Depuis le 1er août 2026, les candidats à un visa étudiant pour la France doivent justifier de ressources mensuelles de 877,50 euros (environ 9.480 dirhams marocains, environ 193.000 dinar algérien, environ 2.940 dinars tunisiens, 575.650 F CFA), contre 615 euros auparavant (environ 6.640 dirhams marocains, environ 135.300 dinars algériens, environ 2.060 dinars tunisiens, 403.415 F CFA). Une hausse de 42,7% qui, à la lumière des données de Campus France et du décret n°2026-526, dessine une carte où les pays africains apparaissent en première ligne.
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Rien que dans les statistiques officielles de Campus France pour 2025, les deux grandes régions du continent (Afrique du Nord–Moyen-Orient et Afrique subsaharienne) pèsent ensemble 53% des 419.694 étudiants étrangers recensés en 2023-2024. Le choc est donc d’abord africain.
Le décret du 22 juin 2026 ne se contente pas de relever un plafond: il change la nature même du critère. Pendant deux décennies, le minimum exigé était resté scellé à 615 euros, indexé sur une allocation de boursier du gouvernement français qui n’avait plus été actualisée depuis l’arrêté du 31 décembre 2002.
Les onze pays africains du top 25 des étudiants étrangers en France (2023-2024)
| Rang | Pays | Effectif | Part du total | Évolution sur 1 an | Évolution sur 5 ans |
|---|---|---|---|---|---|
| 1er | Maroc | 43.354 | 10 % | -4 % | +4 % |
| 2e | Algérie | 34.269 | 8 % | +7 % | +10 % |
| 5e | Sénégal | 16.955 | 4 % | +11 % | +37 % |
| 6e | Tunisie | 15.224 | 4% | +7% | +17% |
| 8e | Côte d’Ivoire | 11.772 | 3 % | +10% | +32% |
| 10e | Cameroun | 10.880 | 3 % | +11% | +46% |
| 11e | Congo Brazzaville | 8.307 | 2% | +11% | +50% |
| 15e | Bénin | 7 003 | 2% | +24% | +105% |
| 17e | Gabon | 5.813 | 1 % | +3 % | +17 % |
| 18e | Madagascar | 5. 612 | 1 % | +11% | +28% |
| 21e | Togo | 5. 424 | 1% | +17% | +73% |
Source : MESR/SIES, 2024.
En basculant sur 47% du SMIC brut, soit environ 60% du SMIC net, le gouvernement français introduit un indicateur appelé à être révisé au moins chaque année en fonction de l’inflation. Cela signifie que le seuil ne pourra que croître mécaniquement, sans que le législateur ait à intervenir.
Pour les familles africaines qui mobilisent épargne personnelle, garanties familiales ou bourses, l’effet est immédiat. Prouver 10.530 euros de disponibilités annuelles au lieu de 7.380 euros représente un effort supplémentaire de 3.150 euros par an. Ce n’est pas une simple formalité administrative. C’est un verrou qui sélectionne avant même que le mérite académique n’entre en ligne de compte.
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Le tableau de bord fourni par le Ministère français de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Sous-direction des systèmes d’information et des études statistiques (MESR/SIES) pour 2023-2024 est sans appel. L’Afrique du Nord–Moyen-Orient totalise 115.863 étudiants, soit 28% de l’effectif étranger, avec une croissance de 14% en cinq ans.
L’Afrique subsaharienne suit immédiatement avec 103.450 étudiants, 25% du total, et une dynamique deux fois supérieure à la moyenne mondiale: +34% en cinq ans. Ces deux blocs cumulent plus de la moitié des étrangers inscrits dans l’enseignement supérieur français.
Dans le détail du top 25 des pays d’origine, onze pays africains apparaissent, et tous sont des nations où la preuve de ressources joue un rôle déterminant. Le Maroc arrive largement en tête des 25 plus gros contingents avec 43.354 étudiants (10% du total), malgré un effritement de -4% en un an. L’Algérie est deuxième avec 34.269 étudiants (8%, +7% en un an).
Le Sénégal (5e, 16.955 étudiants, +11% en un an, +37% en cinq ans) et la Tunisie (6e, 15.224, +7%) creusent leur sillon. La Côte d’Ivoire (8e, 11 772, +10%) et le Cameroun (10e, 10.880, +11%) complètent ce groupe de tête africain, talonnés par le Congo (11e, 8.307, +11%) et le Bénin (15e, 7.003, +24% en un an et un bond spectaculaire de +105% en cinq ans).
