Depuis quelques jours, les routes algériennes connaissent une effervescence particulière résultant des nombreux contrôles routiers de la police et de la gendarmerie. Ces derniers vérifient la disponibilité d’un extincteur, d’un triangle de pré-signalisation et d’un gilet rétro-réfléchissant à bord des véhicules comme l’exige la loi n°26-09 du 12 mai 2026 portant Code de la route algérien.
L’obligation de disposer de ce kit concerne tous les véhicules: voitures de particuliers, taxis, véhicules de transport en commun et de marchandises…
Pour les véhicules classiques à l’essence ou au diesel, un extincteur de 1 kg est jugé suffisant. Toutefois, pour les véhicules fonctionnant au gaz de pétrole Liquéfié (GPL), un extincteur à poudre d’une capacité minimale de 2 kg est obligatoire. Et gare à ceux qui n’en disposent pas.
Lire aussi : Déficit budgétaire, baisse des réserves de change, endettement public: le FMI alerte, l’Algérie feint d’ignorer
En effet, l’absence de ces équipements est considérée comme une infraction de deuxième classe passible d’une amende forfaitaire de 4.000 dinars. Un montant colossal sachant que le Salaire national minimum garanti brut (Snmg) est fixé à 24.000 dinars depuis janvier 2026.
Et c’est surtout l’obligation de disposer d’un extincteur qui pose problème aux conducteurs algériens. Conséquence, c’est le ruée vers cet outil de lutte contre un éventuel incendie. Et comme la demande dépasse et de loin la faible production locale, c’est la pénurie à travers le pays. Une raréfaction qui s’est logiquement traduite par l’envolée des prix.
À titre d’illustration, le prix d’un petit extincteur de 1 à 2 kg, initialement vendu autour de 2.000 dinars, a vu son prix grimper très fortement. Désormais, les extincteurs sont vendus entre 7.000 et 15.000 dinars l’unité, selon les modèles, affichant une hausse de plus de 650% en seulement quelques jours. À ce prix, le plus petit extincteur coûte l’équivalent de 62,5% du Salaire national minimum garanti d’un Algérien.
La disposition du nouveau Code de la route rendant obligatoire l’extincteur dans un véhicule est plus que louable car elle permet à l’automobiliste d’intervenir rapidement en cas de départ de feu avant que celui-ci ne se propage.
Lire aussi : Dix-huit morts dans la chute d’un bus dans un oued à Alger
Toutefois, ce qui pose problème, c’est la méthode et l’incohérence d’une mesure prise sans prendre en compte la réalité du terrain.
L’Algérie compte quelques unités de production d’extincteurs dont Soprins et Simaf. Cependant, ces installations de faibles capacités, n’étaient pas préparées au rush. Ainsi, lorsque les contrôles ont débuté, la forte demande a rapidement entrainé des ruptures de stock, créant des tensions et une flambée des prix.
La nouvelle loi n°26-09 du 12 mai 2026 portant Code de la route algérien rend obligatoire la disponibilité d’un extincteur, d’un triangle de pré-signalisation et d’un gilet rétro-réfléchissant à bord des véhicules.
Pire, à la faiblesse de la production locale s’ajoute l’impact de la politique de restriction des importations. Cette mesure empêche les entreprises de distribution de recourir au marché international pour couvrir l’important déficit en extincteurs.
Voilà comment une décision louable dans l’esprit s’est avérée irrationnelle et incohérente dans son application. Cela n’a rien de surprenant pour un régime connu pour sa mauvaise gouvernance. Et la conséquence, c’est le petit peuple qui souffre.
Lire aussi : Algérie: comment les décisions politiques compulsives sont devenues accidentogènes
Conséquence, entre la pénurie d’extincteur, la flambée des prix et les contrôles routiers, les conducteurs algériens ne savent plus à quel saint se vouer.
Ainsi, bien que souhaitant se conformer au nouveau Code de la route, de nombreux automobilistes sont obligés de mettre à l’arrêt leurs véhicules faute d’extincteurs. Une incongruité qui s’explique par l’amateurisme des dirigeants qui mettent en place des lois sans se soucier de leur applicabilité sur le terrain.
Résultat, la nouvelle mesure fait jaser. Sur les réseaux sociaux des vidéos montrant des policiers et gendarmes verbalisant des automobilistes qui n’ont pas d’extincteurs sont devenues virales. Ces images montrent des usagers de la route verbalisés en raison d’une pénurie dont ils ne sont pas responsables.
En clair, faire respecter une obligation par la sanction est une chose, donner aux citoyens les moyens de s’y conformer en est une autre. Malheureusement, les autorités n’ont adopté qu’une amende élevée comme seul accompagnement.
Lire aussi : Algérie. Fiasco automobile: pas de voitures neuves, ni de pièces détachées et des concessionnaires aux abois
Alors, certains usagers sont prêts à mettre le prix pour acquérir un extincteur et éviter les verbalisations qui coûtent cher. Cette incohérence profite surtout aux commerçants véreux et aux contrebandiers.
Face à cette situation, certains appellent les autorités à sursoir aux contraventions le temps que le marché soit approvisionné correctement et permettre aux automobilistes de s’équiper.
En attendant, si les automobilistes sont livrés à eux-mêmes, cette opération fait quelques heureux. D’abord l’État qui engrange des montants colossaux résultant des amendes payées par les automobilistes.
Ensuite, les policiers et gendarmes postés sur les routes dont certains ne manqueront pas de fermer les yeux moyennant quelques billets.
Et enfin, les fabricants et surtout certains commerçants qui ne s’embarrassent de scrupules tirent profit de la pénurie en augmentant fortement les prix des extincteurs.


