Carburants: l’Afrique face à la nouvelle hausse des prix à la pompe, ceux qui trinquent et ceux qui en profitent

Le 13/09/2026 à 16h22

Le monde fait face à une nouvelle hausse des prix du baril de pétrole et surtout à une nouvelle envolée de ceux des carburants sous l’effet combiné de plusieurs facteurs. Une situation qui impacte encore davantage les pays africains dont de nombreux pays ont déjà annoncé de nouvelles hausses des prix à la pompe. Si globalement le continent sera négativement impacté, certains pays et opérateurs se frottent les mains.

Les nouvelles tensions géopolitiques au Moyen-Orient qui touchent particulièrement le détroit d’Ormuz où transitent le quart du brut mondial et une partie non négligeable de produits pétroliers raffinés ont entrainé une nouvelle flambée des cours du brut avec un baril de pétrole qui a franchi une fois encore la barre des 100 dollars. Mais au-delà, ce qui inquiète le plus le monde, c’est la flambée des prix des carburants dont les cours sont désormais déconnectés de ceux du brut. Conséquence, le prix de la tonne de gasoil a franchi la barre des 1450 dollars, un niveau jamais atteint dans l’histoire du marché.

Du coup, partout dans le monde, à l’exception de certains pays où les prix sont règlementés par les autorités et fixés à un niveau très bas, comme en Libye ou en Algérie, partout les annonces de relèvement des prix à la pompe sont généralisées au niveau du continent africain. Dernier en date, le Togo a fortement réajusté les prix de ses carburants le vendredi 11 septembre. Le prix du super sans plomb a augmenté de 12,7% pour atteindre 817 francs CFA (soit 1,25 euro), celui du gasoil de 2,1% à 766 FCFA, tandis que le mélange deux-temps a vu son prix progresser de 10,5% à 896 FCFA.

Avant le Togo, l’Afrique du Sud, a augmenté, le 2 septembre, le prix de l’essence de 1,29 rand par litre (environ 0,19 dollar) et 3,15 rands pour le diesel. Le Maroc a réajusté le 1er septembre 2026 le prix du gasoil de 0,65 dirham le litre à 15,01 dirhams le litre, alors que le prix de l’essence sans plomb reste maintenu aux alentours de 14,94 dirhams le litre. Déjà, le 1er août dernier, la Côte d’Ivoire avait revu à nouveau ses prix des carburant à la hausse en augmentant de 25 FCFA les prix des litres de super sans plomb et du gasoil. Le Sénégal aussi a fini par réviser les prix des carburants le 15 août 2026 en raison de 7,6% à 990 FCFA pour le supercarburant et 11% à 755 FCFA pour le gasoil.

La liste des pays ayant revu à la hausse leurs prix à la pompe est longue. Et pour cause, 32 pays africains sont dépendants des importations d’hydrocarbures. Ceux-ci ont vu leur facture énergétique s’alourdir d’un total de 22 milliards de dollars entre mars et août 2026.

Cette situation ne concerne pas uniquement les pays africains. La flambée est mondiale. Aux États-Unis, le gallon (3,8 litres) du diesel a atteint 5,85 dollars, battant son précédent record datant de 2022.

Au-delà de la flambée des prix à la pompe, il y a la crainte de pénurie de carburants qui se profile au niveau de certains pays. En effet, contrairement aux pays développés qui imposent des stocks stratégiques équivalents à au moins 90 jours d’importations nette de pétrole ou de produits raffinés, les pays africains sont globalement démunis de ces stocks. Rares sont les pays qui disposent d’outils de stockage pouvant assurer plus de deux mois de réserves.

Le Nigeria et l’Angola, les deux premiers producteurs africains de pétrole, ont été les plus grands bénéficiaires de la flambée des cours du pétrole en engrangeant respectivement 7,5 et 4,5 milliards de dollars de recettes supplémentaires sur une période de 6 mois. La Libye (3,3 milliards de dollars), l’Algérie (2,8 milliards), le Congo (1,5 milliard) et le Gabon (0,8 milliard) ont également bénéficié de cette flambée des prix du pétrole.

Qu’est-ce qui explique cette nouvelle hausse des prix à la pompe alors que le baril a à peine franchi la barre des 100 dollars? Au printemps dernier, le prix du baril de pétrole avait dépassé la barre des 120 dollars, son plus haut niveau depuis mars 2022, après l’invasion de l’Ukraine, sans toutefois que les prix à la pompe n’atteignent les niveaux actuels. Ces hausses des prix à la pompe sont le résultat d’une conjonction de facteurs.

D’abord, elles s’expliquent par le déséquilibre entre l’offre et la demande mondiale de produits raffinés. En effet, les tensions géopolitiques ont impacté les capacités de raffinage mondiales. Les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes ont réduit considérablement l’offre mondiale de produits raffinés. La Russie qui exportait du carburant, notamment du gasoil, est devenue importatrice. La reprise des hostilités entre les États-Unis et l’Iran a entrainé la fermeture du détroit d’Ormuz et l’arrêt des raffineries de la région. Du coup, en plus de la réduction de l’offre brute de pétrole, ce sont surtout les capacités de raffinage du pétrole qui ont chuté avec une impossibilité à compenser dans l’immédiat.

