L’Afrique devrait importer 20 millions de tonnes de riz: voici les 10 pays les plus dépendants de l’étranger

Un chariot élévateur charge des sacs de riz dans un train de transport de marchandises, le 23 août 2002 au port autonome d'Abidjan

Le 21/08/2026 à 15h10

Le bulletin «Grain: World Markets and Trade» publié par le Foreign Agricultural Service du Département américain de l’agriculture dresse un état des lieux sans appel du marché mondial du riz pour la période 2026/27. Pour l’Afrique, les chiffres traduisent une dépendance structurelle aux importations, une production insuffisante et une exposition directe aux prix des grands exportateurs asiatiques.

Si le rapport de USDA s’ouvre sur les céréales européennes (blé et maïs en berne sous l’effet de la sécheresse), c’est bien la section «Rice: world markets and trade» qui retient l’attention pour quiconque observe l’Afrique.

Les données compilées par le Foreign Agricultural Service (FAS) révèlent en effet un continent massivement importateur, faiblement producteur au regard de sa consommation, et dont les stocks de sécurité demeurent dangereusement minces.

Le tableau régional du bulletin est éloquent. Pour la campagne 2026/27, l’Afrique subsaharienne affiche une consommation intérieure de 42.727 milliers de tonnes (kt), contre une production de seulement 23.477 kt. L’écart, béant, est comblé par des importations prévues à 19.275 kt.

Autrement dit, près de 45% du riz consommé au sud du Sahara devrait provenir de l’étranger. Les stocks de clôture régionaux s’établissent à 4.272 kt, soit à peine 10% de la consommation annuelle, un ratio préoccupant pour la sécurité alimentaire. Précision de taille: le bulletin de l’USDA date du 12 août 2026. Pour le riz, l’année commerciale 2026/27 correspond à l’année civile 2027. Nous sommes en août 2026, ces importations relèvent donc du futur ou du conditionnel.

En comparaison, l’Afrique du Nord présente un tableau moins critique mais toujours déficitaire: 4.810 kt consommées, 4.55 kt produites, 780 kt importées, et des stocks de clôture de 461 kt.

La dépendance y est plus modérée, mais la région n’échappe pas au recours aux marchés internationaux. Au Maroc, le riz n’est pas un aliment de base au même titre que le blé ou le couscous. La consommation reste donc modeste, mais elle progresse avec l’urbanisation, le tourisme et le développement de la restauration, notamment les établissements asiatiques. Selon la Fédération nationale interprofessionnelle du riz (FNIR) du Maroc, la production locale couvre environ 75% de la demande nationale.

À l’échelle de l’Afrique globale pour la campagne 2026/27, le bulletin de l’USDA fait apparaître une consommation totale de riz de 47.537 milliers de tonnes, résultant de l’addition de 42.727 milliers de tonnes pour l’Afrique subsaharienne et de 4.810 milliers de tonnes pour l’Afrique du Nord. Les importations africaines devraient s’élever dans le même temps à 20.055 milliers de tonnes, dont 19.275 milliers de tonnes pour la seule Afrique subsaharienne et 780 milliers de tonnes pour l’Afrique du Nord.

Rapportées à la consommation, ces importations représentent environ 42,2% du riz consommé sur le continent. La dépendance est donc massive, bien qu’elle soit légèrement atténuée par l’Afrique du Nord, dont le taux d’importation rapporté à la consommation est nettement plus faible (environ 16%) que celui de l’Afrique subsaharienne, où près de 45% du riz consommé devrait provenir de l’étranger.

Les pays africains dans le viseur des importations

Le bulletin détaille les volumes d’importations de plusieurs pays africains. Le Nigeria demeure le premier importateur africain listé, avec des achats stabilisés à 2.900 kt pour 2025/26 et 2026/27, après une hausse continue depuis 2022/23 (2 000 kt).

La Côte d’Ivoire suit avec 1.700 kt prévues en 2026/27, en léger repli par rapport aux 1.800 kt de 2025/26. Le Sénégal reste un acheteur structurel à hauteur de 1.400 kt.

Plusieurs évolutions notables ressortent des révisions mensuelles de l’USDA. Le Kenya enregistre une révision à la hausse de 200 kt pour 2025/26, portant ses importations à 1.000 kt. La raison invoquée par le FAS est l’accès en franchise de droits annoncé par le gouvernement, jusqu’à 490.000 tonnes.

Une mesure qui illustre comment les politiques commerciales nationales peuvent modifier brutalement les flux d’approvisionnement.

