Déficit budgétaire, baisse des réserves de change, endettement public: le FMI alerte, l’Algérie feint d’ignorer

Le pouls de l’économie algérienne bat au rythme de l’évolution du seul cours du baril de pétrole.

Le 23/09/2026 à 15h24

Comme à son habitude, la presse algérienne n’a relevé du dernier rapport du Fonds monétaire international (FMI) que ce qui pourrait caresser dans le sens du poil les tenants du pouvoir. Télés et journaux n’ont eu d’yeux que pour le taux de croissance de 3,4% en 2026, pourtant largement inférieur à la moyenne du continent et à ceux du Maroc et de l’Égypte qui affichent 4,4% selon ce même FMI. En faisant fi de cette réalité, Alger feint d’ignorer les projections alarmantes des indicateurs macroéconomiques du pays pour les années à venir.

Les projections du FMI sur les équilibres macroéconomiques de l’Algérie font état d’un déficit budgétaire abyssal, d’un effondrement des réserves de change, d’une flambée de la dette publique… Pire, le recours à la «planche à billets» pour financer le déficit budgétaire continue de susciter l’inquiétude du Fonds du fait de son impact inflationniste.

C’est ce qui ressort du rapport du FMI rendu public le 21 septembre, résulte des nombreuses visites effectuées par les experts de l’institution lors des consultations au titre de l’article IV. Le document dresse un constat sans appel illustrant l’échec des politiques économiques qui n’ont pas permis au pays de sortir de sa totale dépendance aux hydrocarbures.

Conséquence, le pouls de l’économie algérienne bat au rythme de l’évolution du seul cours du baril de pétrole, malgré les fanfaronnades des dirigeants algériens et à leur tête le président Abdelmadjid Tebboune qui ressassent à l’envi la prétendue diversification de l’économie du pays.

Pourtant, le tableau dressé par le FMI pour la période 2026-2031 est alarmant quant aux équilibres macroéconomiques. Le document se base sur des projections d’un cours moyen du baril de pétrole brut algérien à 92,6 dollars en 2026 (contre 69,4 dollars en 2025), avant de reculer à 82,4 dollars en 2027 et à 71,8 dollars en 2031, le verdict est tombé tel un couperet.

En premier lieu, l’Algérie continue de trainer un déficit budgétaire abyssal. Alors que sous le ciel de nombreux autres pays, le déficit budgétaire ne doit impérativement pas dépasser la barre des 3%, en Algérie il est plus de trois fois supérieur à ce seuil. Ce déficit est même souvent à deux chiffres.

Ainsi, selon les données du FMI, le déficit budgétaire s’est établi à 10,5% du Produit intérieur brut (PIB) en 2025 et devrait atteindre 9,6% en 2026 avant de remonter à 10,2% en 2027. À partir de cette date, le déficit devrait entamer un trend baissier avec 10% en 2028, 9% en 2029, 8,7% en 2030 et 2031. Résultat: le déficit restera élevé jusqu’en 2031.

Il faut souligner que l’Algérie a basculé dans un régime budgétaire structurellement déficitaire depuis 2014. Celui-ci résulte d’un déséquilibre profond et durable entre une capacité de mobilisation des recettes ordinaires structurellement faibles (-11% du PIB pour les recettes hors hydrocarbures) et un niveau de dépenses publiques rigidifiées par les salaires, les subventions généralisées, les transferts sociaux et les dépenses en armes.

Seules les périodes de fortes hausses des cours des hydrocarbures masquent cette fragilité sans jamais la corriger.

Deux rubriques non productives sont à l’origine de ces déficits structurels que sont les subventions et les transferts sociaux, d’une part, et les dépenses militaires, d’autre part.

En 2026, par exemple, les subventions et les transferts sociaux ont atteint 46,3 milliards de dollars, représentant 34,1% du budget global qui était de 135,7 milliards de dollars. Cette rubrique sert à la subvention des produits de base (blé, huile, lait, pain…), à l’allocation chômage pour calmer les jeunes auxquels le gouvernement peine à offrir des perspectives d’emplois, à soutenir les caisses de retraite et à d’autres transferts sociaux (logement...).

Ces ressources colossales, gérées de manière opaque, permettent à la classe dirigeante d’acheter la paix sociale et aussi et surtout de s’enrichir sur le dos de la population.

L’autre rubrique budgétivore est celle de la Défense avec un budget de 25 milliards de dollars en 2026, soit près de 20% du budget global du pays. Ce budget qui était de 9,1 milliards de dollars en 2022 a triplé en 4 ans! Il s’agit du budget Défense le plus élevé de l’histoire de l’Algérie et du continent africain.

Au-delà des achats d’armes loin d’être les plus efficaces sur le marché mondial, cet argent sert surtout à entretenir une junte militaire garante du régime qui s’enrichit en profitant des importantes commissions que procurent les achats d’armes auprès de son fournisseur principal, la Russie.

Ainsi, transferts sociaux, subventions et dépenses militaires pèsent plus 54% du budget général de l’État algérien, laissent aux autres ministères des miettes et réduisent la marge de manœuvre de l’État pour financer les secteurs productifs créateurs de valeur et d’emplois.

Pendant ce temps, les citoyens ne cessent de s’appauvrir et la jeunesse, qui a perdu tout espoir d’un avenir meilleur, ne pense désormais qu’à immigrer clandestinement. L’Algérie est devenue le principal point de départ des migrants clandestins vers l’Europe.

