Sénégal: les prix des carburants montent, la colère aussi

Le 20/08/2026 à 10h49

VidéoDepuis le 15 août, le litre de supercarburant est passé de 920 à 990 FCFA, le gasoil de 680 à 755. Entre taxes et flambée des prix, les chauffeurs disent étouffer et ne savent pas quoi faire face à cette hausse des prix des carburants dans un pays devenu producteur de pétrole.

Les moteurs tournent, mais les visages sont fermés. Dans ce garage de Dakar, les discussions ne portent plus sur les embouteillages ou les recettes de la journée.

Depuis l’annonce du relèvement des prix des carburants, tous les regards sont tournés vers les pompes des stations-service. Une décision qui suscite incompréhension et inquiétude chez ces chauffeurs, convaincus que cette nouvelle hausse pèsera davantage sur une profession déjà éprouvée par la cherté de la vie.

Le gouvernement justifie ce réajustement par la flambée des cours mondiaux des hydrocarbures, alimentée notamment par les tensions au Moyen-Orient, mais aussi par le coût des subventions, devenu, selon lui, trop lourd pour les finances publiques.

L’État indique avoir consacré plus de 245 milliards de FCFA à la subvention des produits pétroliers et estime que, sans cette hausse, il aurait dû mobiliser 47 milliards de FCFA supplémentaires en un seul mois.

Mais au-delà de cette explication économique, une autre question revient avec insistance dans le débat: celle des taxes qui composent le prix du carburant.

Au Sénégal, le prix payé par le consommateur intègre plusieurs prélèvements, notamment celui du soutien au secteur de l’énergie, le Fonds de sécurisation des importations des produits pétroliers, la taxe COSEC appliquée à la valeur en douane des marchandises importées par voie maritime, la TVA et d’autres charges encore.

Une fiscalité qui alimente les critiques, d’autant que le Sénégal affiche aujourd’hui l’un des prix du carburant les plus élevés de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine alors même que le pays est devenu producteur de pétrole depuis juin 2024.

Dans ce garage, ces explications peinent à convaincre Mbaye Sène, chauffeur, ne cache pas sa colère. «Nous vivons déjà dans des conditions très difficiles. Avec cette hausse du carburant, à laquelle s’ajoutent les différents prélèvements que nous supportons, notre situation devient presque intenable. Ce qui nous choque surtout, c’est que le carburant destiné au Mali passe par le Sénégal et qu’il y soit vendu moins cher qu’ici. Beaucoup d’entre nous ne comprennent pas cette situation.»

Autour de lui, plusieurs collègues acquiescent. Pour eux, les recettes diminuent pendant que les dépenses augmentent chaque semaine. Mame Mor Diarra, chauffeur, estime que cette décision aura des conséquences sur le secteur des transports. «Depuis lundi, c’est le seul sujet de discussion. Nous passons toute la journée sur la route, mais une grande partie de ce que nous gagnons repart dans l’achat du carburant. Nous avons de plus en plus de mal à faire vivre nos familles et nos apprentis sont eux aussi touchés. Si les tarifs du transport venaient à augmenter, il ne faudrait pas rendre les chauffeurs responsables. Nous subissons simplement les conséquences de cette hausse.»

Un peu plus loin, un autre chauffeur appelle les autorités à soutenir davantage les professionnels du transport. «Nous sommes de petits chauffeurs qui essayons de nous en sortir par notre travail. Nous demandons aux autorités de prendre des mesures pour alléger le coût du carburant. Au lieu d’accumuler les hausses, il faudrait protéger ceux qui travaillent tous les jours pour faire vivre leur famille. La vie est déjà très difficile.»

Cette hausse intervient pourtant dans un contexte particulier. Depuis l’entrée du Sénégal dans le cercle des pays producteurs de pétrole, beaucoup espéraient voir les prix à la pompe diminuer progressivement. Mais pour les spécialistes, la production nationale ne suffit pas encore à faire baisser les coûts.

Les produits pétroliers restent largement soumis aux fluctuations du marché international, aux coûts de raffinage, de stockage, de transport et au poids de la fiscalité.

Les premières retombées de l’exploitation pétrolière profitent encore très peu aux ménages sénégalais. Pendant ce temps, dans les garages, les calculs se font déjà. Si les chauffeurs absorbent seuls cette hausse, leurs revenus continueront de fondre. S’ils la répercutent sur les tarifs, ce sont les usagers qui devront à leur tour supporter le choc. Un cercle vicieux qui pourrait, une fois encore, alimenter la hausse du coût de la vie.

Entre les impératifs budgétaires invoqués par l’État et le quotidien de milliers de chauffeurs, le fossé semble se creuser. Pour ces professionnels, l’urgence n’est plus d’expliquer la hausse, mais de trouver les moyens d’en atténuer les conséquences.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 20/08/2026 à 10h49