Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient opposant les États-Unis à l’Iran, les tarifs des carburants valsent sans discontinuer au gré de la situation sur le terrain de la guerre et des déclarations du président américain. Mais la tendance la plus marquée est celle de la hausse. Cela est logique quand on sait que le foyer de cette tension, le détroit d’Ormuz, est le lieu d’où transitent plus de 20% du pétrole brut mondial.
Le blocus de ce détroit entraine des tensions sur les chaînes logistiques et donc sur l’approvisionnement de certaines raffineries alimentées à partir de l’or noir du Moyen-Orient. Une situation aggravée par le contournement du canal de Suez décidé par les principaux armateurs mondiaux (Frontline, Euronav, Teekay Tankers, Nordic Tanker, DHT Holding…) entrainant des délais de livraison des raffineries européennes beaucoup plus longs. Cet enchevêtrement entraine une hausse du brut dont le prix augmente à chaque embrasement et se replie après les baisses de tensions entre les États-Unis et l’Iran.
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Seulement, en plus de la hausse du cours du baril, les prix des produits raffinées ont tendance à augmenter beaucoup plus rapidement que ceux du brut. Une situation qui s’explique en grande partie par la baisse de l’activité de raffinage dans le monde et le recul de de l’offre en carburant des pays du Golfe à cause des tensions au niveau de la région qui ont affecté certaines raffineries et du blocus du détroit d’Ormuz empêchant l’approvisionnement du marché mondial à partir du Golfe. Ces facteurs affectent les prix à la pompe au niveau mondial.
Selon Global Petrol Prices, plateforme qui fournit des données en dollar américain sur les prix des carburants dans 170 pays au 10 août 2026, le prix à la pompe pour le litre d’essence varie de 0,024 en Libye (le plus bas au monde) à 4,163 dollars à Hong Kong (le plus haut au monde). En clair, avec le prix d’un litre d’essence à Hong Kong on peut se procurer 173,5 litres d’essence en Libye.
Au niveau du continent africain, tous les pays, à l’exception des producteurs et qui subventionnent les carburants, sont affectés par la hausse des prix.
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Toutefois, on note des divergences énormes d’un pays à un autre, sous l’effet de nombreux facteurs: enclavement, taxe, logistique,… Ainsi, le prix du litre d’essence s’est établi, le 10 août 2026, à 3,237 dollars le litres au Malawi, contre 1,047 dollars le litre en Éthiopie, soit un gap de 2,19 dollars.
En Afrique, les prix à la pompe sont globalement élevés, en dehors des prix fortement subventionnés chez certains producteurs pétroliers à l’instar de la Libye qui affiche le prix des carburants les plus bas au monde avec 0,024 dollar le litre d’essence ou de gasoil.
À noter qu’à Tripoli, le prix d’une bouteille d’eau minérale de 1,5 litre varie généralement entre 0,15 et 0,20 dollar. C’est dire qu’avec le prix d’une bouteille d’eau minérale on peut se procurer entre 6,25 et 8,33 litres d’essence ou de gasoil.
Hormis la Libye, les carburant coûtent peu cher en Angola (0,327 dollar/l), en Algérie (0,354 dollar/l) et en Égypte (0,478 dollar/l). Dans ces pays, les carburants coûtent beaucoup moins cher qu’en Arabie saoudite (0,622 dollar/l), pourtant second producteur mondial et premier exportateur mondial de pétrole.
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Les prix sont aussi relativement bas au Soudan (0,70 dollar/l), en Tunisie (0,862 dollar/l), au Niger (0,878 dollar/l) et au Nigeria (0,882 dollar/l), premier producteur de pétrole africain.
Le Top 10 des pays où les prix des carburants sont bas en Afrique est complété par l’Éthiopie (1,047 dollar/l) et le Gabon (1,048 dollar/l).