De même que le Maroc arrive en tête du top 25 des pays d’origine des étudiants de nationalité étrangère en France, il arrive en tête du top 10 des pays d'origine des étudiants internationaux en écoles d'ingénieurs.
Plus bas dans le classement, le Gabon (17e, 5.813 étudiants, +3% sur un an, +17% en cinq ans) progresse à pas comptés, tandis que Madagascar (18e, 5.612 étudiants, +11% et +28%) et surtout le Togo (21e, 5.424 étudiants, +17% et +73%) affichent une dynamique de croissance remarquable. Ces trois pays, où la preuve de ressources constitue un préalable incontournable, pourraient voir leurs projets d’études compromis par la hausse de 42,7% du minimum exigé.
Soulignons que ce ne sont pas des contingents stabilisés, mais des flux en pleine ascension, portés par une démographie jeune et une francophonie qui fait de la France la destination naturelle. Le nouveau seuil agit comme un couperet sur ces trajectoires.
Une mécanique à plusieurs détentes
Le mode de preuve accepté (épargne personnelle, garant, bourse) semble neutre, mais son application est tout sauf uniforme. Dans une configuration où les bourses gouvernementales africaines restent limitées, c’est la solidarité familiale élargie qui compense. Or, prouver 877,50 euros par mois signifie qu’un garant doit démontrer des revenus réguliers largement supérieurs, dans des pays où le salaire minimum, quand il existe, est sans commune mesure avec le SMIC français.
Le décret n°2026-526 du 22 juin 2026 ne prévoit aucune modulation géographique, aucune clause de progressivité. L’article R. 422-2 nouvellement créé s’applique uniformément à tout ressortissant de pays tiers. La seule soupape mentionnée est la possibilité de travailler à hauteur de 60% du temps annuel, mais cet accès au marché du travail est conditionné à l’obtention préalable du visa, ce qui crée un cercle vicieux pour ceux qui ne peuvent pas justifier des ressources en amont.
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Le rapport 2025 de Campus France rappelle, pour sa part, l’objectif gouvernemental: 500.000 étudiants étrangers en 2027. Avec 430 000 comptabilisés en 2023-2024, la marche restait haute mais atteignable. L’actualisation et indexation du niveau de ressources dont le ressortissant de pays tiers doit désormais justifier pour être admis au séjour pour un motif d’études introduit une contradiction interne. On veut plus d’étudiants, mais on durcit l’accès.
Ainsi, la France, septième destination mondiale, se situe à un carrefour. Les chiffres clés 2025 de Campus France sont clairs: entre 2017 et 2022, le Royaume-Uni a accru ses effectifs d’étudiants internationaux de 55%, le Canada de 60%, et l’Allemagne, devenue pour la première fois troisième pays d’accueil, de 56%. Sur la même période, la France n’a progressé que de 21%.
L’écart ne tient pas au hasard. Le rapport souligne que ces trois concurrents ont adopté des mesures proactives: le Canada et le Royaume-Uni ont longtemps offert les conditions de séjour post-études les plus avantageuses au monde, tandis que l’Allemagne, désormais le pays le mieux-disant de l’Union européenne avec l’Irlande et l’Estonie, propose des formations en anglais dans des filières valorisées comme l’ingénierie et le commerce, tout en étant bien positionnée dans les classements internationaux.
Campus France précise que «dans un certain nombre de pays francophones, dont la mobilité est pour une large part tournée vers la France, celle-ci se trouve en concurrence forte avec des pays comme le Canada et l’Allemagne, notamment pour les sciences fondamentales».
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Si l’on ajoute à cette attractivité déclinante une barrière financière brutalement relevée de 42,7%, les meilleurs éléments, ceux qui maîtrisent le français et les sciences, pourraient arbitrer en faveur d’un campus canadien ou allemand, où l’accueil est à la fois plus souple financièrement et plus prometteur pour l’avenir professionnel.
Conséquences sur les campus africains eux-mêmes: moins de départs. C’est aussi plus de pression sur des universités locales déjà saturées. Mais cela n’est pas le moindre des effets de cette mesure. Car en filtrant par le porte-monnaie, la France ne sélectionne pas seulement des étudiants. Elle sélectionne des profils socio-économiques, et réduit la diversité qui faisait sa force dans le paysage mondial de l’enseignement supérieur.
L’histoire retiendra peut-être que c’est pendant l’été 2026, par une simple mise à jour réglementaire, que la France a redessiné la carte de ses affinités estudiantines, écartant un peu plus ceux qui, depuis des décennies, choisissaient ses bancs pour construire l’avenir.