Principaux importateurs africains de riz (milliers de tonnes)

Pays2025/262026/27Observation tirée du bulletin
Nigéria2 9002 900Premier importateur africain listé ; achats stables après une hausse continue depuis 2022/23.
Côte d’Ivoire1 8001 700Léger repli des achats.
Sénégalnon précisé1 400Acheteur structurel.
Afrique du Sudnon précisé1 250Niveau maintenu.
Guinéenon précisé1 100Révision à la baisse de 100 kt ; achats plus faibles de riz asiatique.
Kenya1 000non préciséRévision à la hausse de 200 kt en 2025/26 ; accès en franchise de droits jusqu’à 490 000 tonnes.
Mozambique1 0501 000Baisse de 50 kt.
Ghananon précisé900Stagnation.
Madagascarnon précisé850Stagnation.
Burkina Fasonon précisé800Stagnation.

Source: USDA.

À l’inverse, la Guinée voit ses importations révisées à la baisse de 100 kt, à 1.100 kt pour 2026/27, «en raison d’achats plus faibles de riz asiatique». Le Mozambique, lui, passe de 1.050 kt en 2025/26 à 1.000 kt prévues en 2026/27, tandis que l’Afrique du Sud maintient un niveau de 1.250 kt. Le Ghana stagne à 900 kt, Madagascar à 850 kt, et le Burkina Faso à 800 kt.

Au total, l’Afrique subsaharienne importe 19 275 milliers de tonnes (kt) en 2026/27, un volume stable par rapport à 2025/26 mais en hausse de 25% par rapport à 2022/23. La dépendance s’installe, voire s’aggrave.

L’Égypte, seule exportatrice africaine significative

Dans la section des exportations mondiales de riz, un seul pays africain émerge : l’Égypte. Ses ventes sont prévues à 200 kt en 2026/27, après 150 kt en 2025/26 et 164 kt en 2024/25. Une performance honorable, mais qui pèse moins de 0,4% des exportations mondiales totales (62 875 kt).

Aucun autre pays africain ne figure dans le tableau des principaux exportateurs. Un constat qui souligne la marginalisation du continent dans le commerce mondial du riz, à l’exception de quelques niches.

Les prix FOB quotidiens publiés par l’USDA montrent une dynamique contrastée parmi les grands fournisseurs. L’Inde, principal exportateur mondial, affiche des cotations en hausse de 3 dollars à 358 dollars la tonne, portées par «un fort intérêt de l’Afrique et de l’Asie de l’Est». Le Pakistan, à 395 dollars la tonne, a vu ses prix reculer de 19 dollars sur des ventes faibles au Moyen-Orient.

Le Vietnam grimpe à 437 dollars la tonne en raison d’une offre limitée, tandis que la Thaïlande reste au-dessus des autres exportateurs asiatiques à 458 dollars la tonne, malgré une baisse de 16 dollars sur demande faible.

Pour l’Afrique, ces chiffres sont cruciaux. L’Inde, avec ses prix compétitifs, confirme son rôle de premier fournisseur du continent. La hausse des cotations vietnamiennes et thaïlandaises pourrait renchérir les importations des pays africains qui se tournent vers ces origines. À l’inverse, le recul pakistanais offre une alternative potentielle, mais le bulletin ne fait pas état de flux massifs vers l’Afrique depuis ce pays.

Équilibres rizicoles régionaux en 2026/27 en milliers de tonnes

RégionProductionConsommation intérieureImportations TYStocks de clôtureRatio stocks / consommation
Afrique subsaharienne23 47742 72719 2754 272≈ 10%
Afrique du Nord4 2554 810780461< 10%
Total Afrique27 73247 53720 0554 733-

Note: les importations sont exprimées en année commerciale (TY), les autres données en années de commercialisation locales, conformément aux définitions du bulletin.

Source: USDA.

Le bulletin de l’USDA met en lumière un fait marquant pour le continent africain: la Chine, longtemps perçue comme un importateur majeur de riz, devient un fournisseur de plus en plus actif sur les marchés africains.

Dans la section «Trade Changes in 2026», les exportations chinoises sont révisées à la hausse de 200.000 tonnes, passant de 1.900.000 tonnes (estimation précédente) à 2.100.000 tonnes. La raison invoquée par le Foreign Agricultural Service est sans ambiguïté «des prix compétitifs», qui stimulent la demande en provenance d’Afrique.

Le rôle grandissant de la Chine

Ce n’est pas un épisode isolé. L’aperçu global pour 2025/26 précise que «le commerce mondial est en hausse ce mois-ci grâce aux fortes ventes de la Chine vers l’Afrique». Autrement dit, la progression des exportations mondiales de riz en 2025/26 repose en partie sur la capacité de Pékin à écouler ses excédents vers les pays africains.