Les prix des litres d’essence et de diesel (en dollar/litre) les plus bas en Afrique, à la date du 10 août 2026
| Pays | Prix de l’essence (dollar/litre) | Pays | Prix du gasoil (dollar/litre) |
|---|---|---|---|
| Libye | 0,024 | Libye | 0,024 |
| Angola | 0,327 | Algérie | 0,233 |
| Algérie | 0,354 | Egypte | 0,409 |
| Egypte | 0,478 | Angola | 0,458 |
| Soudan | 0,700 | Soudan | 0,656 |
| Tunisie | 0,862 | Tunisie | 0,753 |
| Niger | 0,878 | Gabon | 1,012 |
| Nigeria | 0,882 | Niger | 1,087 |
| Ethiopie | 1,047 | Ethiopie | 1,128 |
| Gabon | 1,048 | Madagascar | 1,130 |
Source: Global Petrol Prices
Tous ces pays où les carburants coûtent moins cher sont producteurs de pétrole, à l’exception de l’Éthiopie de surcroît entièrement enclavée. Sachant que les carburants sont presque importés dans ces pays africains, à quelques exceptions (Nigeria, Algérie, Libye et Égypte), ces prix bas sont essentiellement le résultat de fortes subventions supportées par les finances publiques.
En Éthiopie, afin de maintenir le prix bas, les subventions coûtent environ 20 milliards de birrs (130 millions de dollars) par mois aux finances publiques, et ce sans compter les dépenses d’urgence consécutives aux flambées soudaines des prix à la pompe comme ce fut le cas lors du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient entre les États-Unis et l’Iran. Face à la facture des subventions, les autorités encouragent les voitures électriques et ont même interdit les importations de voitures thermiques (essence et diésel depuis 2024.
La Libye est le pays où les prix des carburants sont les moins chers au monde. Le litre d'essence ou de gasoil est vendu à O,O24 dollars.
En dehors de ces pays producteurs de pétrole et qui subventionnent leurs carburants, les prix à la pompe sont globalement élevés au niveau du continent. D’ailleurs, le second pays au monde où les carburants sont les plus chers est africain: le Malawi. Dans ce pays, le litre d’essence coûte 3,237 dollars.
Les tensions sur les devises, en particulier le dollar, indispensables pour financer les importations de carburants, l’enclavement du pays entrainant des problèmes logistiques influent énormément sur les prix des carburants et la dépréciation de la monnaie locale, le kwacha malawien, qui amplifie le coût des importations libellées en devises fortes, ont poussé les autorités à des réajustements brutaux des prix à la pompe.
En dehors du Malawi, les prix des sont aussi élevés au Rwanda (2,00 dollars/l), Zimbabwe (1,930 dollar/l), Centrafrique (1,849 dollar/l), Seychelles (1,809 dollar/l), Sierra Leone (1,779 dollar/l), Ouganda (1,754 dollar/l), Cap-Vert (1,754 dollar/l) Kenya (1,644 dollar/l) et au Maroc (1,636 dollar/l).
Les prix des litres d’essence et de diesel (en dollar/litre) les plus élevés en Afrique, à la date du 10 août 2026
| Pays | Prix de l’essence (dollar/l) | Pays | Prix du gasoil (dollar/l) |
|---|---|---|---|
| Maroc | 1,636 | Ouganda | 1,776 |
| Kenya | 1,644 | Afrique du Sud | 1,783 |
| Capo Verde | 1,751 | Lesotho | 1,790 |
| Ouganda | 1,758 | Mozambique | 1,819 |
| Sierra Leone | 1,779 | Seychelles | 1,847 |
| Seychelles | 1,809 | Zimbabwe | 1,870 |
| Centrafrique | 1,849 | Rwanda | 1,993 |
| Zimbabwe | 1,930 | Sierra Leone | 2,033 |
| Rwanda | 2,000 | Centrafrique | 2,201 |
| Malawi | 3,237 | Malawi | 3,377 |
Source: Global Petrol Prices
Ces niveaux des prix à la pompe ne s’expliquent pas uniquement par les évolutions des cours du baril du brut sur le marché international même si la flambée de l’or noir s’accompagne toujours d’une hausse des prix des carburants.
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Plusieurs autres facteurs influent sur les niveaux des prix à la pompe. D’abord, du fait de la place des carburants au niveau du secteur stratégique des transport, les prix des produits pétroliers raffinés (gazole, essence, fioul) sont règlementés dans de nombreux pays africains.
