Ces dernières semaines, certains discours politiques sur la présence des étrangers au Sénégal ont ravivé le débat sur l’immigration et la place des communautés étrangères dans le pays.
Mais derrière les déclarations et les polémiques, il y a une autre réalité: celle d’hommes et de femmes qui vivent au quotidien avec leurs voisins sénégalais, partagent leur langue, leurs habitudes, leurs joies et parfois même leurs épreuves.
Mamadou Barry est Guinéen. Mais Dakar est aussi sa ville. Né au Sénégal, il y a grandi et y a construit toute sa vie. Pour lui, la frontière entre «étranger» et «sénégalais» est parfois bien mince. «Je suis un étranger vivant au Sénégal, mais je me considère comme un fils du pays. Je suis né et j’ai grandi ici au Sénégal. Je n’ai jamais été interpellé à cause de ma nationalité. Tout le monde me connaît ici et je vis comme si j’étais chez moi, même si je suis 100% Guinéen.»
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Un sentiment d’appartenance qui dit beaucoup de la capacité du Sénégal à intégrer ceux qui viennent d’ailleurs. Une intégration qui passe aussi par la langue, les relations de voisinage et cette proximité culturelle qui fait parfois oublier les frontières.
Même constat chez Abdoulaye Kanté. Malien installé à Dakar, il refuse de réduire les relations entre communautés aux quelques tensions qui peuvent exister. «Nous sommes tous des humains. Parfois, on entend des Peuls ou des Bambaras parler mal des Sénégalais, et vice versa. Mais ce ne sont que des cas isolés. Ce racisme ne caractérise pas la majorité des Sénégalais, des Guinéens ou des Maliens. Moi, je les considère tous comme des frères. J’ai toujours entendu dire que le Sénégal est un pays de la Téranga et je l’ai vérifié quand je suis arrivé.»
Dans son récit, un mot revient: frère. Parce qu’au-delà des origines, les communautés se côtoient, travaillent ensemble et partagent souvent les mêmes quartiers, les mêmes marchés, les mêmes lieux de culte et les mêmes préoccupations.
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Pour Amadou Barry, Guinéen lui aussi installé à Dakar, la Téranga n’est pas une simple formule. Elle se mesure dans les gestes du quotidien. «Ce n’est pas fréquent de se voir bien traité dans un autre pays comme si on était dans son propre pays. On rend grâce à Dieu. Il y a juste quelques personnes qui nous traitent mal, mais les gentils et les panafricains sont plus nombreux. Le Sénégal est un pays accueillant. Je connais mieux le Sénégal que la Guinée, même si je me suis rendu en Guinée, mon pays d’origine.»
Trois étrangers, trois parcours, mais un même témoignage : celui d’une intégration vécue au quotidien.
Bien sûr, le Sénégal n’est pas un pays sans tensions. Comme partout ailleurs, il peut y avoir des comportements discriminatoires, des incompréhensions ou des paroles blessantes. Mais faire de ces situations particulières le portrait d’un peuple tout entier serait une autre histoire.
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La Téranga, elle, ne se proclame pas seulement dans les discours. Elle se vérifie dans les maisons, les quartiers, les marchés et dans ces liens invisibles qui finissent par transformer l’étranger en voisin, puis le voisin en frère.
Au Sénégal, ils restent étrangers par leur passeport. Mais pour beaucoup, la vie leur a déjà accordé une autre nationalité: celle du cœur. Et c’est peut-être là que réside la véritable force de la Téranga: accueillir l’autre sans lui demander d’effacer ses origines pour avoir une place parmi nous.
