L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) vient de publier le volume I des résultats PISA 2025. Sur les 91 pays pris en compte, cinq sont africains (Kenya, Maurice, Maroc, Rwanda, et Zambie).
Pour éviter tout amalgame, l’OCDE donne une définition précise de la population cible du PISA. «Le programme PISA concerne les élèves âgés de 15 ans et 3 mois à 16 ans et 2 mois au moment de l’évaluation, qui sont scolarisés et ont suivi au moins six années d’enseignement formel, quel que soit le type d’établissement dans lequel ils sont inscrits, qu’ils suivent un enseignement à temps plein ou à temps partiel, qu’ils suivent des programmes d’enseignement général ou professionnel, et qu’ils fréquentent des écoles publiques, privées ou étrangères situées sur le territoire national ou dans l’économie».
Population d’élèves participant à PISA 2025 dans les cinq pays africains
| Pays | Élèves évalués | Établissements | Population représentée (élèves de 15 ans) | Couverture de la population totale des 15 ans |
|---|---|---|---|---|
| Maroc | 6 978 | 179 | 535 800 | 87% |
| Kenya | 6 460 | 245 | 1 99 000 | non disponible |
| Maurice | 5 360 | 128 | 11 700 | 81% |
| Rwanda | 6 622 | 213 | 99 000 | 32% |
| Zambie | 5 735 | 220 | 457 300 | non disponible |
| Total cinq pays | 31 155 | 985 | 1 302 800 | — |
Source: OCDE.
Autrement dit, sont inclus les établissements publics; les établissements privés ; les établissements étrangers présents dans un pays ; les filières académiques et professionnelles ; l’enseignement à temps plein et à temps partiel.
Le rapport mentionne des restrictions de couverture pour certaines entités, notamment la région du Kurdistan (Irak) où les résultats PISA 2025 couvrent uniquement les écoles publiques; le Liban, où les résultats couvrent tous les gouvernorats sauf deux, les plus touchés par les conflits; et l’Autorité palestinienne, où les écoles les plus touchées par les conflits ne sont pas couvertes.
Pour les pays africains, l’OCDE précise qu’au Maroc, 6 978 élèves répartis dans 179 établissements ont passé cette évaluation, ce qui représente environ 535 800 élèves âgés de 15 ans (soit, selon les estimations, 87% de la population totale des jeunes de 15 ans).
Au Kenya, 6.460 élèves répartis dans 245 établissements ont participé à cette évaluation, ce qui représente environ 199.000 élèves âgés de 15 ans. À Maurice, 5.360 élèves répartis dans 128 établissements ont passé cette évaluation, ce qui représente environ 11.700 élèves âgés de 15 ans (soit, selon les estimations, 81% de la population totale des jeunes de 15 ans).
Au Rwanda, 6 622 élèves répartis dans 213 établissements ont passé cette évaluation, ce qui représente environ 99 000 élèves âgés de 15 ans (soit, selon les estimations, 32% de la population totale des jeunes de 15 ans). Lorsqu’en Zambie, ce sont 5.735 élèves répartis dans 220 établissements, qui ont participé à cette évaluation. Ce qui représente environ 457.300 élèves âgés de 15 ans. Aucune ventilation public/privé n’est fournie.
Si la dernière édition du rapport ne se contente pas de confirmer une baisse globale des performances, elle dessine une carte mondiale de l’éducation où les cinq pays africains pris en compte occupent une place singulière.
Lire aussi : PISA 2025: l’école ne peut plus être l’otage des dogmes et du temps politique
Aucun d’eux n’atteint la moyenne OCDE en science, mathématiques ou lecture. Mais aucun ne se ressemble. Derrière les scores, des histoires de massification scolaire, de résilience sociale, de fractures numériques et de climat scolaire se croisent. Et c’est précisément là que l’analyse comparative prend tout son sens.
