Voici comment se sont comportées les principales monnaies africaines depuis janvier 2026 face au dollar américain

Le 06/09/2026 à 16h06

Après une année 2025 qui a vu les principales monnaies africaines s’apprécier vis-à-vis du dollar américain, le billet vert semble prendre sa revanche cette année. Sur un échantillon représentatif des 13 monnaies de 26 pays (dont 14 États des zones francs CFA), représentant les principales économies africaines, seules deux se sont appréciées vis-à-vis du billet vert américain sur la période allant du 31 décembre 2025 au 3 septembre 2026.

Le dollar américain, devise la plus échangée au monde, sert comme une devise de référence pour les économies africaines. Le billet vert américain sert en effet de référence pour la dette extérieure des États africains libellée grandement en dollar américain qui constitue aussi l’essentiel des réserves de changes et la principale monnaie de facturation des échanges commerciaux des pays du continent (pétrole, gaz, minerais, produits agricoles…). En conséquence, et sachant aussi que certaines monnaies africaines sont plus ou moins adossées au dollar, les évolutions du billet vert américain ont impérativement des impacts positifs ou négatifs, selon les cas, sur les économies africaines. Ainsi, une flambée du dollar se traduit automatiquement par des remboursements plus coûteux du service de la dette des pays du continent, tout en constituant une aubaine pour les pays exportateurs d’hydrocarbures et des minerais dont les cours sont libellés en dollar.

Malheureusement pour les pays africains, à l’instar d’autres pays du monde, le dollar évolue de manière volatile. Et l’évolution des taux de change est devenue un indicateur visible de la capacité des États à protéger leurs économies et leurs citoyens des chocs économiques mondiaux. Le Covid-19 et le début de la guerre Russie-Ukraine ont montré combien l’appréciation du billet vert américain peut avoir des répercussions sur les économies du continent, notamment sur l’inflation importée.

Globalement, les 41 monnaies nationales et régionales (Union économique et monétaire ouest-africain/Uemoa et Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale/Cemac pour le franc CFA) du continent évoluent différemment vis-à-vis du dollar américain en raison de plusieurs facteurs, dont particulièrement l’inflation, les politiques monétaires des banques centrales, les niveaux des réserves de change, la discipline budgétaire, le dynamisme du secteur exportateur, la stabilité politique, la dynamique économique… Toutefois, si ces facteurs contribuent à rendre les monnaies résilientes vis-à-vis du dollar, les politiques monétaires de la Réserve fédérale américaine et les politiques commerciales des États-Unis peuvent impacter fortement les évolutions des taux de change entre le billet vert et les monnaies du continent.

Toutefois, les analystes tablaient sur un affaiblissement progressif à long terme du dollar tout en affichant des rebonds ponctuels, répondant ainsi à la volonté de l’administration Trump de rendre les exportations américaines plus compétitives en jouant sur la variable taux de change du dollar vis-à-vis des autres grandes devises (euro, yen, livre sterling, renminbi…). Cependant, les dernières sorties du président de la Reserve Fédérale américaine pourraient contredire cette orientation à la baisse du billet vert.

Au niveau du continent africain, après les performances affichées par une grande partie des monnaies africaines vis-à-vis du dollar en 2025, on note que presque la quasi-totalité des monnaies africaines se sont dépréciées vis-à-vis du dollar entre le 1er janvier et le 3 septembre 2026.

Parmi les rares monnaies qui se sont bien comportées depuis le début de l’année, il y a le naira nigérian qui s’est apprécié de 8,21% à l’égard du dollar américain. Le taux de change sur le marché officiel est passé de 1.445,99 nairas pour 1 dollar à fin 2025 à 1.327,22 nairas pour le même dollar, soit sa meilleure performance depuis 2 ans. Selon des analystes interrogés par Bloomberg, le naira devrait poursuivre son appréciation et terminer l’année à environ 1.290 nairas pour 1 dollar et réaliser une performance de près de 12%, sa meilleure depuis 2018. La monnaie du pays le plus peuplé d’Afrique reprend des couleurs après la réforme du système de change en 2023 visant à égaliser les taux de changes officiel et parallèle.

