Sénégal. Pourquoi ne pas déclarer à sa moitié la totalité de son salaire

Dakar au Sénégal

Le 09/08/2026 à 11h49

VidéoCombien gagne ton mari? Cette question dérange dans beaucoup de familles sénégalaises où parler d’argent est un sujet délicat.

Dans certaines familles, le salaire du mari ou même celui de l’épouse demeure un véritable secret. Par peur d’être jugé, d’écorner son image d’homme ou simplement parce que les revenus sont faibles, certains préfèrent garder le silence. Une situation qui peut nourrir les incompréhensions, les frustrations et parfois créer des tensions dans les ménages.

Abdoul Aziz Ndoye, père de famille, explique que derrière ces cachotteries salariales se cache souvent une réalité beaucoup plus difficile: la précarité. Selon lui, beaucoup ne cachent pas leur salaire pour éviter les demandes d’argent, mais parce qu’ils ont honte de révéler leur situation financière.

«Une personne peut entamer une carrière et aller jusqu’à la retraite sans que sa femme ni ses proches ne sachent combien elle gagne par mois. Ce n’est pas par peur que la femme demande constamment de l’argent. Pour la plupart, ils ne gagnent presque rien et ne souhaitent pas que leur famille découvre leur misère. C’est ce qui explique qu’au Sénégal, seuls ceux qui ont de gros salaires disent fièrement ce qu’ils gagnent

Mais ce phénomène ne concerne pas uniquement les hommes. Certaines femmes aussi préfèrent taire leurs revenus. Mbayang Sène, mère de famille travaillant dans une mairie, dit que son salaire disparaît parfois avant même qu’elle ne rentre à la maison. «Je ne dis pas combien je gagne parce que mon salaire fond en une seule journée, alors comment voulez-vous que je rende public un tel salaire? Nous vivons difficilement, nous les chefs de famille.»

Pour Djadji Ndiaye, père de famille, ce manque de transparence peut devenir une source de conflit dans les couples. «Ceux qui travaillent cachent leur bulletin de salaire à leur femme et à leurs enfants parce qu’ils triment dur tous les jours pour ne gagner, à la fin du mois, que 80.000 à 100.000 francs. Un tel salaire mérite-t-il d’être dévoilé? Pour certains, cela ne couvre même pas les frais de transport. Et je vous le dis, certains se lancent dans des affaires douteuses précisément parce qu’ils sont toujours déficitaires.»

Au-delà du simple secret autour du salaire, c’est toute la question du coût de la vie, de la pression sociale et de la dignité des travailleurs qui est posée. Dans une société où l’image de réussite compte parfois autant que la réalité, certains préfèrent cacher leurs difficultés plutôt que d’exposer leur précarité.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 09/08/2026 à 11h49