Gabon. «Rien n’a changé»: à quoi sert la Centrale d’achat si les prix ne baissent pas

Des Gabonais faisant leurs emplettes à la Centrale d’Achat du Gabon (CEAG).

Le 22/08/2026 à 09h16

VidéoIl y a cinq mois, le gouvernement lançait la Centrale d’Achat du Gabon (CEAG) pour lutter contre la vie chère. Objectif affiché: acheter en gros à l’international pour casser les prix sur le marché local. Un an plus tard, alors que la CEAG multiplie les opérations itinérantes, consommateurs et commerçants dressent un bilan contrasté.

Lancée officiellement le 10 avril 2026, la CEAG est une société d’économie mixte dotée d’un capital d’un milliard de francs CFA, détenue à 37% par l’État et à 63% par des opérateurs privés.

Le ministre de l’Économie, Thierry Minko, justifiait alors l’initiative par des écarts de prix jugés: «Un produit acheté à 2.000 francs CFA dans un pays voisin peut coûter entre 10.000 et 12.000 francs CFA à Libreville».

Sur le papier, la CEAG devait réguler l’approvisionnement et encadrer les prix d’une cinquantaine de produits de première nécessité. Depuis, la structure a organisé plusieurs méga marchés à Akanda, Owendo, Nzeng-Ayong, Sibang ou encore Minvoul.

Sur le terrain, le constat est bien moins enthousiaste. Pour Maxime Léandre, chauffeur, les prix pratiqués par la CEAG ne diffèrent guère de ceux du marché traditionnel. «Rien n’a changé. On retrouve les mêmes prix du marché».

Un sentiment partagé par Joseph Deba, qui pointe du doigt le manque de suivi des contrôles. «Il faudrait que les agents des impôts et de la direction de la consommation fassent bien leur travail. Or nous constatons qu’après chaque descente de terrain pour vérifier le respect de la mercuriale, les prix augmentent de plus belle».

Ava, fonctionnaire, résume l’amertume générale en posant une question simple. «La centrale d’achat nous sert même d’abord à quoi? Lorsqu’on est fauché comme moi, on est obligé de se rabattre sur le marché par terre. Il faut augmenter les salaires».

Les commerçants, eux aussi, expriment leurs réserves. Juliette Ntsame, représentante des femmes commerçantes de Venez-voir, rappelle que la baisse des prix ne peut se décréter sans prendre en compte toute la chaîne. «Pour diminuer les prix, il faut d’abord voir les grossistes et les gens qui cultivent. Parce que ce sont ceux qui cultivent qui vendent d’abord cher. Et que pouvons-nous, simples détaillants? Ceux qui cultivent aussi ne peuvent pas aussi vendre moins cher parce qu’il y a dans leurs charges le carburant, le transport et la main-d’œuvre locale à payer».

L’association SOS Consommateurs a récemment dressé un bilan des premiers mois d’activité. Son président, Christian R. Abiaghe Ngomo, estime que l’espoir initial a cédé la place à une «grande désillusion». Il juge le modèle des marchés itinérants mensuels inadapté aux besoins quotidiens des ménages, et dénonce un éloignement de la vocation originelle de la CEAG.

Le gouvernement, de son côté, se veut confiant. La CEAG poursuit son déploiement à l’intérieur du pays, avec une prochaine escale prévue à Makokou.

Selon les autorités, la structure franchit une nouvelle étape en passant désormais directement les commandes et en important elle-même les produits.

Pour autant, le défi reste entier: faire baisser durablement les prix tout en préservant l’équilibre du secteur privé et en répondant aux attentes d’une population qui, un an après, attend toujours des résultats concrets.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 22/08/2026 à 09h16