Et du côté des recettes, la fraude fiscale qui bénéficie à la classe dirigeante et aux opérateurs qui lui sont affiliés, font perdre au Trésor annuellement plus de 27 milliards de dollars, trahissant ainsi la faiblesse de la gouvernance du pays.

On comprend alors mieux l’origine du déficit budgétaire structurel de l’Algérie. Ces déficits structurels élevés, supérieurs à 8%-10% du PIB depuis 2020, se transmettent à l’ensemble de l’économie par une dynamique cumulative: recours massif au financement bancaire et quasi monétaire, expansion de la liquidité, éviction du crédit productif, tensions croissantes sur les réserves de change…

Pour financer ce déficit, le régime recourt massivement à l’endettement intérieur. Ainsi, la dette publique est passée de 52,1% du PIB en 2025 à 53,2% en 2026. En 2027, les projections fixent cet endettement à 60,4% et pourrait atteindre 79% d’ici 2031. Et dire que cette dette publique était quasi nulle en 2000.

Les autorités algériennes ont privilégié l’endettement intérieur alors que ce canal propage le déséquilibre budgétaire à l’ensemble de l’économie. En absorbant une part importante du crédit disponible, l’État réduit l’accès au financement pour le secteur privé, freine l’investissement productif et pèse sur la croissance potentielle.

Ce mécanisme d’éviction affaiblit progressivement l’intermédiation financière et fait du système bancaire algérien un bailleur de fonds du Trésor. D’où la vulnérabilité et le faible développement du système financier du pays.

L’autre grosse inquiétude du FMI a trait à la chute inexorable des réserves de change de l’Algérie. Celles-ci, selon les projections du FMI, passeraient de 51 milliards de dollars en 2025 à 46,5 milliards de dollars en 2026, avant de chuter à seulement 19,8 milliards de dollars d’ici 2031.

En conséquence de quoi, la capacité des réserves de change du pays à couvrir les importations de biens et services va lourdement chuter. Cette capacité devrait passer de 8,6 mois en 2025 à 8,1 mois en 2026, puis à 7,2 mois en 2027 avant de chuter à 3,3 mois en 2031, selon les projections du Fonds, s’approchant dangereusement du seuil critique de 3 mois fixé par l’institution.

Le FMI explique ces projections par la conjonction de plusieurs facteurs dont les pressions exercées sur le compte courant sous l’effet combiné de la hausse des importations et du recul des exportations des hydrocarbures.

Au niveau des importations, l’Algérie produisant très peu de biens est obligée d’importer massivement divers produits, notamment alimentaires (blé, produits laitiers, sucre, viandes, fruits et légumes, oléagineux,…), des véhicules, des biens d’équipement,…

Ces achats massifs à l’étranger se traduisent par des sorties de devises et pèsent de manière conséquente sur les avoirs extérieurs du pays. En 2025, les importations se sont établies à 48,80 milliards de dollars, en dépit de toutes les restrictions d’importation mises en place par les autorités.

Quant aux exportations, elles ont atteint 44,26 milliards de dollars et s sont quasi totalement constituées d’hydrocarbures et dérivés qui constituent 95% des recettes d’exportation du pays. Résultats évident: les recettes d’exportation varient d’une année à l’autre en fonction de l’évolution du cours du brut.

Cette hausse annuelle des importations est la preuve de l’échec de la politique de restrictions des importations sur laquelle a toujours misé le régime politico-militaire algérien.

En effet, un millier de produits sont interdits d’importation. L’objectif annoncé de soutenir la production locale était tout simplement un prétexte, le pays ne produisant pas grand-chose. Le but du régime était tout simplement de préserver les réserves de change du pays, quitte à sevrer la population.

Le cas le plus illustratif de cette politique est l’interdiction d’importation des voitures neuves durant de nombreuses années. En dépit de son caractère ferme, cette politique n’a pas permis l’émergence d’une industrie automobile locale et a privé les Algériens des véhicules.

Évolution des principaux indicateurs macroéconomiques

Indicateurs20252026p2027e2031e
Croissance du PIB (%)3,93,83,12,9
Déficit budgétaire (%du PIB)-10,5-9,6-10,2-8,7
Dette publique (% PIB)52,153,260,479,0
Réserves de change (en milliards de dollars)51,046,54119,8
Couverture des importations (en mois)8,68,17,23,3

Source: données du FMI

Face aux déficits jumeaux (déficit budgétaire et déficit du compte courant), les autorités n’ont d’autres moyens que de recourir au financement monétaire par le truchement de la Banque centrale d’Algérie.

Sur ce chapitre, le FMI affiche ses craintes quant au recours à la «planche à billets» pour financer le déficit. Ces financements ont représenté 3,7% du PIB en 2025 et pourraient atteindre 5,5% en 2026. Or, ce recours à la planche à billets a des effets inflationnistes et décrédibilise les politiques monétaires. À ce titre, il faut souligner que l’inflation globale est passée de -2,0% en septembre 2025 à 5,2% en avril 2026.

In fine, le FMI appelle le gouvernement algérien à limiter le financement monétaire aux seules circonstances exceptionnelles et de faire de la réduction de l’inflation un pilier fondamental de sa politique monétaire afin d’améliorer les mécanismes de transmission de ses effets à l’économie.

Pour sortir de cette situation, le régime est appelé à faire avancer les réformes de la gouvernance et des marchés pour construire un modèle économique qui ne se base plus uniquement sur la rente pétrolière.

Des recommandations qu’Alger peine à mettre en place à cause d’un régime politico-militaire qui souffre d’un déficit chronique de visions stratégiques.

Par Moussa Diop
Le 23/09/2026 à 15h24