Visa pour la Belgique: les 7 plus gros demandeurs africains en 2025

Visa pour la Belgique.

Le 04/08/2026 à 15h47

Les dernières données de l’Office des étrangers belge mettent en lumière la diversité des profils migratoires africains. Le Maroc s’impose comme le premier pays du continent en volume de demandes de visas, tandis que la RDC, l’Algérie, le Cameroun et le Burundi illustrent chacun des dynamiques migratoires distinctes, entre études, regroupement familial, mobilité de court séjour et migration de protection.

En 2025, la Belgique a enregistré 275.519 demandes de visas de court (C) et long (D) séjour. Les statistiques officielles de l’Office des étrangers, arrêtées en juillet 2026, montrent que l’Afrique y occupe une place centrale, non seulement par le volume des requêtes mais également par la diversité des stratégies migratoires qu’elles révèle.

Sept pays du continent s’imposent parmi les plus gros demandeurs, avec des profils très contrastés qui racontent, à eux seuls, l’état des liens familiaux, des ambitions étudiantes et des déséquilibres économiques entre l’Afrique et l’Europe.

Le podium africain: Maroc, Congo (RD), Algérie

En additionnant les demandes de visas de court séjour (type C) et de long séjour (type D), lorsque les données sont disponibles, le royaume chérifien domine largement le classement africain. Avec un total de 20.937 dossiers, dont 16.435 demandes de court séjour et 4.502 de long séjour, il devance non seulement tous les autres pays du continent, mais également des États comme la Turquie ou les Philippines.

La République démocratique du Congo arrive en deuxième position, avec 12.211 demandes de visas C et 1.621 demandes de visas D, soit un volume global d’au moins 13.832 dossiers. L’Algérie, dont les demandes de visas de long séjour ne figurent pas dans le top 10 (elles sont inférieures à celles de la RDC, qui en comptabilise 1.621), enregistre néanmoins 8.802 demandes de visas C, ce qui la hisse au troisième rang africain en nombre total de sollicitations.

Les aspirations africaines vers la Belgique

PaysDemandes visa C (2025)Demandes visa D (2025)Total C+D (lorsque connu)Motif dominant visa CMotif dominant visa DTendance marquante 2021-2025
Maroc16.4354.50220.937Visites familiales (61%)Regroupement familial avec un Belge et études supérieuresMultiplication par 8 des visas C depuis 2021 ; stabilité des visas D
RD Congo12.2111.62113.832Tourisme (67%)Études supérieures et regroupement familial avec un BelgeForte hausse des C jusqu’en 2024, puis chute de 22% en 2025
Algérie8.802Non détaillées (<1 630)> 8.802Visites familiales et raisons médicales (935)Progression constante des visas C depuis 2021 (×7)
Égypte7.791Non mentionnéesTourisme (68%)Croissance régulière
Sénégal5.866Non mentionnéesTourisme (73%)Hausse continue
CamerounNon détaillées (< 5 866)3.834Études supérieures (57%)Fluctuation des visas D (baisse jusqu’en 2024, remontée en 2025)
BurundiNon mentionnées1.630Regroupement familial avec un réfugié ou protégé subsidiaire (68%)Multiplication par 3,5 des visas D depuis 2021

Source: Direction générale de l’Office des étrangers de Belgique.

Derrière ce trio, l’Égypte (7.791 visas C), le Sénégal (5.866 visas C) et le Cameroun (3.834 visas D, ses demandes C restant sous le seuil des 5.866) complètent un tableau déjà très révélateur. Le Burundi, lui, se distingue par une envolée spectaculaire des demandes de long séjour: 456 en 2021, 1.630 en 2025, soit une multiplication par plus de trois en quatre ans. Une poussée qui interroge sur les dynamiques migratoires est-africaines.

Le rapport de l’Office des étrangers ventile les demandes par motif, offrant une radiographie saisissante des aspirations qui se cachent derrière chaque formulaire. Pour le Maroc, les visas C sont d’abord une affaire de visites familiales: 10.047 dossiers en 2025, soit 61% des courts séjours. Le tourisme, avec seulement 2.515 demandes, arrive loin derrière, signe que la diaspora marocaine de Belgique maintient des liens transnationaux extrêmement intenses.

Du côté des visas D, le Maroc présente un visage plus composite: le regroupement familial avec un Belge (1.455 demandes, article 40ter) et les études supérieures en établissement public (1.255) sont les deux piliers, suivis du travail salarié (485). Ainsi, l’on pourrait dire que pour le Maroc, le visa est un pont familial d’abord, un outil d’ascension sociale ensuite. Les deux dynamiques sont très ancrées.

Le Congo (RD) présente un tout autre profil. En visa C, le tourisme (8.148 demandes) écrase tout, représentant deux tiers des demandes de court séjour, un chiffre atypique pour un pays africain, souvent révélateur de projets de visite à multiples facettes. En long séjour, les études supérieures (639) et le regroupement familial avec un Belge (359) dominent, mais on note aussi une spécificité congolaise: 118 dossiers pour des formations en établissement privé, un motif quasi inexistant chez les autres grands demandeurs africains.

