Après huit années d’absence, la manifestation a signé son grand retour. Et quel retour ! Sous le thème «Réappropriation de nos valeurs culturelles», cette édition a transcendé le simple folklore pour devenir un véritable acte de transmission intergénérationnelle.
Le pari était risqué. Organiser une telle vitrine après presque une décennie de silence, avec pour ambition de reconnecter les jeunes gabonais à leur patrimoine, relevait de la gageure. Pourtant, le ministre du Rayonnement culturel et des Arts, Paul Ulrich Kessany, et ses équipes avaient visiblement le «topo ». Une petite visite rendue en amont à Paul Mba Abessole, l’initiateur du concept en 1997, n’y est sans doute pas étrangère.
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La cérémonie d’ouverture, vendredi, s’est tenue en présence du Vice-président de la République, Alexandre Barro Chambrier, du maire de Libreville Eugène M’ba, et de nombreuses personnalités. Une solennité à la hauteur de l’enjeu. «Une culture disparaît parce qu’on cesse de la transmettre», a martelé Paul Ulrich Kessany, résumant en une phrase l’urgence qui a porté cette édition.
Pendant trois jours, les neuf provinces du Gabon se sont succédées sur le grand boulevard. En premières de cordée : l’Estuaire, le Haut-Ogooué et le Moyen-Ogooué. Puis la Ngounié, la Nyanga et l’Ogooué-Ivindo. En clôture, l’Ogooué-Lolo, l’Ogooué-Maritime et le Woleu-Ntem ont livré une dernière levée mémorable.
Dans les ateliers comme sur les scènes, les danses traditionnelles: Ndjembe, Ikoku, Mwiri, Bwiti, ont retrouvé leurs lettres de noblesse. Mais la véritable innovation tenait dans l’implication des jeunes: ils n’étaient plus de simples spectateurs. Ils ont appris, essayé, dansé.
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Acteurs de leur patrimoine, le temps de quelques heures. Comme le résume Junior Ngoma, acteur culturel présent sur place: «la fête des cultures est symbolique en ce sens qu’elle réunit des personnes autour de plusieurs thématiques qui vont de l’art et la gastronomie».
Pays invité d’honneur de cette 15ᵉ édition, le Sénégal a tenu toutes ses promesses. Son village aux couleurs vives et aux senteurs envoûtantes a attiré les foules. Au programme : chants, danses traditionnelles, costumes, et bien sûr, la gastronomie.
Mme Diop, exposante sénégalaise, a partagé sa fierté: «Au Sénégal, nous avons une diversité de menus dont le plus célèbre est le djibou-djen, qui est reconnu sur le plan par l’Unesco».
Mais le clou du spectacle fut sans conteste la démonstration de lutte sénégalaise. Devant un public librevillois conquis, les lutteurs ont offert un show d’une intensité rare. Steeve, étudiant gabonais ayant vécu au Sénégal, témoigne: «La lutte sénégalaise, surtout quand il s’agit de grandes manifestations, mobilise du monde. Et une finale peut se jouer en quelques secondes comme vous venez de le voir. C’est vraiment un sport d’identification nationale au Sénégal».
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Invité officiel de son «ami et frère» Paul Kessany, El Hadj Diouf, ancien international sénégalais de football, a fait le déplacement. Lui qui partage avec le ministre un passé de footballeur international, a livré un message qui résonne bien au-delà du sport: «J’ai beaucoup appris de la culture gabonaise et, en tant qu’Africain, j’aime bien apprendre la culture des autres. Je pense que mon frère Paul Kessany, le ministre de la Culture, a réussi quelque chose de formidable depuis trois jours avec cette fête des cultures. C’est le genre d’initiative qui doit se répéter avec la participation des légendes du sport et des arts pour un échange d’expérience. Je vois que tout le monde est content. On ne sait pas ici qui est nigérian, qui sénégalais ou gabonais».
Un message d’unité panafricaine qui a fait écho à celui de l’ambassadeur du Sénégal au Gabon, Mame Oumar Thiaw, saluant «la qualité exceptionnelle des relations d’amitié et de fraternité» unissant Libreville et Dakar.
Au-delà des festivités, cette édition a porté un enjeu fondamental: transmettre pour ne pas disparaître. Le représentant de l’UNESCO présent sur place l’a rappelé avec force: «la culture est peut-être la forme la plus vivante de la mémoire. Mais elle est aussi la forme la plus vivante de l’espérance».
«Se réapproprier sa culture, ce n’est pas vivre dans le passé. Ce n’est pas tourner le dos à la modernité», a insisté Paul Ulrich Kessany. C’est, au contraire, connaître ses racines pour s’ouvrir au monde sans perdre son identité.
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Après huit ans d’absence, la Fête des Cultures a prouvé qu’elle était plus que jamais nécessaire. Un rendez-vous désormais incontournable pour quiconque croit que la culture n’est «pas un supplément d’âme, mais une composante de notre identité».
Rendez-vous est pris pour la 16ᵉ édition. En attendant, le pari de la réappropriation, lui, est bel et bien gagné.
