Sénégal. «Aller à Fès, c’est renforcer sa foi»: le Mawlid, c’est aussi célébrer deux siècles de liens avec le Maroc

Début des célébrations de Mawlid au Sénégal.

Le 21/08/2026 à 11h07

VidéoDans quelques jours, des millions de musulmans célébreront le Mawlid, la naissance du Prophète Mohammed (PSL). Au Sénégal, l’événement revêt une dimension particulière chez les fidèles de la confrérie tidjane. Entre récitals de la Bourda, veillées religieuses et préparatifs du Gamou, c’est toute une histoire qui ressurgit. Une histoire qui prend sa source au Maroc, berceau de la Tidjaniya fondée à Fès par Cheikh Ahmed Tidiane Chérif.

Plus qu’un simple rendez-vous religieux, le Mawlid offre l’occasion de revisiter les liens séculaires qui unissent Dakar et Rabat, façonnés par la spiritualité, mais aussi par la coopération et les échanges entre les deux peuples.

La Tidjaniya est aujourd’hui l’une des confréries les plus influentes du Sénégal.

Introduite en Afrique de l’Ouest par El Hadj Omar Tall avant d’être consolidée par des figures comme El Hadji Malick Sy, Cheikh Ibrahim Niass ou encore les guides religieux de Thiénaba, la confrérie compte plusieurs millions de disciples.

Tous puisent leur héritage spirituel auprès de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif, dont le mausolée à Fès est considéré comme un lieu de recueillement incontournable. Chaque année, des milliers de Sénégalais s’y rendent pour accomplir la ziara, dans ce qu’ils considèrent comme un retour aux sources de leur foi.

Pour l’imam Abdoul Aziz Ndoye, Imam, mouqaddam de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif, cette filiation spirituelle explique l’attachement profond des Sénégalais au Maroc. «Cheikh Ahmed Tidiane Chérif, né en 1155 de l’Hégire, a véritablement conquis le cœur des Sénégalais grâce à ses mouqaddam. On peut notamment citer Cheikh Oumar Foutiyou Tall, l’un des précurseurs de la Tidjaniya en Afrique subsaharienne. Sont ensuite venus des guides religieux tels qu’Alpha Mayoro, puis El Hadji Malick Sy, que l’on connaît pour la célébration de la Bourda, en prélude au Mawlid, commémorant la naissance du Prophète Mohammed (PSL).»

Au Sénégal, cette transmission continue de génération en génération. Dans les daaras, les zawiyas et les familles tidjanes, le nom de Fès résonne comme celui d’une terre de référence. Pour beaucoup de jeunes disciples, fouler le sol marocain n’est pas seulement un voyage, c’est un acte de foi.

Babacar Diop fait partie de cette jeunesse qui rêve de se recueillir un jour sur le mausolée de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif. «Aujourd’hui, beaucoup de tidjanes sénégalais rêvent d’aller au Maroc pour effectuer la ziara auprès du mausolée de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif. C’est un retour aux sources de notre confrérie. La Tidjaniya au Sénégal est portée par des figures comme Cheikh Ibrahim Niass, El Hadji Malick Sy ou encore la communauté de Thiénaba, mais tous se rattachent à cette origine marocaine. Aller à Fès, c’est renforcer sa foi, se rapprocher davantage de Dieu et du Prophète Mohammed (PSL) et marcher sur les traces du fondateur de notre voie spirituelle.»

Mais cette proximité dépasse largement le cadre religieux. Depuis plusieurs décennies, le Maroc et le Sénégal entretiennent des relations privilégiées. Coopération universitaire, bourses d’études, formation d’imams, enseignement de la langue arabe, investissements économiques, présence de banques, d’assurances et d’entreprises marocaines au Sénégal: la relation s’est progressivement élargie à presque tous les secteurs. Pour Abdoul Aziz Ndoye, cette fraternité continue de produire des effets bien au-delà du domaine religieux. «Au Maroc, de nombreux Sénégalais, notamment des cadres et des enseignants, ont été formés dans le cadre de séjours d’immersion linguistique afin de mieux maîtriser la langue arabe. Grâce à ces liens séculaires, de nombreux partenariats gagnant-gagnant ont été développés, d’abord sous le règne de Mohammed V, puis de Hassan II, et aujourd’hui sous celui de Sa Majesté Mohammed VI. Nous sommes fiers d’être au Maroc. Après le Mawlid, à l’occasion du Gamou Waate, c’est-à-dire le baptême, nous célébrerons également cet événement avec notre groupe, Inch’Allah, avant d’assister au Gamou Waate au Maroc.»

Dans quelques jours, les chants de la Bourda retentiront dans les foyers religieux du Sénégal. Derrière cette célébration du Mawlid, une histoire vieille de plus de deux siècles, celle d’une confrérie qui a traversé les frontières pour tisser entre le Sénégal et le Maroc une relation singulière. Une fraternité nourrie par la foi, consolidée par l’histoire et que les générations de disciples continuent de faire vivre, année après année.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 21/08/2026 à 11h07