L’Algérie, dont les données D ne sont pas détaillées, affiche en visa C une structure semblable au Maroc, prééminence des visites familiales (3.291), suivies du tourisme (2.559) et d’un item quasi spécifique, les raisons médicales (935). Ce dernier motif, presque trois fois plus élevé qu’au Maroc, trahit une dépendance vis-à-vis du système de soins belge qui mériterait des enquêtes plus poussées.

L’Égypte et le Sénégal, en revanche, sont des terres de tourisme (respectivement 5.327 et 4.266 demandes en visa C), ce qui les rapproche d’une logique de mobilité économique ascendante plutôt que de liens diasporiques déjà très structurés.

Le Cameroun, absent du top 10 des visas C en 2025 mais bien présent avec 3.834 dossiers de long séjour, fait figure d’exception: 2.197 demandes d’études supérieures en établissement public, soit 57% du total. C’est le seul pays où le visa D est clairement tiré par la formation, ce qui dessine un pays qui investit massivement dans les universités belges.

Le Burundi, enfin, se distingue comme le principal territoire du regroupement familial. Sur les 1.630 demandes de visas de long séjour (type D) déposées en 2025, 1.115 concernent le regroupement auprès d’un étranger admis à séjourner de manière illimitée, d’un réfugié ou d’un bénéficiaire de la protection subsidiaire (article 10). Une proportion écrasante qui illustre les conséquences migratoires des crises politiques et humanitaires ayant secoué le pays.

L’évolution sur cinq ans dévoile des tendances lourdes. Les demandes marocaines de visa C ont été multipliées par plus de huit entre 2021 (1.979) et 2025 (16.435), une croissance qui ne s’est jamais interrompue. Le Congo (RD) a connu une explosion similaire, passant de 3.445 à 15.738 courts séjours en 2024, avant de connaître un net repli à 12.211 en 2025. Ce décrochage congolais (–22 % en un an) est l’un des faits saillants du rapport: s’agit-il d’un effet de saturation, d’un durcissement des conditions d’octroi ou d’une réorientation des flux vers d’autres destinations Schengen? Le document ne le dit pas, mais la rupture de tendance est trop nette pour n’être que conjoncturelle.

A contrario, la progression algérienne a été constante, de 1.249 à 8.802 demandes C. La relative stabilité des demandes D marocaines (autour de 4.500 depuis 2021) contraste avec la hausse continue des courts séjours, signe que les liens sont désormais assez mûrs pour ne plus exiger systématiquement une installation définitive. Le Cameroun, lui, a vu son volume de visas D se rétracter de 4.224 en 2021 à 3.058 en 2024, avant de remonter à 3.834 en 2025, une fluctuation qui épouse certainement les aléas de la reconnaissance des diplômes et des politiques d’accueil estudiantines.

Famille, études, travail, un équilibre précaire

En croisant les motifs, on obtient une cartographie des liens belgo-africains bien plus nuancée qu’un simple «appel d’air migratoire». Le Maroc combine les trois piliers (famille, études, travail salarié) avec une majorité familiale écrasante en court séjour. Le Cameroun mise presque tout sur l’éducation. Le Congo (RD) ajoute à ces deux dimensions une composante touristique difficile à interpréter. Le Burundi et la RDC partagent une forte dépendance au regroupement familial humanitaire, qui révèle des populations déracinées par les conflits.

Des chiffres qui ne sont pas que des statistiques. Chaque dossier est une histoire: celle d’un père marocain qui n’a pas vu ses enfants depuis trois ans, d’une étudiante camerounaise qui veut devenir ingénieure à Liège, d’un réfugié burundais qui a enfin obtenu un statut et fait venir sa femme. Derrière les pourcentages, il y a des vies suspendues à un tampon.

Les demandes de visa C à motif professionnel ou d’affaires restent marginales en Afrique francophone, à l’exception notable de l’Algérie (654 voyages professionnels) et du Maroc (735). Le contraste est saisissant avec l’Inde, qui totalise 3.689 voyages professionnels et 5.259 voyages d’affaires en visa C. Une faiblesse africaine sur le volet économique des courts séjours qui illustre une intégration encore trop timide dans les circuits d’affaires européens et, de manière symétrique, un usage du visa comme outil de subsistance plutôt que d’échange commercial. Le recours aux raisons médicales en Algérie et, dans une moindre mesure, en RDC, pointe également des systèmes de santé nationaux sous pression.

Les flux étudiants (articles 58 et 9) sont, eux, un baromètre de la confiance des jeunesses africaines dans la formation belge. Avec 2.197 dossiers camerounais, 1.255 marocains, 639 congolais (RD) et 538 pakistanais (le Pakistan n’étant pas africain, mais servant de point de comparaison), la Belgique attire bien au-delà de ses anciennes colonies, même si le Maghreb et l’Afrique centrale restent les principaux viviers.

Pour la Belgique, ces mouvements posent une double question: comment faciliter une mobilité légale déjà massive sans créer d’engorgement administratif, et comment valoriser les talents formés tout en répondant aux obligations humanitaires? Les réponses ne figurent pas dans ce rapport, mais les chiffres, eux, parlent d’eux-mêmes.

Par Modeste Kouamé
Le 04/08/2026 à 15h47