Libreville. Vitrine des chantiers de la 5ème République: entre espoirs et défis, les Gabonais jugent sur pièces

Libreville en plein embellissement à la veille des célébrations du 66ème anniversaire de l'indépendance du Gabon.

Le 16/08/2026 à 12h17

VidéoÀ la veille du 66ème anniversaire de l’indépendance du Gabon, célébré ce lundi 17 août 2026, Libreville affiche un visage en pleine mutation. Routes bitumées, bâtiments administratifs sortis de terre, hôpitaux régionaux en réhabilitation, casernes militaires livrées ou en voie d’achèvement… La capitale, qui accueillera la grande parade militaire sur le boulevard de l’Indépendance, est devenue le théâtre d’une transformation urbanistique voulue par le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Mais au-delà du béton, les attentes des populations restent immenses, tiraillées entre la fierté d’un renouveau et l’impatience face à des besoins quotidiens toujours criants.

Sur le front de mer, le monument Georges Damas Aleka – compositeur de l’hymne national «La Concorde» – s’élève désormais fièrement. Édifié en hommage à cette figure majeure de l’histoire politique nationale, cet arc de triomphe de 30 mètres, surmonté d’une structure de 31 mètres, incarne la volonté des autorités de préserver la mémoire des pères fondateurs.

À quelques jours des festivités, le président Oligui Nguema avait encore inspecté personnellement le chantier fin juillet, exhortant les entreprises à «livrer un ouvrage digne des ambitions portées par la République».

Non loin de là, le mausolée Léon Mba, père de l’indépendance, se dresse en plein cœur de la capitale.

C’est d’ailleurs là que débuteront les commémorations, ce dimanche 16 août, avec une cérémonie d’hommage en présence du chef de l’État, qui déposera une gerbe de fleurs sur la tombe du premier président. «Une nation qui oublie ses bâtisseurs est une nation qui compromet son avenir», avait martelé le président lors de sa visite du chantier du monument Damas Aleka. Un message à forte charge symbolique, alors que la 5ème République qu’il incarne s’efforce de conjuguer modernité et transmission.

Le chantier des promesses

Sur le terrain des infrastructures, les chiffres donnent le tournis. Selon un bilan des 100 jours du ministère des Travaux publics, le Gabon a aménagé près de 132 kilomètres de routes, soit près de trois fois plus que les 51 kilomètres initialement prévus.

Le lancement, en juin 2026, des travaux du port minéralier de Kobe-Kobe, un projet estimé à près de 5.643 milliards de FCFA – illustre également l’ambition présidentielle de faire du Gabon un hub économique régional.

Dans les rues de Libreville, ces réalisations ne passent pas inaperçues. Thomas Souha, cadre d’entreprise, exprime un sentiment partagé. «Nous sommes rassurés que le Président ait de bonnes choses pour nous: le travail, la construction des routes. Mais nous sommes impatients de voir de l’eau sortir de chez nous».

Un constat qui rappelle que le développement, pour être pleinement ressenti, doit aussi toucher le quotidien des foyers.

Rodrigue Tchanga, fonctionnaire, abonde dans le même sens, tout en appelant à la prudence. «Dans la ville, nous remarquons de part et d’autre des constructions. Nous remarquons de l’innovation et de l’amélioration dans les infrastructures. Ce qui est une bonne chose pour le pays. Mais il faut aller étape par étape pour que toutes ces réalisations soient pérennes».

La question de la soutenabilité des projets, dans un contexte budgétaire contraint, reste en effet posée.

La fierté d’appartenir, l’attente du quotidien

Pour Bienvenue Mihindou, esthéticienne, l’heure est plutôt à la fierté. Surprise derrière le comptoir de son institut, elle confie: «Ce qui me rend fière d’être gabonaise c’est bien l’appartenance à un pays qui reçoit tout le monde et d’avoir un président travailleur et rassembleur». Un sentiment d’unité qui résonne particulièrement en ces jours de fête nationale, où les Gabonais sont invités à célébrer 66 ans d’indépendance.

Mais l’enthousiasme n’occulte pas les difficultés. Edgard Kaba, également fonctionnaire, appelle le président à ne pas oublier les préoccupations sociales. «Le président travaille. Mais il faut aussi qu’il s’attaque aux besoins tels que la lutte contre la vie chère, et l’amélioration des conditions de vie et de travail des fonctionnaires par l’augmentation de leurs revenus mensuels».

Un rappel cinglant alors que la masse salariale de l’État frôle les 960 milliards de FCFA en 2026 et que le gouvernement a récemment plafonné les plus hauts salaires de la fonction publique. La «vie chère», thème récurrent des débats, reste un abcès à crever pour un pouvoir qui se veut proche des citoyens.

Un chemin encore long

En cette veille de 17 août, la 5ème République de Brice Clotaire Oligui Nguema est en passe de tenir ses engagements en matière de grands travaux. Mais le chemin vers un mieux-être généralisé est encore long.

Les Gabonais, entre espoir et impatience, jugeront sur pièces: les routes et les monuments sont là pour attester de la volonté présidentielle; l’eau qui coule au robinet et le pouvoir d’achat qui augmente seront les véritables marqueurs d’une indépendance pleinement vécue.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 16/08/2026 à 12h17