Tourisme en Afrique du Nord: le Maroc avance, l’Égypte et la Tunisie font du surplace

Le 19/09/2026 à 14h02

Le Maroc, l’Égypte et la Tunisie ont accueilli 34 millions de touristes au terme des huit premiers mois de l’année. Un volume en hausse de seulement 1,61% comparativement à la même période de l’année dernière, grâce à la seule dynamique marocaine. L’environnement mondial défavorable explique en bonne partie cette décélération.

Après trois années de performances touristiques record, l’activité en Afrique du Nord est marquée par une forte décélération de la croissance. Ainsi, sur les huit premiers mois de 2026, les arrivées se sont établies à 34 millions de voyageurs au niveau des trois premières destinations touristiques africaines -Maroc, Égypte et Tunisie-, contre 33,5 millions à la même période de l’année dernière, affichant ainsi une croissance de seulement 1,61%.

Sur les huit premiers mois de l’année dernière, la progression a été de 15% par rapport à la même période de 2024. C’est dire que le rythme de la progression des arrivées de touristes a été divisé par 10.

Cependant, tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne. Du 1er janvier au 31 août 2026, le Maroc, première destination touristique d’Afrique depuis deux ans, continue de tirer son épingle du jeu. C’est le seul pays de la région à afficher une croissance par rapport à la même période de l’année dernière, même si le rythme a beaucoup baissé avec une croissance de 4,5%. L’Égypte et la Tunisie ont annoncé des chiffres en stagnation, pour ne pas dire en légères baisses.

Qu’est-ce qui explique cette décélération de la croissance et même cette stagnation au niveau de la région? Plusieurs facteurs peuvent être avancés. D’abord, il y a un ralentissement du tourisme mondial après des années post-Covid marquées par de très fortes progressions du marché des voyages.

Le taux de croissance du tourisme mondial s’est établi à 0,4% pour le premier semestre 2026, selon le Baromètre ONU Tourisme. Cette situation a impacté l’Afrique du Nord après des taux de croissance exceptionnels enregistrés après le Covid.

Ensuite, il y a les impacts de la guerre du Moyen-Orient qui oppose l’Iran au États-Unis et à Israël et qui a impacté particulièrement le tourisme mondial et les pays de la région. Si le Maroc a affiché une meilleure résilience, l’Égypte du fait de sa proximité avec la région du Moyen-Orient a été affectée.

En outre, la guerre au Moyen-Orient et la flambée des prix du kérosène ont entrainé une hausse des prix des billets d’avion, notamment pour le long courrier, entrainant un renchérissement du coût du voyage, décourageant nombre de voyageurs.

De même, la guerre et ses effets inflationnistes ont impacté les pouvoirs d’achat des potentiels voyageurs dont certains ont fini par rogner sur les dépenses non essentielles dont les voyages et loisirs.

Enfin, pour le cas de la Tunisie, les coupures d’électricité et les pénuries d’eau durant la période estivale ont découragé les touriste.

Conséquence, tous les pays sont affectés. Certains affichant tout de même une meilleure résilience que d’autres. C’est le cas du Maroc qui continue sur sa performance largement supérieure à la moyenne mondiale.

Maroc: 14,1 millions de touristes à fin août

À fin août 2026, le Maroc a accueilli 14,1 millions de touristes, en hausse de 4,5% par rapport à la même période de l’année dernière, soit environ 608.000 visiteurs supplémentaires. Lors de la même période de l’année dernière, la progression était de 14% et 2,4 millions d’arrivées de plus. Si la progression est beaucoup moins importante que celle de l’année dernière, il n’en demeure pas moins que comparativement à l’évolution du secteur au niveau mondial et de la sous-région, la performance est appréciable.

Mieux, durant le mois d’août, le Maroc a franchi et pour la première fois la barre des deux millions de touristes, en hausse de 3% par rapport à août 2025, confirmant la bonne fréquentation durant la période estivale.

«La dynamique du tourisme marocain repose sur des bases solides. La feuille de route 2023-2026 a démontré qu’en investissant de manière ciblée sur les leviers clés, les résultats suivent, tant en termes d’affluence que d’impacts socioéconomiques», a expliqué la ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, Fatim-Zahra Ammor.

Avec ce volume, le Maroc creuse l’écart avec l’Égypte qui pointe à 12,8 millions de visiteurs à fin août. Le Royaume consolide son rang de première destination touristique du continent.

Derrière cette performance, il y a une conjonction de facteurs: offre diversifiée du produit touristique Maroc, la proximité géographique avec les grands marchés émetteurs qui réduit l’impact du surcoût kérosène, la vigueur de la connectivité aérienne qui a permis aux aéroports marocains d’accueillir 22,30 millions de passagers (+8,80%) au cours des sept premiers mois de l’année en cours,…

Les recettes se sont établies à 79 milliards de dollars à fin juillet 2026, en progression de 13,4% sur un an. À fin juillet, la dépense moyenne par touriste s’est était de 6.810 dirhams, soit autour de 720 dollars. La hausse des recettes s’explique par l’augmentation des arrivées, mais aussi par les hausses des tarifs hôteliers.

