Gabon. Fournitures rares, poches vides: la première équation à résoudre de l’année scolaire

Le 08/09/2026 à 08h23

VidéoLa rentrée scolaire est officiellement lancée ce lundi 7 septembre. Dans les papeteries de l’ancienne gare routière de Libreville, de nombreux parents, pris à la gorge par des listes de fournitures encore indisponibles et des fins de mois compliquées, n’ont pu se procurer ce dont auront besoin leurs enfants en classe.

Devant les librairies du quartier, l’ambiance est électrique. Pour Giscard Ondo, père d’enfants scolarisés dans le public, l’absence de liste officielle est le principal obstacle. «Je sors de leur école, la liste des fournitures n’est pas encore disponible, notamment les manuels. Le problème se pose surtout au niveau des écoles primaires».

En cause, selon lui, l’introduction de nouveaux ouvrages dans les programmes, une réforme qui, si elle vise à adapter les contenus aux réalités gabonaises, complique la tâche des familles. «On apprend qu’il y a de nouveaux livres qui seront introduits dans le programme cette année. C’est pour cela que ça retarde», ajoute-t-il, laissant entendre que cette incertitude est une «vieille rengaine» pour les établissements publics.

Une situation que confirme l’actualité: le ministère a bien réceptionné des milliers de manuels contextualisés mais l’introduction de l’anglais dès le primaire bouleverse les habitudes. La distribution peine à suivre le rythme de la rentrée.

Pour d’autres, le problème est plus profond et plus douloureux: il est financier. Loïck Kurtis, parent d’élève, est catégorique: «mes enfants ne pourront pas aller à l’école ce lundi». Un constat amer partagé par de nombreuses familles dans un contexte économique où la charge de la rentrée devient insoutenable.

Face aux rayons, les calculatrices s’affolent. Fiston Evô, père de trois enfants, essaie tant bien que mal de prioriser: «Je n’ai pas tout acheté pour mes trois enfants. J’ai déjà pris l’essentiel c’est-à-dire quelques livres et quelques cahiers.»

Face à cette pression, les stratégies diffèrent. Dans le privé, où la rentrée administrative a sonné il y a une semaine, Corinne Lesly a pu anticiper, «je termine par les livres parce que j’avais déjà acheté les cahiers. La rentrée administrative a eu lieu, il y a une semaine donc là je vais réinscrire les enfants ce lundi.»

Une organisation qui lui permet d’étaler les dépenses, mais qui reste un luxe pour beaucoup.

À l’ancienne gare routière, les libraires tentent de s’adapter, mais l’attente des listes officielles pénalise tout le monde. Ghislain Mombo, père d’enfant, exprime l’espoir partagé par des milliers de parents: «J’espère qu’on va nous accorder un délai suffisamment long pour nous permettre de boucler les achats.»

Un délai qui, pour les familles les plus précaires, ne résoudra pas l’équation financière, mais pourrait au moins éviter à leurs enfants de manquer les premiers jours de classe.

Alors que les couloirs des écoles devraient résonner des rires des élèves, ce lundi 7 septembre, de nombreuses familles gabonaises sont encore loin d’avoir bouclé l’équation de la rentrée. Entre listes introuvables, réformes pédagogiques et précarité, le chemin de l’école semble encore long pour certaines familles.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 08/09/2026 à 08h23