Performances et niveaux de compétence
| Pays | Score science | Score mathématiques | Score lecture | % ≥ niveau 2 science | % ≥ niveau 2 maths | % ≥ niveau 2 lecture | % très faibles en science | % très faibles en maths | % très faibles en lecture |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Kenya | 335 | 326 | 320 | 16 | 9 | 11 | 54 | 70 | 61 |
| Maurice | 438 | 407 | 405 | 60 | 44 | 48 | 17 | 29 | 22 |
| Maroc | 358 | 355 | 321 | 23 | 16 | 13 | 41 | 56 | 60 |
| Rwanda | 317 | 312 | 301 | 13 | 8 | 4 | 67 | 78 | 82 |
| Zambie | 337 | 314 | 325 | 25 | 15 | 18 | 56 | 71 | 61 |
Source: OCDE.
Maurice: le meilleur niveau relatif
Maurice est le pays africain le mieux placé dans l’enquête. 60% de ses élèves atteignent au moins le niveau 2 en science, contre 74% en moyenne OCDE. En mathématiques, 44% y parviennent, contre 65% dans l’OCDE. En lecture, 48%, contre 69%. Des écarts qui restent considérables, mais ils sont moins profonds qu’ailleurs sur le continent.
Maurice affiche aussi une curiosité élevée: 0,32, soit le score le plus haut cité dans le rapport, au-dessus de la moyenne OCDE (0,00). La persévérance est positive (0,18), et 82% des élèves se déclarent curieux de nombreuses choses, contre 73% en moyenne OCDE.
Lire aussi : Cameroun. Pots de vin contre inscription: quand la corruption commence dès l’école
Pourtant, le tableau est ambivalent. Seuls 3% des élèves mauriciens sont très performants en science (niveau 5 ou 6), contre 7% dans l’OCDE. En mathématiques, ils ne sont que 1%, contre 8%. En lecture, 1%, contre 6%. Le système produit donc un socle moyen, mais pas assez de sommet. L’écart socio-économique en science atteint 94 points, proche de la moyenne OCDE (85 points), et 13% de la variation des performances s’explique par le statut socio-économique.
La préparation numérique des écoles est faible (-0,85), le soutien familial est inférieur à la moyenne (-0,37), et 47% des élèves déclarent avoir séché au moins un cours ou une journée. L’intimidation touche 29% des élèves, et le cyberharcèlement, rare (4%), creuse un écart de 45 points en science. Maurice illustre une réussite relative qui ne doit pas masquer une vulnérabilité structurelle.
Maroc: l’expansion scolaire explique la baisse
Le Maroc est le seul des cinq pays africains pris en compte dans le rapport de l’OCDE à disposer d’une trajectoire PISA depuis 2018. Ses scores ont reculé: en science, de 377 points en 2018 à 358 en 2025 ; en lecture, de 359 à 321 ; en mathématiques, de 368 à 355. En 2025, 23% des élèves atteignent le niveau 2 en science, 16% en mathématiques, 13% en lecture. Les très faibles performeurs sont massivement représentés: 41% sous le niveau 1a en science, 56% en mathématiques, 60% en lecture.
Mais le rapport invite à lire ces chiffres avec nuance. Entre 2018 et 2025, le nombre de jeunes de 15 ans éligibles au test a augmenté de plus de 30%, alors que la population des 15 ans est restée relativement stable. Cela a été possible grâce à des initiatives comme la Feuille de route 2022-2026 pour une école publique de qualité.
Cette dernière vise notamment à rendre effective la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans, à réduire la déperdition scolaire d’un tiers et à renforcer l’accompagnement individuel, l’orientation et le soutien social; le lancement en 2023 des Écoles pionnières, qui introduisent un enseignement davantage centré sur les apprentissages fondamentaux, le soutien individualisé et la réduction de l’abandon scolaire.
