est actuellement de 12 ans.
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Très ambitieuse, RAM a multiplié les acquisitions et les locations longues durées des avions, notamment des Boeing 787-9 et Boeing 737-8 MAX. Son objectif, dans le cadre du contrat-programme signé en juillet 2023 avec l’État, est d’atteindre 200 appareils pour couvrir 143 destinations internationales et transporter 31,6 millions de passagers à l’horizon 2037.
«Le plan de développement de Royal Air Maroc prévoit l’intégration de 10 à 15 avions par an en moyenne», avait déclaré pour Le360 Oussama El Farisi, Head of Engineering de RAM. L’objectif est de faire de Casablanca un hub transcontinental incontournable. À ce titre, la compagnie marocaine a déjà ouvert de nombreuses nouvelles destinations comme Pékin, Toronto, Saô Paulo, Los Angeles, Saint-Pétersbourg, Manchester, N’Djamena,…
Les compagnies aériennes africaines devraient acquérir plus de 1200 nouveaux avions sur la période 2025-2044, selon le rapport Commercial Market Outlook
de Boeing.
En outre, pour accompagner l’extension de la flotte de RAM et la dynamique du tourisme (le Maroc étant devenu la première destination d’Afrique en détrônant l’Égypte), l’Office National des Aéroports a engagé la construction d’un nouveau terminal au niveau du hub de l’aéroport Mohammed V de Casablanca. Celui-ci va porter la capacité de traitement de l’aéroport à 45 millions de passagers par an à l’horizon 2029.
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Air Algérie s’en est alors retrouvée devancée malgré l’acquisition de dix nouveaux appareils portant son parc à 64 avions dont la moyenne d’âge est de 16,3 ans.
Derrière ces cinq grandes compagnies aériennes africaines, suit Air Cairo (filiale low Cost d’EgyptAir) qui a renforcé sa flotte par quatre nouveaux appareils pour la porter à 39 avions. Le renforcement du parc aéronef de la compagnie low cost d’EgyptAir vise surtout à soutenir le secteur tourisme en contribuant à drainer des visiteurs dans des conditions compétitives. Air Cairo dessert actuellement 88 destinations d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Europe.
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Le top 10 des compagnies aériennes africaines disposant du plus grand nombre d’avions est complété par la compagnie privée FlySafair (38 appareils), la compagnie publique Kenyan Airways (34 appareils), la compagnie privée nigériane Air Peace (33 appareils) et la compagnie publique angolaise TAAG (33 appareils).
| Compagnies aériennes | Pays | Siège/base | Publique ou privée | Taille de la Flotte /août 2026 | Croissance de la flotte (août 2026/août2025 en %) | Age moyen de la flotte |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Ethiopian Airlines | Ethiopie | Addis-Abeba | Publique | 163 | +13,20% | 9,4 ans |
| Airlink | Afrique du Sud | Johannesburg | Privée | 72 | +2,85% | 18,1 ans |
| EgyptAir | Egypte | Le Caire | Publique | 69 | -2,82% | 10,2 ans |
| Royal Air Maroc | Maroc | Casablanca | Publique | 68 | +19,30% | 12 ans |
| Air Algérie | Algérie | Alger | Publique | 64 | +18,52% | 16,3 ans |
| Air Cairo | Egypte | Le Caire | Publique | 39 | +11,43% | 8,3 ans |
| FlySafair | Afrique du Sud | Johannesburg | Privée | 38 | +2,70% | 17,9 ans |
| Kenya Airways | Kenya | Nairobi | Publique | 34 | -2,85% | 14,9 ans |
| Air Peace | Nigeria | Lagos | Privée | 33 | +3,12% | 20,5 ans |
| TAAG | Angola | Luanda | Publique | 33 | +22,22% | 10,9 ans |
Source: à partir des données de Planespotters
La course à la taille des pavillons africains devrait connaitre une nouvelle dynamique les années à venir. D’autres compagnies aériennes souhaitent tirer profit de la nouvelle dynamique du transport aérien du continent pour occuper une place plus importante dans l’échiquier aérien africain. Parmi celles-ci figurent Asky Airlines, RwandAir, Air Côte d’Ivoire, Air Sénégal,… La bataille pour le contrôle du ciel africain, qui passera par un parc étoffé, s’annonce des plus rudes.