La monnaie nigériane bénéficie de la hausse du cours du baril de pétrole dont le pays est le premier producteur africain, la hausse des transferts de fonds de la diaspora, l’augmentation des recettes générées par les exportations de produits pétroliers grâce à la raffinerie de Dangote qui a atteint sa vitesse de croisière… Ces facteurs ont contribué à la hausse des réserves de change du pays qui sont passées de 45,6 milliards de dollars en début d’année à environ 53,8 milliards de dollars à fin août dernier, soit une hausse de 18%. De même, le raffermissement de la monnaie a soutenu les rendements des actifs nigérians en réduisant les pertes de change subies par les investisseurs attirant des capitaux vers le marché obligataire nigérian, contribuant à entretenir la dynamique du naira.

Allant dans le même sens, mais avec une vigueur moindre, le rand sud-africain s’est aussi apprécié face au dollar depuis le début de l’année en cours. La monnaie sud-africaine s’est appréciée de 3,20% vis-à-vis du dollar en s’échangeant à 15,99 rands pour 1 dollar, contre 16,523 rands pour le même dollar en fin 2025. Outre l’affaiblissement du dollar, le rand bénéficie de la fermeté du cours de l’or, de la forte remontée du cours du platine (l’Afrique du Sud fournit 70% de la production mondiale) depuis début août dernier, de la reprise économique grâce aux réformes structurelles en cours, de l’amélioration des performances budgétaires, une maitrise de l’inflation qui ont contribué à remonter le moral des investisseurs. Toutefois, l’économie sud-africaine fait face à des obstacles structurels dont les problèmes liés au déficit électrique et au problème logistique dont les disfonctionnements ont fortement pesé sur l’économie au cours de ces dernières années.

Dans le même sillage, le dollar de la Namibie, le loti du Lesotho et la lilangeni d’Eswatini, officiellement rattachés au rand sud-africain dans le cadre de la Common Monetary Area (Zone monétaire commune), avec un arrimage à taux fixe de 1/1, se sont aussi naturellement appréciées vis-à-vis du billet vert, grâce à leur ancrage sur la monnaie sud-africaine.

En dehors du naira et du rand, toutes les autres principales monnaies africaines ont enregistré des replis vis-à-vis du dollar. Mais aucune de ces monnaies ne s’est effondrée vis-à-vis du dollar. Certaines, notamment le Kwanza angolais et le dinar tunisien ont presque affiché des taux de change inchangés en se dépréciant très légèrement de respectivement -0,22% à 917,77 kwanzas pour 1 dollar et -0,553% à 2,91 dinars tunisiens pour 1 dollar. C’est dire que ces deux monnaies ont été résilientes vis-à-vis du dollar américain. Le kwanza poursuit sa dynamique portée par le cours du pétrole dont l’Angola est le deuxième producteur africain. Quant au dinar tunisien, grâce à cette performance, il demeure la monnaie africaine la plus forte face au dollar, en se basant uniquement sur la variable taux de change. Avec 2,91 dinars pour 1 dollar, il devance le dinar libyen qui s’est déprécié à 6,355 unités pour 1 dollar et le dirham marocain (9,34 dirhams pour 1 dollar).

Le franc CFA, monnaie commune de 14 pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale, s’est bien comporté en se dépréciant de seulement 1,395% depuis le début de l’année. Toutefois, cette performance ne peut être mise sur le compte des pays de la zone CFA, mais s’explique uniquement par l’arrimage de cette monnaie commune à l’euro avec un taux fixe de 1 euro égale à 655,96 francs CFA. Du coup, le franc CFA réplique la performance ou la contreperformance de l’euro vis-à-vis du dollar.

Evolution des taux de change des principales monnaies africaines face au dollar sur la période allant 31 décembre 2025 au 3 septembre 2026.

MonnaiesPaysTaux de change pour 1 dollar à fin 2024Variation par rapport au dollar depuis fin décembre 2025
NairaNigeria1327,22+8,21%
Rand Afrique du Sud15,988+3,290%
KwanzaAngola917,667-0,222%
Dinar tunisieTunisie2,910-0,553%
Franc CFAUemoa et Cemac566,040-1,391%
Dirham marocainMaroc9,3452,489%
Dinar algérienAlgérie133,183-3,036%
BirrÉthiopie161,478-3,750%
shilling kenyanKenya129,460-3,885%
Shilling ougandaisOuganda3782,159-4,571%
Livre égyptienEgypte50,829-6,540%
Shilling tanzanienTanzanie2645,003-7,081%
CediGhana11,325-7,854

Pour sa part, le dirham marocain s’est légèrement déprécié de 2,48% vis-à-vis du billet vert avec un taux de change de 9,345 dirhams pour 1 dollar en début septembre. Ancrée à hauteur de 60% sur l’euro et 40% sur le dollar, la monnaie marocaine subit, en partie, l’effet de la légère dépréciation de l’euro vis-à-vis du dollar. Le dirham marocain tire sa solidité d’une économie diversifiée, d’un secteur exportateur dynamique tiré par divers secteurs (automobile, phosphates et engrais, agro-alimentaire, aéronautique…), la dynamique du secteur touristique, les transferts des migrants, les importantes réserves de change, un taux d’inflation bas et maitrisé et une politique monétaire adéquate.