Le dispositif a ensuite été étendu à certains collèges sous la forme de «collèges pionniers», qui concerne directement les adolescents proches de 15 ans. En 2024-2025, 232 établissements étaient concernés par cette phase expérimentale, pour environ 200.000 élèves.
A cela s’ajoute le Programme de lutte contre l’abandon scolaire, qui combine veille éducative dans les collèges, identification des élèves menacés de décrochage, programmes de remédiation individualisés et mobilisation des familles et des acteurs locaux; l’Opération «D’enfant à enfant», à travers laquelle élèves et acteurs éducatifs participent au repérage des enfants et adolescents déscolarisés, à la sensibilisation des familles et à leur réinscription.
Pour 2024-2025, 93.245 enfants et adolescents déscolarisés ont été recensés et 78.221 ont été intégrés ou réinscrits, dont 39% de filles et 41% en milieu rural; les Écoles de la deuxième chance – Nouvelle Génération, qui ciblent particulièrement les jeunes déscolarisés de 13 à 18 ans, donc les adolescents de 15 ans. Le parcours associe remise à niveau, compétences de vie, formation professionnelle, découverte des métiers et accompagnement vers l’insertion.
Programme Tayssir, développement du transport scolaire en milieu rural, Initiative royale «Un million de cartables», extension des internats et de la restauration scolaire, programme de bourses «Lalla Meryem»...Autant d’initiatives de ce type ont contribué à ce que l’OCDE nomme «massification ou expansion éducative» chez les élèves âgés de 15 ans à 16 ans au moment de l’évaluation PISA 2025.
Autrement dit, l’école secondaire a intégré des populations auparavant marginalisées. Cela est écrit noir sur blanc: la baisse apparente des résultats en lecture et en science peut être entièrement expliquée par cette intégration.
Voici mot pour mot, des éléments de compréhension fournis par l’OCDE: «au Maroc, les résultats moyens de 2025 sont inférieurs à ceux de 2022 en mathématiques et en lecture, et à peu près équivalents à ceux de 2022 en sciences. Par rapport à 2018, les scores moyens ont baissé dans les trois matières. Toutefois, si l’on tient également compte de l’élargissement de l’enseignement secondaire à des populations auparavant marginalisées, la tendance apparaît plus positive. En effet, entre 2018 et 2025, le nombre d’élèves de 15 ans éligibles pour passer le test PISA a augmenté de plus de 30% au Maroc, malgré une population d’élèves de 15 ans relativement stable. Cela suggère que le taux de scolarisation dans le secondaire a considérablement augmenté. Cela suggère également que la baisse apparente des résultats au PISA en lecture et en sciences s’explique entièrement par l’intégration dans le système scolaire d’un plus grand nombre d’élèves de 15 ans issus de populations marginalisées, et que les résultats au PISA des autres élèves, plus favorisés (ceux dont la situation n’a pas changé à la suite de l’expansion de l’enseignement) sont restés stables en sciences et en mathématiques, et n’ont baissé qu’en lecture».
Lire aussi : Gabon. Fournitures rares, poches vides: la première équation à résoudre de l’année scolaire
Voila qui est dit. Le Maroc paie donc le prix statistique de sa massification, mais pas que. Il y a de quoi poser une question économique majeure: comment transformer une expansion scolaire en capital humain sans sacrifier les acquis ?
Le climat scolaire reste préoccupant. 36% des élèves disent ne pas pouvoir travailler correctement dans la plupart ou toutes les leçons, 41% signalent du bruit et du désordre, 39% que leurs camarades n’écoutent pas le professeur. L’absentéisme explose. 68% des élèves marocains ont séché au moins un cours ou une journée, contre 34% en moyenne OCDE.
Le soutien familial est faible (-0,40), et 76% des élèves sont dans des écoles où le manque de personnel d’assistance est perçu comme un frein. Pourtant, le soutien des enseignants est supérieur à la moyenne (0,30), et 82% des écoles interdisent le téléphone portable. Ainsi, le Maroc avance avec un système sous tension, mais qui conserve des leviers.