Cette dynamique est d’autant plus notable que la Chine affiche des stocks de clôture colossaux (105.500 000 tonnes en 2025/26, 107.000.000 tonnes prévues en 2026/27) et une production intérieure de 147.000.000 tonnes. Avec de tels volumes, elle dispose d’une marge de manœuvre considérable pour pratiquer des prix agressifs à l’exportation, y compris vers l’Afrique où la demande est structurellement élevée et les acheteurs sensibles aux écarts de prix.

Pour les pays africains, cette offensive chinoise représente à la fois une opportunité de diversification des sources d’approvisionnement et un risque de dépendance accrue vis-à-vis d’un fournisseur dominant, aux côtés de l’Inde, dont les cotations à 358 dollars la tonne sont également portées par un fort intérêt de l’Afrique et de l’Asie de l’Est.

Le bulletin ne détaille pas les volumes par destination, mais la mention explicite de l’Afrique comme moteur des ventes chinoises suffit à confirmer que le continent est devenu un débouché prioritaire pour les excédents rizicoles chinois.

Une évolution qui mérite attention. Pékin, qui dispose de stocks massifs et d’une production intérieure pléthorique, devient un acteur exportateur de plus en plus visible sur le continent africain. Pour les pays africains, cela peut constituer une opportunité de diversification, mais aussi un risque de dépendance accrue vis-à-vis d’un seul fournisseur.

Les données régionales de stocks de clôture révèlent une fragilité persistante. L’Afrique subsaharienne devrait finir la campagne 2026/27 avec 4.272 kt de stocks, en légère baisse par rapport aux 4.837 kt de 2025/26.

Ce niveau ne couvre qu’un dixième de la consommation annuelle, un ratio dangereusement bas pour une région exposée aux aléas climatiques et logistiques. L’Afrique du Nord, avec 461 kt de stocks pour une consommation de 4.810 kt, affiche un ratio encore plus faible (moins de 10%).

Le bulletin ne fournit pas de détail par pays pour les stocks africains, mais les agrégats suffisent à alerter. En cas de perturbation des approvisionnements asiatiques ou de flambée des prix mondiaux, les marges de manœuvre des États africains seraient extrêmement réduites.

Le rapport de l’USDA intervient dans un environnement marqué par des perturbations logistiques et géopolitiques. Le bulletin mentionne que «l’escalade récente du conflit en mer Noire pourrait entraver les exportations russes et ukrainiennes» pour les céréales. Si le riz n’est pas directement concerné par ces perturbations, il n’échappe pas aux effets indirects sur les coûts du fret et l’inflation des prix alimentaires.

De plus, la baisse de la production européenne de maïs et de blé, due à la sécheresse, pourrait accentuer la pression sur les céréales fourragères et, par ricochet, sur les prix du riz utilisé comme substitut dans l’alimentation animale. L’Afrique, qui importe à la fois du riz et des céréales secondaires, se trouve doublement exposée.

Leçons à tirer

Pour les décideurs africains, ce bulletin de l’USDA est un rappel brutal. La dépendance aux importations de riz atteint des niveaux structurellement insoutenables. Alors que la production africaine stagne autour de 23.500 kt en Afrique subsaharienne, la consommation progresse inexorablement, portée par la croissance démographique et l’urbanisation. Les politiques d’autosuffisance rizicole, lorsqu’elles existent, peinent à inverser la tendance.

La mesure kényane de franchise de droits jusqu’à 490.000 tonnes illustre un arbitrage délicat: faciliter l’accès au riz importé pour soulager les consommateurs, mais au risque de décourager la production locale.

À l’inverse, la baisse des importations guinéennes liée à des achats asiatiques plus faibles montre la vulnérabilité face à des fournisseurs concentrés.

L’Afrique du Sud, le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Nigéria, tous dépendants à plus de 50% des importations pour leur consommation, gagneraient à renforcer leurs infrastructures de stockage, diversifier leurs sources d’approvisionnement et, surtout, investir massivement dans la riziculture locale. Sans cela, le continent restera un acteur passif sur un marché mondial dominé par l’Asie, exposé aux moindres soubresauts de prix et de logistique.

En définitive, le bulletin de l’USDA du 12 août 2026 n’apporte pas de surprise, mais il confirme une trajectoire inquiétante. L’Afrique subsaharienne importe près de la moitié de son riz, ses stocks sont maigres, et ses exportations quasi inexistantes.

Les dynamiques asiatiques dictent le quotidien alimentaire de centaines de millions d’Africains. L’urgence d’une souveraineté rizicole n’a jamais été aussi criante.

Par Modeste Kouamé
Le 21/08/2026 à 15h10