Ce sont les pouvoirs publics qui fixent les niveaux des prix à la pompe. Et même dans les pays où les tarifs sont libéralisés, ce sont souvent les autorités qui fixent les modalités de réajustement des prix. Ensuite, il y a l’effet des subventions en cours dans la majorité des pays du continent.
Ces subventions permettent aux autorités d’atténuer les hausses des prix à la pompe et de réguler ainsi les tarifs des transports de voyageurs et de marchandises. Ce sont les producteurs de pétrole qui subventionnent le plus les carburants.
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Ainsi, les prix pays pratiqués en Algérie, en Angola, en Égypte et en Libye ne reflètent pas le coût réel des carburants (extraction, raffinage, transport et distribution). Il s’agit de prix visant à acheter la paix sociale en rendant facile l’accès au carburant et en réduisant les prix des transports. Seulement, ces subventions sont à l’origine de gaspillages dont le coût est supporté par les finances publiques. Ces subventions inhibent chez les citoyens les réflexes de l’efficacité énergétique et de comportements responsables.
Par ailleurs, le problème du raffinage du brut impacte le prix à la pompe. En effet, disposant de peu de raffineries, l’Afrique continue d’importer une grande partie de ses carburants. Or, à cause de la crise au Moyen-Orient, l’offre s’est réduite et les prix des produits pétroliers raffinés ont augmenté beaucoup plus rapidement que ceux du pétrole brut sur lesquels ils sont globalement corrélés.
Par ailleurs, les carburants étant globalement importés par les pays africains, les prix sont gonflés par les frais liés à la logistique (transport, assurance, stockage et distribution) et de l’effet de change.
Enfin, les facteurs qui semblent influer le plus sur les prix des carburants, notamment durant la période de stabilité des prix du pétrole brut, sont les diverses taxes. Il s’agit de la TIC (Taxe intérieure de consommation) et de la TVA (Taxe sur la valeur ajoutée). Si la TIC est fixe et ne dépend pas de l’évolution du cours du produit raffiné, le montant de la TVA lui fluctue en fonction du prix du baril.
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Ces taxes expliquent les différentiels de prix des carburants au niveau des pays africains. Pour se rendre compte de l’impact des taxes, il faut souligner que dans un pays comme le Sénégal, ces taxes (taxe spécifique aux carburants et TVA) représentent environ 45% du prix à la pompe. C’est dire que si le prix du carburant est aussi élevé au Sénégal, c’est à cause de la fiscalité qui bénéficie aux finances publiques.
Au Maroc où le prix à la pompe est réajusté tous les 15 jours, la TIC et la TVA ont leur poids sur le prix à la pompe. En effet, la TIC est fixée à 2,422 dirhams/litre pour le gasoil et 3,764 dirhams/litre pour l’essence, alors qu’une TVA de 10% s’applique au coût d’achat déclaré par l’importateur et donc variable selon le prix sur le marché international.
Cela n’est pas l’apanage des seuls pays africains. En France par exemple, le prix du litre de carburant (essence ou gazole) est composé majoritairement de taxes (55 à 60%), notamment de la Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICP) pour 61 à 69 centimes/litre et la TVA (20% sur le prix hors taxe, qui inclut la TICP). Du coup, le prix du litre de carburant est composé majoritairement (55 à 60%) de taxes.
Ainsi, si les chocs pétroliers entrainent une hausse des subventions supportées par les États dans de nombreux pays, il n’en demeure pas moins qu’ils constituent également une aubaine pour les finances publiques de certains pays qui engrangent d’importantes recettes de TVA.
Au final, ce sont surtout les usagers qui trinquent, les carburants ayant des répercussions sur les économies des pays, notamment sur les secteurs des transports, de l’industrie,…
Face aux chocs pétroliers de plus en plus fréquents, certains pays ont décidé de trouver des solutions pour sécuriser leurs approvisionnements. Ainsi, les nouvelles autorités de Madagascar ont nationalisé les importations de carburants jusque-là assurées par des opérateurs privés.
Au-delà, les niveaux des prix à la pompe devraient inciter les pays africains à miser davantage sur les énergies renouvelables en profitant des énormes potentialités qu’offrent le solaire, l’éolien et l’hydraulique pour produire de l’électricité propre et moins chère, tout en encourageant le virage vers les voitures électriques.