En 2024-2025, 232 établissements au Maroc étaient concernés par la phase expérimentale de l’initiative «Collèges pionniers», pour environ 200 000 élèves. En 2025-2026, environ 683 244 élèves ont bénéficié du transport scolaire au Maroc (+5% par rapport à l’année précédente), dont plus de 80% en milieu rural. La même année, plus de 3 275 852 élèves ont bénéficié de bourses, 80 245 des cantines scolaires et 216 959 des internats. Autant d’initiatives qui ont contribué à ce que l’OCDE nomme «massification ou expansion éducative» chez les élèves âgés de 15 à 16 ans au moment de l’évaluation PISA 2025.
Kenya: le plus performant au monde en matière de résilience académique en science
Le Kenya participait pour la première fois à PISA en 2025. Ses scores moyens sont faibles: 335 en science, 326 en mathématiques, 320 en lecture. Seuls 16% des élèves atteignent le niveau 2 en science, 9% en mathématiques, 11% en lecture. Les très faibles performeurs sont 54% en science, 70% en mathématiques, 61% en lecture.
Et pourtant, le Kenya est le pays le plus performant sur les 91 étudiés sur un indicateur clé: la résilience académique en science. Entendez par là que 26% des élèves kényans issus du quartile socio-économique le plus défavorisé figurent dans le quartile supérieur de performance en science de leur propre pays, contre 12% en moyenne dans l’OCDE.
Le Kenya est le premier pays au monde sur cet indicateur de résilience académique. Un résultat qui tient à une équité interne rare. L’écart entre favorisés et défavorisés n’est que de 8 points en science, contre 85 points en moyenne OCDE. Le statut socio-économique n’explique que 0% de la variation des performances en science.
Lire aussi : Cameroun: les syndicalistes dénoncent la décadence de l’école publique
Ainsi, le Kenya montre qu’un système pauvre en ressources peut produire des trajectoires de réussite pour des élèves défavorisés. Les élèves kényans affichent une forte fixation d’objectifs (0,59), une recherche d’aide positive (0,16), un soutien enseignant élevé (0,39), un tutorat entre pairs très répandu (94%) et un climat disciplinaire positif (0,57). Le soutien familial (-0,03) est même meilleur que la moyenne OCDE (-0,19).
Mais les ombres sont lourdes. 55% des élèves déclarent avoir été victimes d’intimidation, contre 20% dans l’OCDE. Le cyberharcèlement touche 13% des élèves et creuse un écart de 58 points en science. La préparation numérique des écoles est très faible (-1,16). La distraction numérique, bien que moins fréquente (18%), est associée à une baisse de 49 points en science. Le Kenya incarne une résilience humaine notable, mais aussi un besoin criant d’infrastructures et de protection des élèves.
Rwanda: la lecture au plancher, la résilience en hausse
Le Rwanda, autre primo-participant, affiche les scores les plus bas des cinq: 317 en science, 312 en mathématiques, 301 en lecture. Seuls 13% des élèves atteignent le niveau 2 en science, 8% en mathématiques et 4% en lecture. Les très faibles performeurs sont 67% en science, 78% en mathématiques et 82% en lecture. Le système est donc au tout début de la pente.
Pourtant, 22% des élèves défavorisés atteignent le quart supérieur de performance en science, contre 12% en moyenne OCDE. L’écart socio-économique n’est que de 30 points, et le statut socio-économique n’explique que 3% de la variation. Le Rwanda dispose d’un tutorat entre pairs très développé (87%), d’une interdiction du téléphone dans 67% des écoles et de lignes directrices numériques dans 76% des établissements.
Lire aussi : Mauritanie. École des métiers du tourisme: l’indispensable ingrédient marocain dans la formation des cordons bleus
Mais le soutien familial est très faible (-0,56), la préparation numérique des écoles est mauvaise (-0,74), et 57% des élèves subissent de l’intimidation. Le cyberharcèlement touche 22% des élèves, un niveau très élevé, avec un écart de 36 points en science.