Du côté des perspectives, après avoir atteint 19,8 millions de touristes en 2025, le Maroc devrait atteindre la barre des 21 millions de visiteurs en 2026. Toutefois, l’objectif de 22 millions de touristes annoncé en début d’année parait intenable au rythme de progression des arrivées durant le second semestre de l’année en cours.

Tunisie: léger recul des arrivées

En dépit de la proximité du marché européen, la Tunisie n’a pas réussi à attirer davantage de touristes. La destination a même enregistré une très légère baisse du flux de -0,2% en termes d’arrivées à fin août 2026 avec 7,1 millions de touristes, selon les données de l’Office national du tourisme tunisien (ONTT).

Si en juillet dernier le pays affichait une progression des arrivées de 2,6% par rapport à la même période de l’année dernière, le mois d’août n’a pas été bon. En plus de la conjoncture mondiale, la Tunisie a fait face à des coupures d’électricité qui ont impacté négativement le secteur touristique durant la période estivale, période cruciale.

«Pour l’année 2026, en termes d’arrivées, la situation est à peu près stable et a affiché une progression comprise entre 3 et 4% depuis le début de l’année», a souligné Mohamed Mehdi Haloui, DG de l’ONTT. Sauf que ce sont les touristes algériens qui ont permis à la destination tunisienne de se montrer résiliente avec des arrivées en hausse de 8,4% entre janvier et le 10 août 2026.

De plus, la destination Tunisie reste plombée par un problème de connectivité aérienne. La seule liaison jugée satisfaisante est celle reliant la Tunisie à la France, grâce notamment à la présence de nombreuses compagnies: TunisAir, Air France, Nouvelair et Transavia. Toutes les autres souffrent d’un déficit de connectivité. Une situation qui a empêché la destination de profiter pleinement des effets de la crise du Moyen-Orient malgré son meilleur rapport oqualité/prix.

L’aérien n’est pas le seul obstacle au développement du tourisme tunisien. Le principal écueil reste la forte dépendance au marché au balnéaire. La diversification doit constituer l’un des axes prioritaires des autorités et des professionnels du secteur en développant le tourisme culturel, le golf, le saharien, … Des niches qui peuvent contribuer à améliorer l’attractivité de la destination, sortir du presque tout balnéaire et améliorer les recettes générées par le secteur.

Les revenus générés par le tourisme sont établis à 5,13 milliards de dinars à fin août 2026, affichant une progression de 5,96%.

Du côté des perspectives, l’objectif de 12 millions de touristes sur l’ensemble de l’année 2026 parait hors de portée après les contre-performances enregistrées durant la période estivale.

Égypte: 12,8 millions de visiteurs à mi-septembre

Des pays d’Afrique du Nord, l’Egypte est certainement le plus impacté par la guerre au Moyen-Orient du fait de sa proximité avec la zone de conflit qui touche tous les pays du Golfe. Le pays avait démarré l’année avec une très forte hausse des arrivée de 43,5% à 5,6 millions de touristes à fin mars.

Toutefois, la guerre au Moyen-Orient a fini par rattraper le secteur touristique égyptien qui a aligné des contreperformances les mois qui ont suivi. Le pays n’a pas pu compter sur les touristes des pays du Golfe à cause des suspension de vols durant plusieurs semaines.

D’après le ministre du Tourisme et des Antiquités, Sherif Fathy, l’Égypte a accueilli environ 12,8 millions de touristes entre janvier et fin août 2026, soit presque le même niveau à la même période de l’année dernière, malgré un environnement très défavorable.

Cette résilience est le fruit de la diversification de l’offre touristique égyptienne qui combine sites archéologiques et culturels, balnéaire sur la mer Rouge et Charm el-Cheikh, croisières sur le Nil et plus récemment l’inauguration du Grand Musée Égyptien (MGE) ouvert en novembre 2025.

Depuis, le GME a accueilli 3,5 millions de visiteurs à fin août 2026 et pourrait en accueillir jusqu’à 5 millions pour sa première année d’activité. Ce nouvel attrait touristique favorise l’augmentation du nombre de nuitées et la durée des séjours.

Parmi les satisfactions au niveau des arrivées, il y a la forte augmentation des touristes français de 17% entre janvier et août 2026. Et en dépit de la crise au Moyen-Orient, la destination a pu compter sur une meilleure connectivité aérienne avec une augmentation des vols charters desservant les destinations touristiques égyptiennes.

En ce qui concerne les recettes touristiques, les données disponibles à fin juin 2026 faisaient ressortir à 8 milliards de dollars les revenus générés par huit millions de touristes, soit une dépense moyenne par visiteur de 890 dollars.

Pour ce qui est des perspectives, les autorités maintiennent leur prévision de 20 millions de touristes pour 2026. Toutefois, ce volume dépendra de l’évolution des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Pour les années à venir, l’Égypte compte diversifier son offre touristique en développant le MICE (en anglais, Meetings, Incentives, Conferences et Exhibitions) afin d’accueillir davantage d’évènements.

Arrivées de touristes et recettes touristiques au Maroc, en Egypte et en Tunisie

PaysArrivées de touristes à fin août 2026Arrivées de touristes à fin août 2025Variation août 2026/août 2025
Maroc14,1013,504,5%
Egypte12,8012,800%
Tunisie7,107,16-0,2%
Total3433,46+1,61%
Par Moussa Diop
Le 19/09/2026 à 14h02