Le milliardaire nigérian Aliko Dangote a tranché sur l’emplacement de sa future méga-raffinerie. La Tanzanie, sondée en premier lieu et qui avait donné son aval pour accueillir cette infrastructure, a finalement été délaissée au profit du Kenya. C’est désormais le port de Lamu au Kenya qui va accueillir cette méga-raffinerie, qui sera la seconde plus grande d’Afrique et la 7e au monde avec une capacité de traitement de 700.000 barils par jour. Le démarrage de la construction de la raffinerie est prévu pour septembre et les travaux pourraient durer entre trois et cinq ans.
En attendant, on en sait un peu plus sur la structuration du capital de cette méga-raffinerie. En effet, les pays de la région pourront acquérir 30% du capital de la raffinerie, ce qui en fera des partenaires capitalistiques stratégiques.
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Trois principales raisons expliquent la démarche d’Aliko Dangote. En faisant participer les pays de la région au tour de table de la raffinerie, l’homme d’affaires va atténuer le coût du financement estimé actuellement à 16 milliards de dollars. En tenant compte du complexe pétrochimique et des infrastructures portuaires annexes, l’investissement pourrait atteindre 20 milliards de dollars.
Pour comprendre le raisonnement de l’homme d’affaires, il faut garder à l’esprit son engagement dans un autre financement visant à faire de sa raffinerie de Lagos la plus grande au monde avec une capacité de traitement 1,4 million de barils par jour. En cédant 30% du capital de sa future raffinerie, il espère ainsi réduire le coût de ce nouveau projet est-africain.
Le Kenya, qui accueillera la future méga-raffinerie, pourrait acquérir une participation de 10% évaluée à 500 millions de dollars, selon David Ndil, conseiller économique du président kenyan William Ruto qui intervenait lors d’un forum sur les marchés financiers qui s’est tenu le 20 août à Nairobi.
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Et ce n’est pas le seul pays de la région intéressé par cette raffinerie. L’Éthiopie et le Rwanda aussi ont manifesté leur intérêt pour participer au tour de table du projet afin de mieux sécuriser, en partie, leurs approvisionnements en carburants.
Ensuite, en régionalisant le projet, Dangote essaie de dissiper les malentendus nés du choix du Kenya en lieu et place de la Tanzanie qui avait pourtant donné son aval pour accueillir l’infrastructure au port de Tanga.
En optant pour le Kenya, l’homme d’affaires a suscité le mécontentement des autorités tanzaniennes qui se sont senties trahies, elles souhaitaient faire de leur pays un hub énergétique incontournable. Sachant les querelles de leadership économique entre les trois grandes puissances de la région -Éthiopie, Tanzanie et Kenya-, on comprend mieux l’ire des dirigeants tanzaniens.
La Tanzanie, bénéficiant du passage de l’oléoduc devant transporter le pétrole ougandais vers l’océan indien, en avait fait un argument de taille pour approvisionner en brut en partie la méga-raffinerie de Dangote .
Preuve de son mécontentement, la Tanzanie a décidé de s’allier à l’Ouganda pour construire une raffinerie au niveau de son port de Tanga où devrait être implantée la raffinerie de Dangote.
Pour matérialiser cette volonté, la Tanzanie et l’Ouganda se sont alliés au groupe suisse Vitol, l’une des principales sociétés de trading pétrolier au monde, pour la mise en place d’un complexe intégré de raffinage pétrolier et de distribution à Tanga.
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Les trois partenaires ont signé, le 6 août à Dar es Salam, un protocole d’accord pour développer le Tanga Regional Energy Hub, un projet ambitieux évalué à plus de 20 milliards de dollars, comprenant une raffinerie, un terminal de stockage, un quai maritime et un pipeline de produits raffinés vers l’Ouganda.
La raffinerie en question sera alimentée par le pipeline est-africain (EACOP), long de 1.443 km, et qui pourra transporter environ 230.000 barils de brut par jour depuis les champs pétroliers du lac Albert (Ouganda) jusqu’au port de Tanga en Tanzanie. Ainsi, la Tanzanie, déçue du choix de Dangote, tente de construire un écosystème autour du corridor pétrolier et constituer une alternative au modèle de Dangote.
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Pour l’Ouganda aussi, qui importe chaque année près de 2 milliards de dollars de produits pétroliers raffinés, ce hub lui permettra de transformer son brut et de réduire, sinon assurer son indépendance en carburants. À cela il faut aussi ajouter la volonté d’Ouganda de construire sa propre raffinerie dans le district de Hoima d’une capacité de traitement de 60.000 barils par jour.
Or, la Tanzanie et l’Ouganda sont deux marchés cibles de la raffinerie de Dangote qui sera implantées au Kenya et dont le lancement des travaux est prévu en septembre prochain.
Le Nigérian Aliko Dangote, l'homme le plus riche d'Afrique, sera à la tête des deux plus grandes raffineries de pétrole d'Afrique: celle de Lagos au Nigeria et celle de Lamu au Kenya.
Enfin, la troisième raison qui pousse Dangote à chercher des partenaires capitalistiques au niveau de la région, c’est pour assurer des débouchés à sa raffinerie. En effet, avec une capacité de traitement de 700.000 barils par jour, la raffinerie devrait faire face à la concurrence des offres venant des pays du Golfe. Ces derniers disposent de raffineries plus compétitives que celle du milliardaire qui sera handicapée par sa dépendance aux importations du pétrole brut du Golfe ou d’autres pays d’Afrique.
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En conséquence de quoi, en ouvrant le capital de la raffinerie aux pays de la région, Dangote espère ainsi sécuriser les débouchées à sa méga-raffinerie, d’autant plus que la Tanzanie est géographiquement mieux positionnée pour approvisionner des pays comme l’Ouganda, la RDC, le Rwanda, le Burundi, le Mozambique et la Zambie.
Une chose est sure, Dangote ne bénéficiera pas le monopole du raffinage de pétrole en Afrique de l’Est, région qui en est déjà dépourvue. Dans un proche avenir, l’homme d’affaires devra compter au moins avec la concurrence de deux autres raffineries, de moindre capacités certes, mais qui bénéficieront de l’avantage de disposer du brut localement à partir des champs pétroliers ougandais du lac Albert.