Les élèves passent 3,2 heures par jour sur des écrans à l’école pour apprendre, et 2,9 heures pour les loisirs, bien au-dessus de la moyenne OCDE. Ainsi, le Rwanda gagnerait à transformer sa résilience en apprentissages réels, notamment en lecture, où le pays est cité comme le plus faible sur les 91 avec 4% d’élèves au niveau 2.
Zambie: progression spectaculaire
La Zambie participait via PISA pour le développement depuis 2017. Ses résultats 2025 sont en hausse: 337 en science, 325 en lecture, 314 en mathématiques, contre respectivement 309, 275 et 258 en 2018. La proportion d’élèves faibles a diminué de 19 points en science, 13 points en lecture et 13 points en mathématiques. C’est la progression la plus visible du continent.
Mais cette amélioration s’accompagne d’un écart socio-économique de 177 points en science, le plus élevé mentionné dans le rapport. Le statut socio-économique explique 38% de la variation des performances, contre 12% en moyenne OCDE. Seuls 4% des élèves défavorisés atteignent le quart supérieur de performance, contre 12% dans l’OCDE. La Zambie avance donc à deux vitesses: les favorisés progressent, les défavorisés décrochent.
Lire aussi : Fournitures scolaires: quand les écoles privées confondent nécessité pédagogique et prescription commerciale
L’intimidation touche 41 % des élèves, le cyberharcèlement 6% avec un écart de 40 points. La préparation numérique des écoles est très faible (-1,05), et 52% des élèves sont dans des écoles où le manque d’enseignants est perçu comme un frein. Si la Zambie a raison de célébrer ses progrès, elle ne peut pas ignorer que son école reproduit les inégalités sociales.
| Pays | Résilience académique en science (%) | Écart favorisés-défavorisés en science (points) | Part de variation expliquée par le statut socio-éco. (%) | Intimidation (%) | Cyberharcèlement (%) | Écart science lié au cyberharcèlement (points) | Préparation numérique (indice) | Absentéisme / truancy (%) | Tutorat entre pairs (%) | Interdiction du téléphone (%) | Soutien familial (indice) |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Kenya | 26 | 8 | 0 | 55 | 13 | 58 | -1,16 | 50 | 94 | 60 | -0,03 |
| Maurice | 11 | 94 | 13 | 29 | 4 | 45 | -0,85 | 47 | 57 | 79 | -0,37 |
| Maroc | 16 | 55 | 9 | 21 | 4 | 27 | 0,03 | 68 | 47 | 82 | -0,40 |
| Rwanda | 22 | 30 | 3 | 57 | 22 | 36 | -0,74 | 54 | 87 | 67 | -0,56 |
| Zambie | 4 | 177 | 38 | 41 | 6 | 40 | -1,05 | 42 | 87 | 83 | -0,21 |
Source: OCDE.
La massification au Maroc vs Brésil
Outre le Maroc, le rapport PISA identifie explicitement deux autres cas où une forme de massification ou d’expansion éducative est mentionnée: la Zambie et, de manière plus générale, le Brésil.
Le rapport signale que les résultats zambiens de PISA 2025 diffèrent significativement des précédents, fondés sur les données de 2017. La raison invoquée est directement liée à la massification. Le nombre d’élèves de 15 ans éligibles a fortement augmenté, et leur composition socio-économique ainsi que leur répartition par niveau scolaire ont profondément changé. Cela signifie que le système éducatif zambien a intégré une population nouvelle, plus large et socialement plus diverse.
Lire aussi : Sénégal: après les cours, les vacances sous l’emprise des réseaux sociaux?