La livre égyptienne continue de perdre du terrain en cédant 6,54% vis-à-vis du dollar, depuis le début de l’année. Malgré une hausse des réserves de change, grâce notamment aux rentrées touristiques et aux transferts de la diaspora égyptienne, la monnaie égyptienne n’arrive pas à redécoller, minée cette année par les effets de la guerre au Moyen-Orient sur l’économie égyptienne. Ces tensions au Moyen-Orient pourraient réduire la croissance de 1,5 à 2,5 points de pourcentage en raison des perturbations affectant les recettes du canal de Suez, le tourisme, les transferts de fonds, les entrées de capitaux…

En ce qui concerne le dinar algérien, il s’est déprécié de 3,036% sur le marché officiel en s’échangeant à 133,183 dinars pour 1 dollar. Toutefois, il faut souligner que le véritable marché de change en Algérie est celui du marché parallèle du Port-Said à Alger. Au niveau de celui-ci, il faut débourser 237 dinars pour 1 dollar, soit un gap de 104 dinars entre les deux marchés. C’est dire que le taux de change officiel du dinar est loin de refléter celui du marché. Il s’explique uniquement par la volonté de la Banque d’Algérie de maintenir un taux de change artificiel bas du dinar vis-à-vis des devises étrangères (dollar, euro, livre sterling…).

Parmi les principales monnaies africaines, c’est le cédi du Ghana qui a enregistré la plus forte dépréciation vis-à-vis du dollar en cédant 7,854%, s’échangeant à 11,325 cédis pour 1 dollars au début du mois de septembre. Cette dépréciation intervient après une hausse exceptionnelle de 41% de la monnaie ghanéenne face au dollar enregistrée en 2025, grâce à l’envolée de l’or dont le Ghana est le premier producteur africain, aux résultats des réformes entreprises par les autorités du pays et au recul de l’inflation.

Ainsi, depuis le début de l’année, les monnaies africaines, prises globalement, se sont dépréciées vis-à-vis du dollar dans des proportions globalement faibles qui n’ont que peu d’impacts sur les économies du continent en termes d’inflation, du coût du remboursement de la dette, de la hausse des factures d’importation…

Pour le reste de l’année, les évolutions des monnaies américaines vis-à-vis du dollar dépendront pour beaucoup de la politique monétaire américaine. Et les dernières déclarations du président de la Réserve fédérale américaine (Fed) Christopher Waller, sont un indicateur de l’orientation de cette politique. Celui-ci a exprimé, le jeudi 3 septembre, sa préférence pour un maintien des taux directeurs lors de la réunion de septembre, sous réserve que les prochaines statistiques d’inflation ne n’apportent pas de mauvaises surprises. Une annonce qui a immédiatement pesé sur le sentiment des investisseurs à l’égard du billet vert. Les investisseurs et analystes ont interprété cette déclaration comme un signal fort en faveur d’une pause monétaire entrainant un repli du dollar face aux grandes devises. Ainsi, le président de la Fed a brouillé les certitudes des marchés en suggérant qu’une hausse des taux américains est envisageable pour juguler une inflation jugée désormais «préoccupante». Un langage dans le jargon des banquiers centraux qui laisse présager un durcissement de la politique monétaire.

Ainsi, les marchés intègrent désormais un arrêt du cycle de baisse des taux directeurs américains. Et la conséquence de cette politique est l’attrait pour le dollar qui augmente à mesure que l’écart de rendement avec l’Europe ou le Japon se réduit.

Une hausse des taux américains n’est pas sans conséquence pour les économies africaines. Un dollar plus fort se traduirait par une dépréciation des monnaies africaines, prises globalement, entrainant renchérissement des factures des importations en monnaies locales, des risques d’inflations importées, une hausse du coût du service de la dette,…

D’autres facteurs dont l’évolution des tensions géopolitiques au Moyen-Orient pourraient aussi peser sur le comportement du billet vert américain qui pourrait, selon les cas, bénéficier de son statut de valeur de refuge ou non, et impacter les monnaies du continent.

Par Moussa Diop
Le 06/09/2026 à 16h06