A ces facteurs s’ajoute aussi le fait que l’Europe qui a perdu un tiers de ses capacités de raffinage au cours des quinze dernières années est particulièrement exposée aux problèmes de ruptures de produits finis. D’où une pénurie de produits raffinés, principalement le diésel et le kérosène. Les contraintes de capacité des raffineries expliquent que les marges de raffinage ont atteint aujourd’hui des niveaux historiquement élevés. Du coup, selon les analystes, les prix à la pompe devraient rester élevés même si les cours du brut redescendent.

Or, le prix à la pompe ne dépend pas directement de celui du baril de pétrole brut, mais de la cotation du produit fini à laquelle s’ajoutent d’autres frais: coût de transport, de distribution et de fiscalité.

Ensuite, la hausse du coût du fuel impacte négativement les prix des carburants importés. Par ailleurs, les tensions géopolitiques induisent une hausse des primes d’assurance qui impactent les prix des produits raffinés importés. Enfin, pour les pays africains aux monnaies faibles, le taux de change vis-à-vis du dollar a tendance à augmenter sensiblement les coûts d’importation en cas de dépréciation des monnaies face au billet vert.

Selon David Bird, directeur général de Dangote Petroleum Refinary and Petrochemicals, dans une déclaration à Reuters, les pénuries mondiales de carburants persisteront après la fin du conflit opposant les États-Unis à l’Iran. Il avance trois arguments : le taux élevé d’utilisation actuelle des capacités de raffinage avant le déclenchement de la guerre États-Unis-Iran, le report d’opérations de maintenance et les dommages subis par les raffineries du Golfe, et, enfin, la nécessité pour de nombreux pays de reconstituer leurs stocks stratégiques de carburants dans une logique de sécurité d’approvisionnement.

Cette nouvelle flambée du prix de l’or noir profite à certains pays exportateurs africains. Toutefois, le découplage entre le prix du baril du brut et celui des produits pétroliers raffinés (essence, diésel, kérosène…) fait que les pays pétroliers africains qui ne disposent pas de raffineries ne tirent pas vraiment profit de la flambée des carburants.

Malheureusement, l’Afrique qui compte une dizaine de producteurs de pétrole est très durement affectée. Et pour cause, même les producteurs de pétrole africains, à quelques rares exceptions, sont de grands importateurs de produits pétroliers raffinés faute de raffineries suffisantes. Même dans les pays qui disposent des raffineries, majoritairement publiques, celles-ci sont souvent à l’arrêt. C’est le cas du Nigeria où trois raffineries publiques sont à l’arrêt depuis des années alors que le pays est le premier producteur africain de brut.

Conséquence, le plus grand bénéficiaire de cette situation n’est pas un État producteur, mais le milliardaire nigérian Aliko Dangote et sa méga-raffinerie de pétrole implantée à Lagos.

Devenue pleinement opérationnelle quelques semaines avant les bombardements américains sur l’Iran, la raffinerie à 20 milliards de dollars a vu la demande exploser, devenant en avril et mai 2026 le plus grand exportateur mondial de kérosène. Mieux, en juin et juillet, elle est devenue le premier fournisseur européen de kérosène et diésel, supplantant pour la première fois les États-Unis sur le marché du carburant d’aviation, selon S&P Global Energy. En juin et juillet 2026, elle a expédié respectivement 466.000 tonnes (582,5 millions de litres) et 400.000 tonnes de kérosène vers l’Europe, soit le cinquième des importations du vieux continent sur la période.

Parallèlement, les ventes vers l’Afrique ont atteint près de 120.000 barils par jours de produits raffinés durant le second trimestre 2026, contribuant à réduire la dépendance des pays africains des importations en provenance des raffineries européennes et du Golfe.

Quant aux pays africains importateurs de carburants, ils se retrouvent face à un dilemme: protéger les consommateurs ou préserver les finances publiques. En cas de réajustement à la hausse des prix à la pompe, cela se répercute rapidement sur les transports, la production et le coût de la vie. Toutefois, afin d’éviter les tensions sociales nées de l’inflation, les gouvernements optent pour la subvention des carburants. En amortissant le choc d’une augmentation brutale des prix à la pompe, c’est le budget de l’État qui trinque. Et la hausse de la facture des subventions peut se faire au détriment du financement des infrastructures, de l’éducation, de la santé, des investissements productifs.

Face à ce dilemme, les pays africains doivent orienter leurs investissements dans les énergies renouvelables en misant sur le solaire, l’éolien et l’hydroélectrique pour réduire leurs factures énergétiques.

Par Moussa Diop
Le 13/09/2026 à 16h22