Comment cela s’est manifesté ? Les résultats moyens ont progressé par rapport à 2017: 337 en science, 325 en lecture, 314 en mathématiques, contre respectivement 309, 275 et 258 en 2018. La proportion d’élèves faibles a reculé: -19 points en science, -13 points en lecture, -13 points en mathématiques. Mais l’écart entre les 10% les plus forts et les 10% les plus faibles s’est élargi dans les trois matières. L’écart socio-économique en science atteint 177 points, le plus élevé mentionné dans le rapport.
Le statut socio-économique explique 38% de la variation des performances, contre 12% en moyenne OCDE. Seuls 4% des élèves défavorisés atteignent le quart supérieur de performance, contre 12% dans l’OCDE. Le rapport précise que, entre 2017 et 2025, les performances ont progressé chez les favorisés, mais ont reculé chez les défavorisés. La massification zambienne s’accompagne donc d’une amélioration globale, mais aussi d’une fracture sociale profonde. Comme indiqué plus haut, l’école zambienne avance à deux vitesses.
Le Brésil est cité comme exemple inverse du Maroc, mais dans une logique d’expansion éducative réussie. La massification dans ce pays d’Amérique latine a certainement un lien avec les politiques socialistes mises en place par le président Luiz Inácio Lula da Silva, revenu à la présidence en 2023 pour un troisième mandat non consécutif, après avoir remporté l’élection présidentielle d’octobre 2022, pour un mandat qui doit s’achever en janvier 2027.
L’OCDE souligne que «le Brésil a démontré que l’équité et la qualité peuvent aller de pair, permettant ainsi d’élargir considérablement l’accès à l’éducation tout en améliorant les résultats au PISA.» Ainsi, le pays a fortement élargi l’accès à l’éducation tout en améliorant ses résultats PISA. C’est donc un cas où la massification ne s’est pas traduite par une baisse apparente des performances, contrairement au Maroc.
Précision: le rapport mentionne des transformations éducatives au Cambodge, des réformes en France, Singapour ou la Suède, ou encore des progressions en Turquie, mais sans les rattacher à un phénomène de massification. Les seuls cas où l’expansion du nombre d’élèves ou de l’opportunité éducative est clairement liée aux résultats PISA sont donc la Zambie et le Brésil, en plus du Maroc.
L’IA, la lecture et le climat scolaire
Au-delà des cinq cas, PISA 2025 rappelle que la lecture est le domaine le plus menacé. Andreas Schleicher, directeur de l’éducation et des compétences à l’OCDE, prévient: «de même que nous ne devenons pas fit (en bonne condition physique) en regardant du sport mais en en faisant, l’apprentissage ne se produit pas par la consommation de contenu, mais comme une lutte cognitive productive de l’esprit avec de nouveaux matériaux.» Et d’ajouter: «l’IA devient un échafaudage, pas une béquille. Un outil pour penser, pas un substitut.»
Lire aussi : Guinée: sport scolaire, bourses et contrats pros pour retenir une jeunesse tentée par l’exil
Mathias Cormann, secrétaire général de l’OCDE, insiste: «PISA 2025 montre qu’il est urgent d’inverser le déclin des performances des élèves. Les systèmes éducatifs les plus performants se concentrent sur moins de domaines mais avec plus de profondeur, investissent dans les enseignants, engagent les parents et offrent un soutien ciblé aux élèves et aux écoles qui en ont le plus besoin. La technologie et l’IA peuvent renforcer l’apprentissage et aider à préparer les jeunes à l’avenir, mais seulement lorsqu’elles sont utilisées à bon escient et non comme substitut à l’attention, à l’effort et à la compréhension.»
Pour l’Afrique, l’enjeu est double. Il faut massifier sans sacrifier la qualité, comme le Maroc tente de le faire. Il faut protéger les élèves défavorisés, comme le Kenya et le Rwanda le montrent partiellement. Il faut surtout construire un socle de lecture solide, car sans lecture, aucun apprentissage n’est possible.





