Le revers est autant juridique que politique. En déclarant irrecevable la proposition de loi visant à encadrer les crédits spéciaux, à la suite du recours introduit par le Premier ministre Al Amine Lô, le Conseil constitutionnel vient de consacrer une victoire de l’Exécutif face à une initiative portée par la majorité parlementaire.
Les Sages ont estimé que plusieurs dispositions du texte relevaient du domaine réglementaire et non de la loi, donnant ainsi raison au Gouvernement.
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Au-delà de l’aspect strictement constitutionnel, cette décision met en lumière un phénomène qui intrigue de plus en plus l’opinion: l’installation d’un rapport de force inédit entre l’Exécutif et le Législatif, pourtant issus de la même majorité politique.
Une scène qui contraste avec les promesses d’unité et de rupture portées lors de l’accession au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko.
Pour de nombreux observateurs, ce nouvel épisode nourrit l’image d’un pouvoir traversé par des divergences stratégiques. Entre les initiatives des députés, les recours du Gouvernement et les arbitrages du Conseil constitutionnel, les institutions semblent désormais engagées dans une confrontation qui dépasse le simple débat juridique.
Pendant ce temps, une partie des citoyens dit ne plus reconnaître le tandem qui incarnait, il y a encore quelques mois, l’espoir d’un profond changement. Parmi eux, Mouhamad Abdoulaye Diakhaté, auditeur interne et électeur de la majorité, ne cache plus son amertume.
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«L’intérêt du Sénégal, c’est que ces deux hommes s’unissent afin de conduire le pays vers le développement. La situation actuelle est particulièrement préoccupante. Pourtant, à eux deux, ils ont la capacité de changer les choses. C’est d’ailleurs dans cet espoir que de nombreux Sénégalais, dont moi, leur ont accordé leur confiance à travers leur vote.»
Le même sentiment de lassitude est partagé par Maham Ka, coordonnateur de l’Initiative pour le Renforcement de la Citoyenneté. Pour lui, les urgences du pays sont reléguées au second plan.
«Aujourd’hui, la situation est très compliquée. Notre économie est malade et les urgences sont nombreuses. Nous sommes en pleine saison hivernale, les cultivateurs attendent des réponses concrètes, tandis que le secteur de la santé fait face à d’importantes difficultés. Malheureusement, nous constatons que le débat est essentiellement centré sur des querelles politiques. Ils semblent davantage préoccupés par leurs intérêts que par ceux des Sénégalais. Nous déplorons cette situation et les appelons à se remettre au travail pour servir le pays et répondre aux attentes de la population.»
Ces réactions traduisent un malaise qui commence à s’exprimer publiquement. Pour une partie des électeurs, le véritable enjeu n’est plus de savoir quelle institution a juridiquement raison, mais de voir les plus hautes autorités retrouver une dynamique commune au service des priorités nationales.
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Malgré sa déception, Mouhamad Abdoulaye Diakhaté refuse toutefois de céder au pessimisme. «Je crois qu’ils peuvent se retrouver autour d’une table et dialoguer, non pas pour défendre leurs intérêts personnels, mais pour préserver l’intérêt supérieur du Sénégal. Ce sont de jeunes dirigeants à qui le peuple a confié les rênes du pays. S’ils font preuve de responsabilité, de vision et d’une réelle volonté de bien faire, ils peuvent accomplir de grandes choses pour le Sénégal.»
Loin des prétoires et des subtilités du droit constitutionnel, c’est désormais dans l’opinion que se joue une autre bataille. Celle de la confiance. Car si les institutions ont rendu leur verdict sur les crédits spéciaux, les Sénégalais, eux, attendent surtout que cesse le duel au sommet pour laisser enfin place aux réponses promises à leurs préoccupations quotidiennes.
